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Après “10 pour cent”, Stéfi Celma nous fait découvrir ses talents de musicienne

Avec Maison de Terre, premier single chaloupé aux influences bossa nova, l’actrice Stéfi Celma, géniale dans la série 10 pour cent, renoue avec la musique, sa toute première passion. Interview.
© Eye Shoot Stuff
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Les adeptes de 10 pour cent le savent déjà. Celle qui incarne Sophia Leprince dans la série phénomène possède un joli brin de voix. Mais pas que. Loin des beautés formatées, Stéfi Celma détonne avec sa spontanéité non feinte et son franc parlé. Sans oublier ce sourire, toutes dents du bonheur dehors, qui ne la quitte jamais. Un vrai tour de force. Invitée sur le plateau de Salut Les Terriens en 2017, elle arrive à garder son calme face à Thierry Ardisson qui pense amuser la galerie en lui demandant si “elle a mis les doigts dans la prise”, en référence à son afro… Malaise. Alors que son premier single vient d’être dévoilé, mettons les choses au point d’emblée: son intérêt pour la musique est loin d’être une lubie passagère ou un caprice de comédienne.

À 8 ans, déjà inscrite au conservatoire, Stefi Celma apprend le piano, et enchaîne les concours départementaux. Plus tard, c’est à la guitare qu’elle s’initie en autodidacte dans son petit studio parisien. À 20 ans, la jeune femme, qui est née en Martinique mais a grandi à Stains, se fait remarquer par une directrice de casting. Elle rêve d’une carrière façon Alicia Keys ou Lauryn Hill, mais c’est le cinéma qui lui tend les bras. Stéfi Celma, qui ne s’est jamais formée au métier d’actrice, ne se dégonfle pas. Alors que sa filmographie ne cesse de s’allonger, ses deux passions vont continuer de s’entremêler. Et pour cause. Entre les deux, la trentenaire n’a absolument pas envie de trancher.

 

Te souviens-tu de ton premier concert?

Ma première “vraie scène”, c’était Sol en cirque, une comédie musicale écrite par Zazie. J’avais le trac bien sûr, et une sacrée pression. Je suis une fausse calme. On me dit souvent que j’ai l’air détendue, mais à l’intérieur, c’est Hiroshima. J’ai toujours été comme ça. J’ai grandi avec une sœur handicapée, ce n’était pas facile tous les jours pour ma famille. Pour changer les idées de mes parents, j’essayais de toujours garder le sourire, et de les faire rire. À l’époque, on me disait souvent que j’avais l’air de ne pas avoir de problèmes dans la vie. Mais cette attitude positive, c’était avant tout de la survie.

 “C’est quand j’ai arrêté de me défriser les cheveux pour assumer mon afro que j’ai eu le plus de propositions de rôles.”

Il y a quelques vidéos de toi plus jeune sur YouTube. Dont une où tu chantes une reprise de Mistral Gagnant de Renaud. À cette époque tu lissais tes cheveux…

C’est vrai, j’avais les cheveux lisses comme tu dis, mais c’était normal à ce moment-là, pour une fille noire ou métisse de 14 ans. Petite, quand j’arrivais chez ma grand-mère avec les cheveux naturels, elle me disait, “mais enfin, va te coiffer!”. Pour la petite histoire, c’est quand j’ai arrêté de me défriser les cheveux pour assumer mon afro que j’ai eu le plus de propositions de rôles. Certaines personnes me disent parfois “Non ne t’attache pas les cheveux, ils sont parfaits comme ça”. Mais j’ai quand même le droit de décider comment me coiffer! Je ne veux pas non plus que cela devienne une nouvelle injonction.

As-tu été confrontée au racisme et au sexisme au fil de ta carrière?

J’ai croisé des gens malveillants bien sûr. Mais dans le cinéma, je n’ai jamais été frontalement confrontée à un refus par rapport à ma couleur de peau. Je sais que mon agent a entendu des choses, mais elle a toujours voulu me préserver. Et le sexisme non plus, contrairement à plusieurs de mes amies qui l’ont vécu hélas.

 

Dans les premières saisons de 10 pour cent, le personnage que tu incarnes, Sophia, est standardiste en attendant de percer dans le cinéma. As-tu aussi connu des hauts et des bas?

Plusieurs! Quand j’avais une vingtaine d’années, je faisais des petits boulots entre les tournages. J’ai été hôtesse à un moment, j’ai essayé le télémarketing aussi… C’était difficile de se faire raccrocher au nez toute la journée. J’ai eu des périodes de découragement, en hésitant même à reprendre mes études. C’est un métier tellement fluctuant. Comme d’habitude, avec ma famille j’agissais comme si de rien n’était. Je suis quelqu’un de très indépendant, impossible pour moi de faire aveu de faiblesse. Aujourd’hui tout se passe bien, mais je reste très consciente que tout peut s’arrêter demain.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de revenir à la musique?

Il faut savoir que j’emmène toujours ma guitare un peu partout avec moi, donc ce n’est pas une envie subite, la musique fait partie de mon quotidien. J’ai eu des propositions de maison de disques, mais ce type de contrat n’est pas pour moi. Je suis quelqu’un de très pudique, et j’ai besoin d’un cadre intime pour composer, entourée des personnes que j’ai choisies. C’est dans ces conditions idéales que j’ai enregistré mon single, Maison de terre. Je compose beaucoup, mais pour les paroles j’avance encore à tâtons. Sur ce titre, elles sont donc signées Camille Embé, une jeune auteure de 23 ans. Elle a une plume très actuelle, mais c’est une vieille âme. À la réalisation, on trouve Imani Assumani, un musicien congolais incroyable, amoureux de la guitare, comme moi. On compose ensemble, pour les uns et les autres, il n’y a pas d’égo… C’est notre petit laboratoire. J’adore être sur un plateau de tournage, mais la musique c’est autre chose. Tu te mets à nu, tu t’exposes complètement. Aujourd’hui à 34 ans, j’ai envie d’enfin lâcher prise.

 

Propos recueillis par Céline Puertas


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