geek

Miyö Van Stenis, artiste vénézuélienne en exil qui veut “hacker le pouvoir”

À 28 ans, Miyö Van Stenis a déjà bien vécu. Originaire du Venezuela, devenue réfugiée politique en France à cause de son art militant et provocateur, elle s’est intéressée au Net Art, à la réalité virtuelle et aux drones avec un but récurrent: hacker le pouvoir.
instagram.com/miyovanstenis
instagram.com/miyovanstenis

instagram.com/miyovanstenis


C’est presque par défaut que Miyö Van Stenis est devenue artiste numérique: née à Caracas au Venezuela, elle apprend à coder “vers 8-10 ans” mais se révèle vite “pas très douée en dessin”, confie-t-elle. “Dès que j’ai visité l’école d’art, ma mère a choisi pour moi les nouveaux médias, un excellent conseil.” Dès lors, Miyö Van Stenis expérimente toutes sortes de techniques liées, directement ou non, à Internet, et plus particulièrement le Net.art et le glitch art. Pendant six ans, elle travaille à Caracas comme artiste et performeuse. “Mon travail consistait à montrer comment la classe politique censure les activistes. Comment on peut collecter des informations à partir d’Internet. Mon but, c’est de comprendre et de penser le gouvernement comme un terroriste”, raconte-t-elle.

 

 

Mais petit à petit, l’étau se resserre: le gouvernement introduit de nouvelles lois de censure et le travail de Miyö Van Stenis ne s’attire pas que des sympathies. “Quand Violette Bule et moi avons créé Venezuelan Dukha Levitation en 2013, une parodie des ‘valeurs’ du Venezuela socialiste, certaines personnes n’ont pas trouvé ça drôle, se rappelle l’artiste. En fait, ça a été considéré comme un outrage d’utiliser l’image d’Hugo Chavez, qui venait de mourir, dans une oeuvre d’art… encore plus pour critiquer le gouvernement.”

Menacées par des adeptes du parti au pouvoir, les deux comparses décident de fuir leur pays, où aucune d’elles n’a remis les pieds à ce jour. “En 2014, je suis allée en France pour une exposition et comme la situation au Venezuela continuait de se tendre légalement et socialement, j’ai demandé l’asile politique”, se souvient la jeune artiste. Il lui faudra trois ans pour obtenir un titre de séjour.

 

Voir au-delà de la propagande

Entre temps, Miyö Van Stenis a cofondé avec Helena Acosta et Violette Bule Dismantling The Simulation, un collectif de curateur·rice·s et d’artistes né en février 2014 suite à la répression violente des mouvements étudiants au Venezuela. Leur objectif? “Utiliser l’art et les nouveaux médias pour motiver et mobiliser, et pour casser l’hégémonie de la communication construite par notre gouvernement ces 18 dernières années”, explique Miyö Van Stenis.

Né d’un simple groupe Facebook, le groupe d’activistes deviendra par la suite connu pour son projet Hack de Patria: grâce à une appli de réalité augmentée, le collectif entend alors révéler la vérité cachée derrière les promesses de campagne du parti créé par Hugo Chavez. Inspirée du film They Live, de John Carpenter, l’application remplace les logos de différents partis par les mots “OBEY” et “FRAUD”.

 

 

Depuis son arrivée en France, Miyö Van Stenis continue quant à elle d’explorer les nouvelles technologies à des fins politiques, bien que son art ait évolué: “Dernièrement, mon travail se concentre davantage sur les structures de pouvoir, le genre ou la démocratie. Ce qui m’intéresse, c’est de parler du jeu de la domination.” Pour ce faire, l’artiste a notamment recours à la réalité virtuelle: dans Immigrant Dungeon, elle a documenté toute son expérience de demandeuse d’asile en France. Prenant la forme d’un musée en réalité virtuelle, on y trouve des images de violences au Venezuela ainsi que différentes oeuvres de Miyö Van Stenis. Une technologie qu’elle n’a pas fini d’explorer: “Dans mon prochain projet en VR, j’ai envie de m’intéresser à la torture dans les prisons d’Amérique latine.”

 

 

Préserver ses données à l’aide d’un mini-drone

Dernièrement, Miyö Van Stenis s’est aussi intéressée aux drones avec son Vigipirate Quadcopter Drone Project, commencé en 2014 et exposé cet hiver à la Maison Populaire de Montreuil. Un projet qui, à l’origine, n’était pas une oeuvre d’art: “En fait, je cherchais un moyen de sauver mes données en cas d’arrestation, se souvient l’activiste. J’ai imaginé un prototype de mini-drone qui comprendrait tous mes fichiers sur une carte mémoire SD cryptée, et qui pourrait s’envoler pour les mettre à l’abri si jamais je me faisais embarquer.”

L’idée lui est venue suite à des restrictions mises en place par Chavez en 2012, “qui non seulement censuraient la télévision nationale, mais qualifiaient légalement de ‘traître ou terroriste’ tous les individus qui osaient critiquer publiquement le gouvernement, y compris via l’art ou les réseaux sociaux”. Le drone DIY imaginé par Miyö Van Stenis comporte donc un disque dur contenant informations et photos collectées depuis son exil et qui, ironiquement, pourraient selon elle la faire qualifier de terroriste au Venezuela. “Le drone est codé pour s’envoler en cas de danger puis renvoyer sa géolocalisation cryptée, mais c’est aussi un symbole de liberté”. Et une source d’inspiration possible pour nos activistes français?

Matthieu Foucher 


2. Avec Ada Tech School, elle propose des cours de code féministes et inclusifs

Située au cœur de Paris dans le quartier du Marais, l’Ada Tech School forme des hommes et des femmes à coder et à déconstruire les stéréotypes de genre du monde de la tech. Rencontre avec sa fondatrice et directrice Chloé Hermary.
instagram.com/miyovanstenis  - Cheek Magazine
instagram.com/miyovanstenis

3. Dona Sarkar œuvre pour plus de diversité dans la tech

Pour Dona Sarkar, 39 ans, la technologie est avant tout un outil d’émancipation. Chez Microsoft, où elle anime depuis peu une plateforme de digitalisation des entreprises, elle se bat pour démocratiser son accès à tou·te·s. De passage à Paris, cette développeuse de formation nous a parlé de son expérience dans la tech et de la place que les femmes y occupent aujourd’hui.
instagram.com/miyovanstenis  - Cheek Magazine
instagram.com/miyovanstenis

4. Chez Ekiwork, Elisabeth Chaudière utilise la réalité virtuelle pour sensibiliser au sexisme en entreprise

Cette experte du sexisme ordinaire au travail aide les entreprises à lutter contre les discriminations et les stéréotypes de genre qui contaminent les open space et les salles de réu. Elle a récemment co-écrit le scénario d’une expérience en réalité virtuelle, où l’on se glisse dans la peau d’une jeune cadre confrontée à des comportements sexistes dans sa boîte.
instagram.com/miyovanstenis  - Cheek Magazine
instagram.com/miyovanstenis

5. Queer et féministes, ces geek militent pour un Internet safe

Si Internet est un lieu propice à l’information et à l’expression de soi pour les personnes LGBT+ et féministes, celles-ci sont aussi (et surtout) la cible première des cyberattaques en tous genres. Rencontre avec des hacktivistes qui ont choisi le terrain numérique pour lutter contre le patriarcat.
instagram.com/miyovanstenis  - Cheek Magazine
instagram.com/miyovanstenis

6. Avec Glowee, Sandra Rey invente l’éclairage urbain du futur

En 2014, Sandra Rey a lancé Glowee, une start-up à l’origine d’un système d’éclairage écologique et naturel imitant les propriétés de certaines créatures marines luminescentes. Cette entrepreneure de 29 ans vient de clore une nouvelle levée de fonds et de signer un contrat avec la ville de Rambouillet pour illuminer le mobilier urbain à l’aide de cette brillante technologie.
instagram.com/miyovanstenis  - Cheek Magazine
instagram.com/miyovanstenis