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Cinéma

3 bonnes raisons de voir “Une Fille facile”

Le nouveau long-métrage de Rebecca Zlotowski avec Zahia Dehar a fait sensation à Cannes et sort dans les salles mercredi 28 août. On vous donne trois bonnes raisons d’aller le voir.
© Julian Torres / Les Films Velvet
© Julian Torres / Les Films Velvet

© Julian Torres / Les Films Velvet


Naïma (excellente Mina Farid), 16 ans, habite à Cannes. Au cours de l’été, sa cousine Sofia (Zahia Dehar) vient passer quelques jours chez elle. Cette dernière, plus âgée, aime le sexe et ne s’en cache pas. Une Fille facile, le quatrième long-métrage de Rebecca Zlowtowski, est un récit initiatique au parfum rohmérien (on pense très fort à sa Collectionneuse), porteur de quelques idées limpides comme les eaux méditerranéennes. On vous donne trois bonnes raisons d’aller le découvrir en salles. 

 

 

Pour voir émerger Zahia actrice 

Sa première fois au cinéma remonte à 2016 et au film Joséphine s’arrondit de Marilou Berry. Mais avec Une Fille facile, c’est Rebecca Zlotowski qui offre à Zahia Dehar son premier grand rôle. Le personnage de Sofia, dont on se demande souvent ce qu’il doit ou pas à Zahia, est celui d’une jeune femme qui s’offre autant physiquement qu’elle se réserve sur le plan émotionnel. Secrète, taiseuse même, Sophia agit comme une apparition dans le quotidien de sa cousine Naïma, avant de s’évaporer littéralement. La diction singulière, désuète, de Zahia, renforce encore ce côté irréel, et l’impose irrévocablement comme une possible Brigitte Bardot millennial. L’actrice débutante partage d’ailleurs la même compassion que son aînée pour les bêtes, comme elle l’explique dans Les Inrocks: “J’ai arrêté de manger de la viande en 2013 -ça a été une lente prise de conscience. J’ai toujours été sensible à la cause animale, l’exploitation des animaux m’a toujours semblé d’une cruauté intolérable.” On lui souhaite une carrière aussi belle, et une vieillesse moins moche. 

 

Une Fille facile © Julian Torres/Les Films Velvet

© Julian Torres/Les Films Velvet

Pour le propos féministe du film

On le sait, Rebecca Zlotowski est une féministe convaincue et revendiquée, au point d’être l’un des fers de lance du collectif 50/50 pour 2020 et d’en être la régulière porte-parole. La lecture d’Une fille facile doit donc se faire à travers ce prisme: s’il y est question du désir des jeunes filles pour les sacs Chanel, de celui des hommes blancs et riches pour des jeunes femmes hypersexualisées, il y est aussi et surtout question du désir de Sofia, qui prend un plaisir assumé à faire l’amour contre des cadeaux de luxe. Un trait de caractère que le personnage partage avec son interprète. En ce sens, il faut remercier Rebecca Zlotowski de n’avoir pas cherché à assagir son actrice, et de l’avoir filmée sans tabou ni pudeur malvenue. Car si le “male gaze” a suffisamment régné, le pire ne serait-il pas de le supplanter par un “female gaze” moralisateur et liberticide? D’ailleurs, dans une scène hyper habile, la réalisatrice questionne notre regard sur les “femmes de petite vertu”: attablée sur la terrasse d’une impressionnante demeure, Sofia affirme qu’elle est une inconditionnelle de Marguerite Duras. Son hôtesse, bourgeoise intimidante incarnée par Clotilde Courau, la cuisine pour connaître précisément les titres de ses livres fétiches. Gros moment d’embarras pendant lequel Sofia ne sait que répondre et où tout le monde autour de la table -et dans la salle de cinéma-, se demande si elle a réellement lu une ligne de Duras. Un bon test pour faire le point sur nos propres préjugés à l’égard de toutes les Zahia de la planète. 

Il y a une image qui ancrait vraiment le film pour moi, c’était des hommes sur des yachts qui dînent en face de pizzerias.”

Pour la critique sociale qu’il contient 

Dans une interview accordée à Télérama, Rebecca Zlotowski explique à Zahia, assise à ses côtés, ce qui l’a attirée chez elle: “J’aimais ce que tu représentais avant de te connaître, le trajet de transfuge social dont tu avais fait preuve […]”. Avec ses deux mondes qui se croisent sans jamais vraiment se rencontrer, celui des quartiers populaires de Cannes, où vivent Naïma et sa mère, femme de ménage, et celui des yachts de milliardaires amarrés au port, Une Fille facile est aussi une critique des rapports de classe. Toujours à Télérama, Rebecca Zlotowski confie: “Il y a une image qui ancrait vraiment le film pour moi, c’était des hommes sur des yachts qui dînent en face de pizzerias. Quand j’étais petite sur la Côte d’azur, quand j’allais rendre visite à ma tante, on allait voir la vie des riches.” C’est ce “face-à-face exhibitionniste entre des gens de la classe bourgeoise, des artistocrates quasiment, qui s’installaient dans des lieux populaires et qui dînaient face aux vacanciers”, que la réalisatrice a aussi voulu dépeindre dans ce quatrième long-métrage solaire et rutilant. 

Faustine Kopiejwski 


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© Julian Torres / Les Films Velvet

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