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Sur Instagram, Adeline Rapon redonne vie aux Antillaises oubliées

instagram.com/adelinerapon
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Sur Instagram comme ailleurs, les photographes innovent pendant le confinement en immortalisant des rues vides, en captant des instants du quotidien, et parfois en se prenant pour modèle dans des séries intimistes. C’est cette option qu’a choisi l’ancienne blogueuse aujourd’hui joaillière Adeline Rapon. Presque chaque jour, elle recrée dans son appartement des portraits d’Antillaises de la fin du 19ème siècle, se prenant pour unique modèle. Elle poste côte à côte son interprétation et la photographie d’époque qui l’a inspirée. Ce décalage entre des regards que des décennies séparent est tour à tour touchant et surprenant. Il faut dire qu’Adeline Rapon compose avec très peu d’éléments: elle expliquait sous son premier post n’avoir emporté avec elle que deux t-shirts, deux chemises et trois pantalons.

 

 
 
 
 
 
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Portrait confinement 14. Il arrivait que certain.e.s Antillais.e.s soient amené.e.s en Hexagone par leurs maîtres ou patrons et les raisons ont été multiples. Cependant, ils ne pouvaient (légalement en tout cas) les garder en tant qu’esclaves : beaucoup ont été servant.e.s, ou sont partis pour vivre une vie différente. On retrouve la trace de certain.e.s quand iels ont été modèles, comme Maria, prise ici en photo par Nadar. Leur profil, évidemment atypique sur le sol français où avaient encore lieu les zoos humains, a inspiré et était utilisé par bon nombre d’artistes : Matisse et Baudelaire, notamment. Ce qui ne voulait pas dire que ces Antillais.e.s étaient soudainement devenus libres de tout racisme, bien évidemment. Photo originale : « Maria, l’Antillaise », Felix Nadar, vers 1850. Trouvée sur @gallicabnf. #fanmfoseries

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Avec cette série de photos DIY, elle réfléchit aussi à ses propres racines de jeune femme moitié Martiniquaise moitié Corrézienne. Un jour, elle revient sur l’histoire de sa grand-mère, “à moitié Indienne, de celles et ceux qui ont été amené·e·s sur l’île de Martinique à la suite de l’abolition de l’esclavage”. Un autre, elle évoque des figures historiques trop souvent oubliées comme celle de Paulette Nardal, première femme noire à étudier à la Sorbonne. En resituant la place des femmes dans l’histoire, en racontant leur parcours intime dans des scènes du quotidien, elle signe une série hautement politique. Qui redonne un corps, une voix, un présent à ces femmes oubliées. Un magnifique travail de mémoire qui donne (presque) envie de prolonger le confinement.

 

 
 
 
 
 
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Portrait confinement 16. Alors je tiens à dire que je suis super fière de ma coiffure et que j’étais à deux doigts de la garder pour la journée. On m’a demandé plusieurs fois qui prenait les photos : moi-même et ma petite télécommande (dans mes mains). C’est d’ailleurs un avantage énorme que j’ai, par rapport aux modèles antillaises dont je m’inspire. Je contrôle mon image, mon corps, mon humeur. Personne ne me force à lâcher mes cheveux en les secouant pour que le volume impressionne encore plus les yeux voyeurs, quand la fierté d’une femme réside dans sa maîtrise de sa coiffure et du nouage de son maré tet. Personne n’ouvre mon corsage de force. Personne n’efface mon nom pour le remplacer par un froid : « Mûlatresse de Martinique ». #fanmfoseries

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P.L.G

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