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Sleater-Kinney: “Le monde a besoin du féminisme”

Adoubé par Beth Ditto qui le cite comme l’une de ses plus grandes références, le trio américain Sleater-Kinney est de retour après 10 ans de silence discographique. Pour la sortie de No Cities to Love, on a rencontré ces pionnières du punk féministe.
De g. à d.: Janet Weiss, Carrie Brownstein, Corin Tucker © Brigitte Sire
De g. à d.: Janet Weiss, Carrie Brownstein, Corin Tucker © Brigitte Sire

De g. à d.: Janet Weiss, Carrie Brownstein, Corin Tucker © Brigitte Sire


Ne leur parlez surtout pas de reformation, c’est un terme qu’elles abhorrent. Pour Corin Tucker et Carrie Brownstein, qui ont cofondé Sleater-Kinney au début des années 90, ce nouvel album a certes été long à paraître -10 ans, quand même!-, mais c’est comme s’il en avait toujours été question. Depuis 2006, année où elles ont mis leur groupe en stand-by, elles ont pourtant vaqué avec succès à d’autres occupations: de la musique toujours, avec le Corin Tucker Band, pour la première, l’écriture et l’interprétation d’une série à succès, Portlandia, pour la seconde. Considérées à leur corps défendant comme de dignes représentantes du mouvement riot grrrl, peu connues en France mais inspiratrices de figures du punk féminin telles que Beth Ditto (lire sur Dazed & Confused sa déclaration d’amour au groupe), Sleater-Kinney n’ont rien perdu de leur tranchant sur No Cities to Love. Et cette reformat…, pardon, ce retour discographique, est une vraie bonne nouvelle. 

La question inévitable: vous êtes-vous reformées pour l’argent?

Corin Tucker: Non. En fait, ça fait plusieurs années qu’on travaille sur ce nouvel album. Du coup, ce n’est pas très rentable. (Rires.)

Qu’est-ce qui a donc déclenché votre envie de retravailler ensemble?

CT: Un jour, fin 2011, Carrie et Fred (Ndlr: Armisen, cocréateur de Portlandia) étaient chez moi pour me montrer un nouvel épisode de la série. Mon fils avait joué dedans, je voulais donc le voir avant qu’il soit diffusé. Ce jour-là, on s’est mis à parler musique…

Carrie Brownstein: Je crois que, dès le début, j’étais totalement contre l’idée d’appeler ça une reformation, je ne voulais pas aborder les choses de cette façon. Je voulais simplement qu’on fasse un nouvel album. Nous avons donc tout doucement commencé à écrire début 2012, pour n’enregistrer qu’en 2014.

“Quand on fait quelque chose de créatif, la notion de familiarité n’est pas très rassurante.”

Où a eu lieu votre première répétition?

CB: Chez Corin.

CT: Oui, dans ma cave.

Ça fait quel effet de retourner dans une cave, des années après avoir commencé la musique? On renoue avec son adolescence?

CB: Ça déclenche évidemment un sentiment familier. Mais, quand on fait quelque chose de créatif, la notion de familiarité n’est pas très rassurante. Car le propre de l’artiste est de pousser les choses toujours plus loin. Du coup, il fallait absolument que notre travail ne se limite pas à une alchimie retrouvée. On devait vraiment se remettre au boulot, et c’est ce que nous avons fait.

Pour l’occasion, avez-vous ressorti de vieux instruments que vous n’utilisez que pour Sleater-Kinney?

CT: Dans Sleater-Kinney, on utilise un accordage spécifique (Ndlr: la guitare est accordée très bas pour remplacer la basse). Mais on n’a pas spécialement d’instruments réservés au groupe. Enfin, j’ai un ampli particulier quand même.

Sleater Kinney brigitte sire

© Brigitte Sire

Qu’est-ce qui vous a manqué dans le fait de jouer ensemble?

CT: Moi, c’est l’énergie et l’envie que Carrie et Janet mettent dans leur musique. Leur jeu a beaucoup de personnalité, il possède une grande force.

CB: Quant à moi, c’est la voix de Corin qui m’avait beaucoup manqué. Elle est absolument unique. Ça passe ou ça casse d’ailleurs, les gens adorent ou détestent. Et j’aime que dans ce groupe, on ait un élément d’inconfort pour le public, quelque chose de potentiellement rédhibitoire.

Et qu’est-ce qui ne vous a pas manqué du tout?

CB: Les tournées à rallonge. Ça, c’est vraiment difficile. C’est épuisant et il ne se passe rien de très défini à part le concert du soir. Le reste de la journée ne ressemble à rien, on est dans une espèce de nulle part permanent, jusqu’au moment de monter sur scène. Ça peut finir par être déprimant.

CT: Pareil pour moi. En plus, c’est difficile à concilier avec le fait d’être parent (Ndlr: elle a deux enfants de 13 et 6 ans).

Si vous deviez choisir un mot pour résumer de quoi parle ce nouvel album, ce serait quoi?

CB: Pouvoir. Cet album parle de la relation au pouvoir, qu’on l’exerce ou qu’on le subisse.

CT: Quelle que soit la perspective de laquelle on se place, on interagit en permanence avec lui. Ce sont ces relations au pouvoir que nous observons dans No Cities To Love.

“Le mouvement riot grrrl ne décrit pas un genre musical. Ce n’est pas représentatif de notre son.” 

Qu’en est-il du féminisme? La musique a-t-elle toujours besoin du féminisme en 2014?

CB: Le monde a besoin du féminisme! Alors, puisque la musique fait partie du monde, elle en a logiquement besoin aussi.

Ce thème est-il toujours aussi important dans votre musique?

CB: En fait, je ne pense pas que l’adjectif féministe se soit jamais appliqué légitimement à notre groupe. Tout ce que nous avons toujours essayé de faire, c’est écrire de bonnes chansons.

Pourtant, dans l’imaginaire collectif, vous faites partie du mouvement riot grrrl…

CB: Mais pas dans notre esprit. C’est une erreur de jugement. Techniquement, nous sommes arrivées à la fin de ce mouvement. Mais ce mouvement, que décrit-il? Certainement pas un genre musical. Certainement pas notre musique. Ce n’est pas représentatif de notre son.

CT: C’est un mouvement auquel j’ai appartenu quand j’avais 20 ans, avant de fonder Sleater-Kinney. A l’époque, c’était inhabituel de voir une femme emmener un groupe, de la voir jouer d’un instrument. Vingt ans plus tard, il y a beaucoup de femmes sur la scène musicale. Certes, cela fait partie de mon histoire et des thèmes sur lesquels j’écris, mais ce n’est qu’une philosophie parmi toutes celles que j’ai abordées dans l’écriture depuis toutes ces années.

 

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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