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Avec Ada Tech School, elle propose des cours de code féministes et inclusifs

Située au cœur de Paris dans le quartier du Marais, l’Ada Tech School forme des hommes et des femmes à coder et à déconstruire les stéréotypes de genre du monde de la tech. Rencontre avec sa fondatrice et directrice Chloé Hermary.
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Féminisme, empathie et singularité, voilà les trois valeurs que porte Ada Tech School, l’école de code féministe et inclusive qu’a fondée Chloé Hermary, directrice des lieux. À 25 ans seulement, cette entrepreneure “au parcours classique” possède une vision claire et précise de ce que devrait être l’apprentissage aujourd’hui: un endroit pensé pour que les femmes réussissent autant que les hommes et qui travaille à déconstruire les stéréotypes de genre autour d’un métier trop caricaturé: celui du développement Web. Cette vision de l’apprentissage, Chloé Hermary la doit à son parcours aussi bien scolaire que professionnel. Admise en prépa au lycée parisien Stanislas, “de tradition masculine”, Chloé Hermary raconte ce qui l’a poussée à se mettre “dans une situation d’échec”: le harcèlement, la culture de la compétition ou le machisme ont eu raison de cette “très bonne élève” qui a perdu toute confiance en elle au point de se classer en dernière position de sa promo. “Tout est tellement orienté vers cet esprit de compétition et on est tellement sous pression qu’on ne profite pas de l’apprentissage qui nous est offert”, regrette-t-elle.

Malgré ce sentiment, Chloé Hermary sera cependant admise à HEC, célèbre école de commerce où se forme l’élite de demain. “Une belle revanche” selon ses mots. Mais là aussi, l’entrepreneure comprend que la culture de l’école “très rugby-foot” n’est pas pensée pour les femmes. Sur le campus, le climat est “assez lourd” et correspond bien à ce que décrit la récente enquête publiée par Mediapart sur le sujet du harcèlement, du sexisme et de l’homophobie des écoles de commerce.

Quand on est une femme, il n’y a pas de ‘quand on veut, on peut’ qui tienne vraiment.

Pour ses premiers pas dans la vie professionnelle en 2017, Chloé Hermary décroche un stage dans la finance, au sein d’un fonds d’investissement où elle est la première femme avec laquelle ses collègues masculins vont travailler. Sans surprise, c’est le festival du sexisme. “Dans cette boîte, on célèbre la signature d’un contrat dans un strip-club et on me dit qu’on m’emmène en réunion pour faire joli”. Là encore, l’étudiante perd toute confiance en elle. Le jour de son pot de départ, son supérieur hiérarchique lui explique même par A+B qu’elle ne réussira jamais professionnellement si elle continue à être qui elle est; il lui assure que pour réussir, une femme doit bâtir sa carrière autour de la dureté, bref, d’une certaine forme de virilité. “À ce moment-là, mon engagement pour les femmes n’était pas conscientisé, raconte Chloé Hermary, mais je réalise que toute ma vie, on m’a fait croire que je pouvais tout faire alors que c’était faux. Quand on est une femme, il n’y a pas de ‘quand on veut, on peut’ qui tienne vraiment”. C’est un stage à New York, dans une start-up de joaillerie éthique, qui va lui permettre de changer la donne. “J’y ai découvert l’entrepreneuriat, appris à gérer une entreprise et à toucher à des choses d’un côté très tangibles et de l’autre très stratégiques. On n’apprend jamais mieux que lorsqu’on est confronté·e au réel”.

Le système éducatif dramatise énormément l’échec.

De retour à HEC pour sa dernière année, Chloé Hermary suit le parcours entrepreneur où les horaires sont aménagés pour que les étudiant·e·s puissent utiliser la majorité de leur temps à la création d’une entreprise. Le thème de l’éducation s’impose d’emblée car Chloé, comme ses proches, fait partie d’une génération ayant un “sentiment de désorientation” alors même qu’ils et elles font partie des privilégié·e·s. “En sortant diplômé·e·s, on a cette crise existentielle qui nous fait dire: est-ce que l’école remplit son rôle?’”. En octobre 2018, Chloé Hermary lance alors son entreprise de formation parascolaire dédiée à un public de lycéen·ne·s pour les aider et leur apprendre à s’orienter. Pour développer son projet, elle rencontre une centaine de jeunes et développe une réflexion autour du système éducatif actuel. Selon elle, “il place les jeunes dans un état passif, il occulte complètement l’apprentissage de la conscience de soi et il dramatise énormément l’échec”. Les piliers de l’Ada Tech School, dont le nom est un clin d’oeil à Ada Lovelace, pionnière de l’informatique, sont bâtis.

Mais finalement, Chloé Hermary bifurque encore et abandonne son projet de formation, “pas suffisant pour s’attaquer au problème”. A la place, elle imagine un lieu féministe et inclusif pour apprendre le code, une matière “qui s’est imposée très rapidement”, car elle symbolise à elle seule la philosophie de la directrice: apprendre par le faire. D’autant plus que ces métiers d’avenir manquent cruellement de femmes et que les entreprises du secteur sont en demande, afin de pouvoir diversifier leurs équipes. L’école, dont le cursus se déroule sur deux ans, a accueilli sa première promotion, composée de 6 femmes et 5 garçons en octobre dernier, et une deuxième vient d’arriver le 3 février. La révolution du code a commencé.

Arièle Bonte


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