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Covid-19: Le monde du spectacle va-t-il survivre au nouveau couvre-feu?

Entre le confinement, l’application des mesures sanitaires dans les salles de spectacles et la mise en place d’un couvre-feu en Ile-de-France et dans les grandes métropoles, le monde de la culture souffre. Enquête. 
Le coup de gueule de Camille Lellouche contre le couvre-feu
Le coup de gueule de Camille Lellouche contre le couvre-feu

Le coup de gueule de Camille Lellouche contre le couvre-feu


L’annonce du couvre-feu à 21h m’a fait l’effet d’une douche froide.” Mercredi 14 octobre, Jessie Varin découvre consternée les nouvelles mesures gouvernementales de lutte contre la pandémie de Covid-19. La directrice artistique de La Nouvelle Seine, une péniche bar-restaurant-salle de spectacles fait vite le calcul: son théâtre se retrouve amputé de la moitié de sa programmation pendant au moins quatre semaines. Pas le temps de se morfondre, place à l’organisation. En 24 heures, la trentenaire et son équipe repensent les créneaux horaires et contactent les artistes ainsi que le public. “Ça a été très difficile, le théâtre avait rouvert il y a un mois seulement. Nous avons pris des décisions hyper pragmatiques dans un métier normalement nourri par l’émotionnel… Ces mesures, ce sont des choix de bureaucrates qui ne connaissent rien à la réalité de nos métiers.” 

Le monde de la culture est sous le choc. “Je ne comprends pas, s’agace Sophie Garric, scénariste, réalisatrice et actrice, cocréatrice du Meufisme. Ok, il faut des restrictions pour qu’on ne se refile pas la maladie, mais s’il y a bien des endroits safe, ce sont les théâtres et les cinémas! On regarde dans le même sens, on ne postillonne pas, on respecte une distance de sécurité, on est masqué·e·s…” 

À l’image de son post publié quelques heures après l’intervention du Président de la République, de nombreux·ses artistes ont partagé leur colère sur les réseaux sociaux. Entre deux publications pour annoncer des annulations ou reports de dates, les internautes découvrent des coups de gueule tragi-comiques comme celui de l’humoriste, comédienne et chanteuse Camille Lellouche, qui interpelle Emmanuel Macron: “Tu ne te rends pas compte de ce que tu fais aux gens, tu vas les rendre fous. (…) Je pense qu’on va rejouer dans deux, trois ans maintenant, ça va être magnifique, bravo!” 

 

 
 
 
 
 
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Via le hashtag #RIPLaCulture et une pétition lancée par Pierre Deladonchamps, les artistes réclament la mise en place d’une dérogation pour les cinémas et le spectacle vivant. L’idée, soutenue par Roselyne Bachelot est aussitôt rejetée par Jean Castex, qui promet toutefois que le gouvernement déploiera tous les moyens (…) pour amortir le choc” .

 

Projets bloqués et porte-monnaie serré

Une aide significative et adaptée: le monde de la culture n’attend que ça. Aujourd’hui, j’ouvre mon théâtre à perte, déplore Jessie Varin. Je travaille pour mes artistes et pour l’amour de l’art.”  Depuis le début de la crise, 8 000 euros d’aide du fonds de soutien pour le spectacle vivant lui ont été accordés. Pas de quoi compenser les six mois de fermeture. Je ne coche pas les cases d’un ‘théâtre classique’, je n’ai par exemple pas d’employé·e en CDI, donc je passe à côté d’autres aides.”  De son côté, Sophie Garric est en recherche de financements pour son premier long métrage. “”Je suis très angoissée parce que l’Etat va devoir faire des économies quelque part. Les budgets de 2021 pour la culture n’ont pas encore été votés et comme le gouvernement n’a pas l’air très chaud pour nous soutenir, j’ai peur qu’ils coupent dans les moyens alloués à ce secteur.” 

“Moins on peut accueillir de gens, moins je touche de droits d’auteur.” 

Malgré un timing malheureux, Laurie Darmon tente de garder le sourire. L’autrice, compositrice et interprète a sorti son deuxième album, Femme Studio, une semaine avant le début du confinement. J’allais faire ma première tournée, j’avais vingt dates de prévues qui ont bien sûr été annulées.”  La baisse des écoutes sur les plateformes de streaming musical, auxquelles les Français·e·s ont préféré les radios d’information et Netflix, n’ont pas aidé la jeune femme de 29 ans. Je suis passée à côté de rentrées d’argent, mais je me dis que si c’est arrivé, c’est qu’il y a une raison”.

Période difficile également pour l’humoriste Tristan Lopin: Moins on peut accueillir de gens, moins je touche de droits d’auteur donc forcément, financièrement depuis le début de la crise sanitaire, c’est beaucoup plus compliqué. J’avais mis un peu de sous de côté et je fais attention…”  Pour Alexandre, intermittent du spectacle de 25 ans, confinement a rimé avec annulation de déménagement. Le jeune homme vit donc toujours chez ses parents et a accumulé 45 heures de travail en 2020, contre 700 heures annuelles en temps normal. Je pensais prendre un petit boulot dans la restauration pour arrondir mes fins de mois, mais en ce moment, c’est impossible.”  Même si les droits à l’assurance chômage des intermittent·e·s ont été prolongés jusque fin août 2021, l’ingénieur du son est inquiet.  Et après? On sait que le secteur va mettre du temps à se relever…” 

 

Show must go on

Les temps sont durs, mais les esprits déterminés. C’est ‘show must go one’, analyse Jessie Varin. Les artistes veulent continuer à travailler malgré des conditions d’exercice du métier parfois compliquées et une situation plus précaire.” Laurie Darmon illustre bien cette résilience. Après l’annulation de sa tournée, la jeune femme a créé BB Jean, un duo avec sa meilleure amie. Un album et un événement aux Folies Bergères sont en préparation. On avance au jour le jour. Vu la situation, si on se projette, c’est simple: on ne fait plus rien.”  Optimisme toujours, la Parisienne estime que la période peut permettre l’émergence de nouveaux talents sur les réseaux sociaux. A la radio ou à la télévision, les artistes installés font moins de live. Ça laisse de la place aux chanteur·se·s et musicien·ne·s émergents, sur les réseaux sociaux notamment. Je pense que c’est comme ça que Wejdene a fait son trou. Après, l’enjeu est de réussir à trouver un public en dehors du virtuel.”  

“Je voudrais voir naître un engouement pour soutenir le secteur culturel.

Réseaux sociaux, adaptation au numérique et fin du live: cette perspective fait frémir Jessie Vardin. C’est l’inverse de l’essence de mon métier. J’aime accueillir les gens, qu’ils soient proches de l’artiste…Se priver de la performance en ‘physique’ serait pour moi un aveu d’échec total.”  Dans le théâtre de La Nouvelle Seine, on opte donc pour d’autres stratégies d’adaptation. “On a créé une séance le samedi à 16h30 et on décale notre cabaret burlesque de 23h à 19h15. Est-ce que le public va avoir envie de voir de l’effeuillage et d’être dans une ambiance aussi festive en sortant du boulot? Je ne sais pas. On tente le tout pour le tout.”  La survie du monde de la culture pourrait bien dépendre de l’adaptabilité de son public. On doit changer nos habitudes, soutient Sophie Garric. Il faut faire une croix sur l’apéro avant le théâtre ou le cinéma et assister aux séances tôt dans la soirée. Je voudrais voir naître un engouement pour soutenir le secteur culturel.”  Et de conclure: Étant donné que l’État est absent, c’est au public de faire des efforts et de répondre présent.” 

Margot Cherrid


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