Les Yeux
dans les yeux

Avec Doria Achour

10 femmes posent leur regard sur la génération Y. Aujourd’hui Doria Achour, comédienne et réalisatrice. 

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Houda Benyamina

Claire Tran

Déborah Amaral

Sianna

Charlotte Cadé

Juliette Armanet

Tiffany Cooper

Emma Le Masne

Céline Pham

On avait rencontré Doria Achour pour son rôle dans Papa Was Not A Rolling Stone, de Sylvie Ohayon. A 25 ans, cette comédienne franco-tunisienne réalise aussi des films, dont le court-métrage Laisse-moi finir.  

L’hymne de notre génération?

L’hymne je ne sais pas, mais je trouve Stromae assez représentatif de notre génération. Je pense notamment à Quand c’est?, une chanson sur le cancer, mais on pourrait prendre n’importe lequel de ses morceaux. 

Le film emblématique de notre génération?

La Haine, de Mathieu Kassovitz. 

L’événement le plus marquant de notre génération?

Il y en a eu beaucoup, mais je vais choisir l’affaire Snowden, qui a marqué un tournant dans la manière dont on doit envisager les choses, notamment en ce qui concerne les limites de notre vie privée.  

3 clichés qui reviennent souvent à propos de notre génération?

L’inculture, la perte des repères et un certain égocentrisme lié aux réseaux sociaux. Ce n’est pas complètement faux, mais ce sont des clichés qu’il faut nuancer et ce n’est pas le cas pour tout le monde. 

La chance de notre génération?

Maintenant, tout devient possible. Tout devient accessible. Par exemple, on peut faire un film avec un téléphone portable, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années. On peut s’affranchir de la technique, du matériel, et il y a beaucoup moins de voies royales à suivre, en tout cas dans le cinéma. 

La malédiction de notre génération?

C’est pareil. Tout est possible pour tout le monde, donc les plus forts se battront, et ceux qui savent moins se vendre, ou ont moins envie de le faire, risquent de passer après. C’est un peu chacun pour soi et le talent qu’il faut avoir pour mettre en avant son travail n’est pas forcément un talent artistique. Finalement, tout devient aussi plus compliqué pour se démarquer.  

La féminité vue par notre génération, ça donne quoi?

La féminité, c’est beaucoup de choses qui sont assez contradictoires. D’un côté, on nous dit que la féminité, c’est une poupée en plastique sortie d’une télé-réalité et de l’autre, qu’une femme, c’est exactement la même chose qu’un homme. On voudrait nous faire croire que la féminité, c’est une chose ou une autre: je ne pense pas. 

Si tu devais incarner notre génération au cinéma à travers un personnage, il serait comment?

Ce serait un anti-héros de littérature, quelqu’un qui part avec un handicap mais qui doit quand même tracer quelque chose, qui doit avancer. Ce ne serait pas tout à fait un héros, mais ça le deviendrait en un sens. 

La réalisatrice emblématique de notre génération?

Maïwenn. C’est quelqu’un que j’admire beaucoup et qui prend beaucoup de risques. Elle arrive à capter et à tenter des choses. Il faudrait davantage de réalisatrices comme elle. 

Les défis que notre génération doit relever?

Pour moi, le défi le plus important, c’est l’éducation. Notre génération doit réussir à expliquer à la suivante pourquoi certaines choses n’ont pas marché. Si on veut qu’il y ait un changement, ça passera avant tout par là. 

Et ceux qu’elle a déjà relevés?

Elle a réussi à créer une cohésion. L’année 2015 a été très particulière et il y a eu des moments de grâce où toute une génération, et même d’autres se sont réunies. Mais cette cohésion s’est créée sur l’émotion, et l’émotion n’est pas quelque chose de stable. 

Les moments où tu te sens en phase avec ta génération?

Lorsque je suis avec des gens de ma génération que j’admire et qui se battent pour faire des choses. Qu’ils y arrivent ou pas, peu importe, le fait qu’ils ne se laissent pas abattre par ce qui se passe autour de nous me rend fière de faire partie de cette génération. 

Les moments où tu as l’impression d’être d’un autre siècle?

Ces moments sont nombreux! (Rires.) Je suis une grande fan de romans de chevalerie et du Moyen-Âge, en ce moment je lis Chrétien de Troyes et j’adore. À cette époque, il n’y avait pas vraiment de frontières entre la réalité, le rêve et la magie. 

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski