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Avec “Brut”, Yseult publie une ode au sexe et au plaisir féminin

Le nouvel EP de l’artiste Yseult est un voyage érotique, celui d’une femme qui se sent désirée et assume la découverte de sa sexualité.
© Thibault-Théodore
© Thibault-Théodore

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Ce soir je strip dans la chambre sans stress/Tes yeux rivés sur moi, j’me dandine, trop sexe/Me lâche pas du regard I’m feeling myself/L’une de tes préférées tu me le dis sans cesse/I’m twerking on my daddy, son cœur s’emballe/Lui et moi, c’est trop la folie/Un genre de Bonnie and Clyde/Son corps me dit: ‘Oh oui, te retiens pas/Donne-moi tout baby-baby, ne t’abstiens pas/Baby baby wine up wine up/Oui bouge ton corps, ouais wine up, wine up/De haut en bas, ouais wine up, wine up/Oh baby baby/Ton corps ouais c’est d’la folie’. Sur ces quelques vers torrides, extraits du morceau Sexe – qui porte bien son nom, Yseult nous invite dans l’intimité de sa chambre à coucher. Son flow haletant dit toute l’intensité de ce corps à corps charnel. Dans cette chanson, la Française de 26 ans milite pour l’érotisation des rapports amoureux: se filmer en train de faire l’amour, faire un strip, jouer avec sa langue, son bassin, ses mains, aussi, au travers d’une strangulation qui l’accompagne jusqu’à l’orgasme. 

Je veux renverser cette emprise, cette ascendance, que les hommes ont sur les femmes.”

Je voulais que ce soit physique, brut, dire les choses comme elles sont, parce que c’est comme ça qu’on les ressent, qu’on les vit au quotidien, et c’est en ces termes qu’on en parle entre amis, assume-t-elle. Je voulais que les gens se remémorent la nuit de folie qu’ils ont passé la veille.” Yseult est sexplicite. Elle revendique son female gaze, en reprenant l’objectivation de l’homme à son compte, et prouve, en plus, qu’elle a le dessus. Quand elle collabore avec S.Pri Noir, sur 101 Regrets, c’est lui qui est à genoux et pleurniche, pas elle. Quand elle est éprise d’un bad boy sur le single du même nom, il est faux de penser qu’il a l’ascendant sur elle. C’est lui, son objet sexuel.  Son “J’te lâcherai un je t’aimeseulement si tu dead ça, sur BB -autrement dit seulement s’il la fait jouir- dissipera tout malentendu. “Je veux renverser cette emprise, cette ascendance, que les hommes ont sur les femmes, dit-elle. Je te mets au défi de me faire jouir et tu as intérêt de le faire correctement, si tu veux un ‘je t’aime’ de ma part. Oui je te mets la pression, parce que nous, on a la pression depuis des fuckin’ siècles. J’ai plus envie d’être cette fille soumise ou vulnérable, ou seulement quand je le décide.

 

 

Une putain de meuf

Suspendue et ligotée, dans le clip de son dernier single Bad Boy, Yseult défie les lois de la gravité et joue un jeu érotique extrême, le shibari, d’origine japonaise, des images subversives d’Araki plein la tête. “Je rêve de me faire suspendre depuis trois ans, avoue-t-elle. Seulement je n’avais pas de référent·e·s avec ma morphologie, alors je me disais: c’est pas pour moi! Avec Bad Boy, j’ai prouvé le contraire, j’ai créé de nouvelles références pour les personnes en surpoids, en obésité, qui aimeraient pratiquer cet art. Je fais 135 kilos et je l’ai fait! La scène, immortalisée par le photographe Thibault-Théodore, qui signe ici sa première réalisation, est sans artifice. Les corps nus d’Yseult et Ichon s’accordent et transpirent d’érotisme. “Il était 7h du mat’, on a enlevé nos vêtements, on n’a pas mis d’huile, on ne portait pas de bijoux, c’était brut, sans fioriture, souligne la chanteuse. 

 

Déjà, sur la couverture de l’EP Noir ou dans le clip de Corps, dans une mise en scène proche de la performance contemporaine -son corps nu enveloppé d’une parure transparente de l’artiste néerlandaise Esmay Wagemans, elle ne retouchait pas ses courbes, ses bourrelets. Elle n’a pas eu besoin de sublimer son corps pour l’accepter, mais simplement de se sentir désirée. “J’ai été attachée à une personne qui m’a beaucoup marquée, physiquement et émotionnellement, précise-t-elle. C’était la première fois que je me sentais pleinement dans mon corps. Il n’y avait entre lui et moi aucun tabou, aucune gêne, aucun jugement. Il me regardait avec désir et passion. C’était la première fois qu’un homme portait ce regard sur moi. Il y avait une réelle connexion charnelle. C’est bouleversant en tant que personne qui auparavant avait… des complexes. Mais je le mérite! Je suis une putain de meuf, et j’ai envie de m’épanouir sexuellement, comme n’importe quelle femme.” 

Sur cet EP, je suis la reine de ma vie professionnelle et je tiens les rênes de ma sexualité.”

Yseult renonce à l’aigreur et l’amertume, tourne le dos à ses amours déçues, qu’elle détaillait largement sur son premier EP Rouge, et se libère des croyances négatives et/ou limitantes qui l’empêchaient de s’épanouir pleinement. Sur Brut, elle est dans la conquête du plaisir, de la jouissance. “Sur cet EP, je suis la reine de ma vie professionnelle (elle est jeune entrepreneuse, a créé son label et maîtrise toutes les étapes de la production musicale, ndlr), et je tiens les rênes de ma sexualité. Il n’y a ni barrières ni limites, et ça devrait être comme ça pour nous toutes, il serait temps qu’on aille arracher notre fuckin’ crown aux mecs! Tout dans ses textes documente l’expérience féminine, le plaisir féminin, l’orgasme, avec un ton décomplexé. “J’ai envie que la parole se libère publiquement, lance-t-elle. A mes concerts, les gens vont être amenés à crier haut et fort: en doggie dans l’arène, je veux que ça dure l’éternité! Fais-moi perdre le contrôle de toute réalité! Ce soir je veux qu’on s’exprime, qu’on s’excite, qu’on s’active.’ Au diable, les tabous !

Alexandra Dumont 

Nouvel EP Brut (Naïve, Y.Y.Y), disponible

En tournée piano voix en 2021 et le 11 décembre 2021 à la Salle Pleyel, Paris


3. Pourquoi les bad bitches françaises sont-elles méprisées

La route reste longue pour imposer la figure de la bad bitch en France, réponse sexy et politique au patriarcat dans le rap, malgré les percées récentes de rappeuses marquantes. 
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4. “Lusted Men”, l'exposition qui érotise les corps masculins

L’exposition Lusted Men présente une collection de photos érotiques masculines, anonymes et contemporaines. Preuve que la nudité émoustillante n’est pas réservée aux modèles féminins.
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7. Dix films féministes qu'il fallait voir en 2020

En 2020, l’année ciné aura été bouleversée jusqu’au bout. Heureusement, cela ne nous a pas empêchées de découvrir, au cinéma ou à la maison, de superbes récits féminins et féministes. 
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