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Queer et féministes, ces geek militent pour un Internet safe

Si Internet est un lieu propice à l’information et à l’expression de soi pour les personnes LGBT+ et féministes, celles-ci sont aussi (et surtout) la cible première des cyberattaques en tous genres. Rencontre avec des hacktivistes qui ont choisi le terrain numérique pour lutter contre le patriarcat.
Instagram/©le_reset
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Ça n’a rien d’un scoop. Internet est un lieu fondamentalement hostile pour les femmes et les  personnes LGBT+. Propos haineux, menaces, cyberharcèlement, revenge porn, cyber-contrôle… L’Internet que nous avons aujourd’hui est une représentation de la vie en dehors d’Internet. Il représente la marginalisation de certains groupes de personnes (les femmes, en particulier les femmes racisées, les personnes ayant des identités sexuelles et de genre non conformes, les personnes handicapées et d’autres groupes minoritaires). Il représente la discrimination. Il représente des attitudes et des idées misogynes. […] C’est une extension de ce que les femmes doivent affronter ‘hors ligne’, résumait, amèrement, la militante féministe indonésienne Dhyta Caturani en 2016. 

Pourtant, à travers la Toile, des poches de résistance demeurent. Des hacktivistes féministes et queer travaillent à créer un Internet safe. Dès 2014, un collectif international a élaboré les “Principes féministes de l’Internet”. Des militant·e·s -encore trop rares- luttent jour après jour contre le patriarcat et toutes les formes de domination en ligne. D’abord parce que le numérique “a contribué à donner une visibilité à l’existence de ces identités et aux revendications de reconnaissance, souligne Hélène Breda, chercheuse en sciences de l’information et de la communication. En Tunisie, l’accès à l’information et à une communauté pour les personnes queer se fait d’abord sur Internet, remarque Aïda Salander (Ndlr: un pseudo car elle souhaite rester anonyme), Tunisienne de 30 ans, fondatrice des associations Chouf et Mawdjoudin pour la lutte pour les droits des femmes et des minorités sexuelles. C’est là où on cherche les définitions (queer, genderfluid, transidentité, le traitement hormonal…) et où on peut faire des rencontres. C’est là aussi où la jeune femme a déployé son militantisme. Maîtriser quelques bases paraissait donc indispensable.

 

Former à la sécurité numérique

Dès 2013, Aïda Salander s’est formée auprès de “pirates” en Suède pour apprendre les techniques de sécurité numérique et les adapter aux besoins des communautés LGBT+ en Tunisie. “J’ai appris à utiliser des outils alternatifs pour communiquer sans traçabilité et avoir une identité complètement anonyme sur Internet, explique la féministe, qui recommande de ne pas centraliser ses données et d’utiliser des services sécurisés comme l’application de messagerie Wire ou les comptes email développés par le collectif Riseup. Fraîchement installée à Paris, elle propose des formations avec son collectif Queer of the Bled. Au-delà des conseils techniques, Aïda Salander met l’accent sur les principes de protection et d’une “utilisation saine d’Internet”: prévention, consentement, safe sexting 

Informer sur le féminisme, les LGBT ou la sexualité, c’est aussi le combat que mène Soudeh Rad. Cette Iranienne de 39 ans, queer féministe intersectionnelle, a développé cinq sites en farsi, dont Macholand Iran, ou Hamdam, la seule application de suivi des menstruations calée sur le calendrier iranien. Elle compte plus de 270 000 utilisateur·trice·s. Exilée depuis l’âge de 10 ans, elle a rapidement vu le Web comme la seule façon de militer: “Internet est devenu notre oxygène. Sans le Net, je n’aurais pas accès aux persanophones, témoigne la cofondatrice de l’association Spectrum (en référence au spectre de genre), installée à Paris. Ses sites délivrent des informations vitales sur des sujets tabous en Iran: les relations sexuelles, le plaisir, la santé, la lutte contre les violences domestiques, le divorce… 

 

La technique, “reflet du patriarcat”

En Iran, en Tunisie, comme en France, le numérique peut apporter une bulle dans un contexte familial, social ou professionnel où il n’y a pas de possibilité d’être soi sereinement, souligne Hélène Breda. Mais ces îlots de résistance semblent noyés dans un système encore dominé par le patriarcat. “Partout, on voit comment Facebook, Twitter ou Instagram imposent leurs standards sexistes ridicules et ne protègent pas du harcèlement envers les femmes ou les LGBT. Les espaces qu’on crée deviennent de plus en plus difficiles à préserver, déplore Soudeh Rad, elle-même régulièrement la cible d’attaques sexistes. 

Auréline, ingénieure militante, s’attelle à détricoter le mythe de la technique “neutre: “La technique est éminemment politique. Elle est le reflet du patriarcat. Elle a été fabriquée initialement dans des mondes exclusivement masculins et elle répond aux besoins des dominants.Pour sortir de ce système hétéro-dominant, Auréline insiste sur le besoin de “recréer des utopies collectivesdébarrassées des normes dominantes hétérocentrées.

 

 
 
 
 
 
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We’re at the #34c3 ! But first let’s meet at the #teahouse with all our clit 😘 #hack #LeReset #chaoscommunicationcongress #CCC2017 #LQDN #femhack #queer

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C’est ce qu’essaie de développer, à son échelle, le Reset. Ce collectif a monté un hackerspace queer et féministe, qui prend ses quartiers tous les dimanches après-midi à la Mutinerie, dans le 3ème arrondissement de Paris. Cet “espace de bidouille et d’apprentissage des technologies numériquespropose des ateliers autour du code, des jeux vidéo ou de la cybersécurité. Il s’adresse aux “personnes habituellement exclues de ces lieux, expliquait l’une des cofondatrices -qui préfère rester anonyme-, Zora, dans une conférence. C’est-à-dire majoritairement les femmes, les personnes queer ou qui n’ont pas de connaissances techniques particulières et qui peuvent ressentir un fort sentiment d’illégitimité à venir fréquenter un hackerspace. Franchir la porte, c’est déjà construire l’Internet féministe de demain.

Elise Koutnouyan


1. Dona Sarkar œuvre pour plus de diversité dans la tech

Pour Dona Sarkar, 39 ans, la technologie est avant tout un outil d’émancipation. Chez Microsoft, où elle anime depuis peu une plateforme de digitalisation des entreprises, elle se bat pour démocratiser son accès à tou·te·s. De passage à Paris, cette développeuse de formation nous a parlé de son expérience dans la tech et de la place que les femmes y occupent aujourd’hui.
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2. Chez Ekiwork, Elisabeth Chaudière utilise la réalité virtuelle pour sensibiliser au sexisme en entreprise

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À l’occasion du Festival Grow Paris, dédié au code créatif, qui a eu lieu mi-novembre au Ground Control, Cheek Magazine a rencontré Tatiana Vilela dos Santos, une game designer française. À 29 ans, cette hyperactive a déjà créé une dizaine d’installations interactives pour partager ses “rêveries” éveillées.
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7. Ils ont lancé Yuka, l'appli qui révolutionne la façon de faire vos courses (pour mieux manger)

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