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Pourquoi le masque va devenir notre accessoire préféré cette année

Si son port devient obligatoire dans l’espace public, comme le recommande désormais l’Académie de Médecine, le masque va être, littéralement, le nouvel essentiel de nos dressings. Alors pourquoi ne pas allier l’agréable à l’utile dès à présent?
© Collina Strada
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La différence entre une paire de cuissardes et un masque sanitaire? En plus d’être un accessoire clivant, une paire de cuissardes n’a jamais sauvé la vie de quiconque (qu’on sache…), ce qui explique sans doute qu’aucun gouvernement n’ait heureusement jamais rendu son port obligatoire, contrairement au masque désormais imposé dans de nombreux pays d’Afrique et en Europe, notamment en Pologne et dans certaines régions d’Italie. Lors de sa conférence de presse du 19 avril, Edouard Philippe a laissé entendre que le masque pourrait devenir obligatoire en France après le confinement, notamment dans les transports en commun. Il n’a toutefois pas apporté de précisions concernant l’approvisionnement, le prix ou le remboursement de cet accessoire qui l’est décidément de moins en moins, mais qui continue pourtant de manquer y compris aux personnels soignants, à qui sont réservés les fameux masques FFP2, aussi rares et prisés qu’une édition limitée Chanel. 

Si les professionnel·le·s de santé sont toujours partagé·e·s sur l’efficacité réelle des masques grand public ou DIY, ceux-ci font en tout cas consensus auprès des bêtes de mode célèbres ou anonymes qui affichent fièrement leurs nouveaux looks sur les réseaux. Mardi dernier sur Instagram, on comptait 10,3 millions d’occurrences pour #mask et 3,5 millions pour #facemask. Au Vogue américain qui vient de consacrer un sujet shopping sur les 35 masques les plus tendance du moment, Etsy, le leader de la mode fabriquée main, indiquait qu’entre la dernière semaine de mars et la première semaine d’avril, les ventes de masques ont été multipliées par 5, et qu’entre le 4 et le 6 avril, la plateforme avait enregistré 2 millions de recherches, soit 9 recherches par seconde.

 

Avec ou sans Covid, le masque est le nouveau bob

La mode n’a pourtant pas attendu la pandémie pour faire du masque le nouveau hit fashion. Symbole de transgression depuis longtemps adopté par les rappeurs américains, le masque a depuis été récupéré par les militant·e·s politiques, les black blocks, et celles et ceux qui renversent plus ou moins symboliquement l’ordre établi, comme la chanteuse Billie Eilish dont les looks XXL sont aussi célèbres que les couvre-faces: quelques semaines après avoir lancé une collection capsule de masques en collaboration avec Urban Outfitters (sold out en quelques heures), en janvier dernier, la jeune prodige de la pop assistait aux Grammy Awards en total look Gucci, masque sur mesure absolument pas conforme aux normes sanitaires mais très stylé compris. S’il fut l’un des premiers à faire défiler des mannequins masqué·e·s, Alessandro Michele, le directeur artistique de la maison milanaise, est loin d’être le seul: Alexander Wang, Dolce&Gabbana, Jeremy Scott pour Moschino, Antonio Marras, John Galliano pour Maison Martin Margiela ou encore Thom Browne ont eux aussi décliné le masque en version couture ces dernières saisons. Très en vue, la créatrice Marine Serre en a même fait sa marque de fabrique depuis trois saisons, en s’associant avec les fabricants français de masques anti-pollution R-Pur (prix de vente à l’unité de la collab: 575$…) puis Airinum, une marque plébiscitée par l’ex-actrice et gourou en tout Gwyneth Paltrow, qui en février dernier arborait un modèle très chic à 99$, actuellement sur liste d’attente, sur le vol qui la conduisait vers la capitale de la mode: si c’est pas un poke du fashion karma…

 

 
 
 
 
 
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@bradfalchuk and I were grateful to learn our local farmers market was open this morning; we walked there (keeping lots of distance) and donned masks and gloves once we got nearer to the market, only taking them off when we were almost home and there were no other pedestrians in close proximity. Yesterday I heard tales of crowded hiking trails and parks. Although we are all on a learning curve and aren’t always perfect as we figure out this temporary new normal, we must take the orders seriously and not abuse the freedoms we still have; grocery store and essential errand runs, bike rides or walks (being disciplined about correct protocol). It’s not the time for denial. We must take this seriously and shelter in place. It’s time for nesting, reading, cleaning out closets, doing something you’ve always wanted to do (write a book, learn an instrument or a language or learn to code online, draw or paint) going through photos, cooking, and reconnecting on a deeper level with the people you love. I find hope in the generosity, love, protection and care I see and feel through out our country everyday and my heart goes out to everyone directly affected or simply in fear. We will get through and I bet you our humanity will shine like never before ❤️

Une publication partagée par Gwyneth Paltrow (@gwynethpaltrow) le

 

Où acheter un masque vraiment stylé?

Pour l’instant, les géants du luxe français et italiens sont concentrés sur la production de masques à destination du personnel médical, tout comme Inditex (Zara, Pull&Bear, Massimo Dutti) et H&M, qui approvisionnent les services hospitaliers en Espagne et en Suède, ou Saint James, qui fabrique des masques-marinière pour le personnel soignant français. C’est donc vers Etsy, les français de Le Mask Français ou des marques américaines branchées comme The Reformation, Alice & Olivia, Citizens of Humanity, Mother ou Billie Blooms en collab avec la top Karolina Kurkova qu’il faut se tourner pour l’instant… à moins d’être une geek de la Singer, auquel cas Hillary Taymour, la créatrice de Collina Strada, propose sur son site le tuto gratuit d’un très joli masque qu’elle vend par ailleurs aux sous-douées de la couture pour la pas du tout modique somme de… 100$.

Mais au fait, pourquoi investir ne serait-ce que 5€ dans un masque qui ressemble à autre chose qu’à un filtre à café à élastiques, et participer ainsi au risque de récupération marketing de ce qui représente par ailleurs depuis longtemps un énorme marché en Asie? Eh bien, si cela peut aider certain·e·s d’entre nous à s’approprier cet accessoire et adoucir ainsi son côté anxiogène, c’est une excellente raison de faire du shopping -sans compter que du shopping qui sauve la vie, c’est pas vraiment du shopping, c’est de l’homéopathie…

 

Masque printemps-été 2020: les do&don’t

Selon les règles de l’AFNOR, un masque barrière doit pouvoir être ajusté étroitement sur le nez, les joues et le menton, grâce à un jeu de brides ou d’élastiques, et doit vous permettre de respirer normalement tout en étant le plus étanche possible. Si une mouche peut passer entre votre visage et le tissu, il n’est pas assez ajusté. On renonce aux modèles en dentelle de Calais, hyper sexy mais complètement inefficaces, comme aux modèles en cuir ou en latex, très automne-hiver 2020 mais également très étouffants. On n’utilise pas un autre vêtement en guise de masque (foulard, bandana voire pire), on se lave les mains avant d’ajuster son masque et de le retirer chez soi, on ne le touche plus une fois qu’on l’a ajusté, on n’approche pas son téléphone plein de miasmes de son masque (pourquoi pas se frotter les joues contre la barre du métro, aussi ?), on ne crée pas une ouverture pour pouvoir fumer ou boire à la paille, on ne le porte pas en serre-tête ou en ras-de-cou, même pour fumer ou boire à la paille, on ne le prête pas à une copine avant de l’avoir lavé et séché, et on le lave soigneusement après chaque utilisation.

Élastiques derrière les oreilles ou liens, il y a deux écoles qui se valent en terme sanitaire, mais l’école lien est souvent plus confortable et plus seyant (gare aux oreilles de Scooby Doo!).

Ces règles strictes mises à part, c’est à vous de jouer… Version pailletéestrassée ou contrefaite, en soie, en lin ou en coton, unie ou imprimée, à liens plus ou moins longs ou à élastiques, plus ou moins assortie à son OOTD, à celui de sa BFF ou de son chien, plus ou moins girly, voire très girlypunkà messagearty, customisée avec des charms, personnalisée à son prénom ou aux couleurs de son club de sport favori… Les options sont (presque) toutes extrêmement séduisantes, d’autant qu’elles permettent de faire des économies de lipstick, de jovialité (finis, les “eh dis mademoiselle, tu pourrais sourire!”, quel soulagement…), voire de fil dentaire (oh ça va, si on peut plus rigoler!).

Fiona Schmidt


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