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Unbelievable, la série criminelle qui s’intéresse enfin aux victimes

Ce nouveau programme Netflix haletant ne ressemble à aucune autre série criminelle, pour une raison simple: il est entièrement centré sur la parole des femmes et des victimes.
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Difficile d’échapper aux séries criminelles en ce moment; comme le dit Diane dans la dernière saison de The Good Fight, “je me demande si je devrais regarder une série allemande sur un serial killer ou bien une série scandinave sur un serial killer”. On pensait donc avoir atteint la saturation lorsqu’on a appris la sortie d’Unbelievable, adaptée d’une histoire vraie, sur un violeur en série et ses victimes. Mais cette série Netflix, créée par Susannah Grant (Erin Brockovich) et en partie réalisée par Lisa Cholodenko (The Kids Are Alright), ne ressemble à aucune autre série criminelle. Pour une raison simple: elle est entièrement centrée sur le point de vue des femmes.

Unbelievable s’ouvre sur Marie (Kaitlyn Dever), assise par terre et enveloppée d’une couette, le regard vide et les yeux rougis par les larmes. Elle vient d’être violée. Son ancienne mère d’accueil est avec elle, et lorsque les sirènes de la police retentissent, elle la rassure: “Voilà de l’aide.” Sauf que plus le pilote avance, moins les gens semblent enclins à aider Marie. À force de raconter l’incident à plusieurs policiers, certains détails de son histoire changent, et les hommes chargés de l’enquête commencent à douter d’elle… Terrifiée, épuisée, Marie finit par dire qu’elle a tout inventé. Avec une grande finesse d’écriture, Unbelievable montre à quel point le système est défaillant lorsqu’il s’agit d’entendre et de protéger les victimes.

 

 

Un traitement respectueux des victimes

Si la première heure de la série est particulièrement éprouvante, une lueur d’espoir apparaît dès la deuxième. Car en parallèle de l’histoire de Marie, Unbelievable suit aussi le travail de deux enquêtrices acharnées, qui se mettent à traquer l’auteur d’une série de viols trois ans plus tard, dans l’état du Colorado (vous l’aurez deviné, il s’agit du même agresseur dans les deux histoires). Lorsque dans l’épisode 2, la détective Karen Duvall (incarnée par une Merritt Wever magnétique) arrive pour recueillir le témoignage d’une victime, le contraste est tellement saisissant avec l’expérience déshumanisante de Marie qu’on en pleurerait presque. Karen Duvall est patiente, parle d’une voix douce et mesurée. Chacun de ses gestes communique l’empathie. Elle écoute la victime, sans jamais la brusquer, et l’accompagne dans ce moment traumatisant. C’est une séquence à couper le souffle, qui illustre parfaitement le respect dont la série fait preuve envers ses personnages.

 Unbelievable est une série criminelle aussi passionnante que radicale.

Car contrairement aux nombreux programmes (True Detective, The Handmaid’s Tale…) qui mettent en scène des agressions sexuelles ou féminicides, les viols qui constituent le cœur de l’intrigue ne sont ici jamais représentés de manière gratuite ou objectifiante. Les seules images de violence que l’on voit sont nécessaires. Dans le premier épisode, on aperçoit brièvement des images subjectives de ce que Marie a vu pendant son viol. Ces images sont dures, mais elles ont un vrai rôle: elles sont là pour signifier que ce que la jeune femme a vécu est bien réel et ancré dans sa mémoire, qu’il ne s’agit pas d’une invention contrairement à ce que la police finit par lui faire dire. Dans une autre superbe scène à la fin de la série, les deux policières du Colorado consultent une collection de photos que le violeur a pris de ses victimes. Des photos extrêmement choquantes et dures à regarder, que la série ne nous montrera pas: la caméra reste fixée sur le visage des deux femmes, et leur regard nous dit tout ce qu’on a besoin de savoir.

 

Des personnages nuancés

Ce sens de la mesure se retrouve également dans l’écriture des personnages féminins, qui sont tout sauf des archétypes. Au fil de la série, on les découvre professionnelles, généreuses, compatissantes, indignées, stressées, maternelles, dures, impliquées, pragmatiques… Toni Collette et Merritt Wever livrent ainsi deux performances extrêmement riches et nuancées, et assister à leur collaboration est un des grands plaisirs de la série. Quant aux inspecteurs masculins qui n’ont pas voulu croire Marie, ils ne sont jamais dépeints de manière manichéenne: sans arrière-pensée, ils ont juste tenté de faire leur boulot correctement. Leur incompétence, et ses conséquences désastreuses sur la vie de Marie, n’en est que plus douloureuse.

C’est ce traitement méthodique, respectueux et anti-sensationnaliste qui fait d’Unbelievable une série criminelle aussi passionnante que radicale. De leurs témoignages aux bouleversements de leur quotidien, en passant par leurs réactions lors de la condamnation du violeur, la série met un point d’honneur à se focaliser sur les victimes plutôt que l’agresseur. Et si elle n’a pas vraiment de happy ending, car ce que ces femmes ont vécu est une injustice irréparable, elle nous laisse espérer que le système puisse être un jour plus clément envers les victimes.

Anaïs Bordages


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