mode

Interview “Karl vous parle” / Rime Arodaky

“C'est un peu tragique d'être réincarné en shopping bag”

Puisque Karl Lagerfeld inspire le monde de la mode, nous avons décidé de soumettre nos créatrices favorites à ses mantras. Profonds, futiles, dingues ou drôles, les propos du Kaiser ne laissent personne indifférent. Cette semaine, Rime Arodaky, à la tête de la marque de robes de mariée éponyme, répond à l’interview “Karl vous parle”.
© Greg Finck
© Greg Finck

© Greg Finck


Certains disent d’elle qu’elle est la nouvelle Delphine Manivet. Ça doit sans aucun doute l’agacer. On ne se risque pas à la comparaison une fois qu’on l’a au téléphone, c’est déjà assez compliqué comme ça de parler à Rime Arodaky. À 33 ans, cette jeune créatrice de robes de mariée est très occupée et, le moins que l’on puisse dire, c’est que ses robes -comptez entre 2500 et 4000 euros- s’arrachent.

Comme beaucoup de ses consœurs, Rime Arodaky a toujours voulu être styliste: “J’ai toujours adoré dessiner, ma mère et ma sœur, des aficionados de mode, m’y ont initiée.” En l’occurrence, c’était plutôt une bonne idée car la trentenaire se révèle douée pour la chose. Après être passée par l’École de la chambre syndicale de la couture parisienne, Rime Arodaky travaille un temps chez Sonia Rykiel, puis part travailler en Chine dans une entreprise de prêt-à-porter hong-kongaise. De retour en France en 2007, la jeune femme lance sa propre ligne de prêt-à-porter. À l’époque, elle est “un peu immature et inexpérimentée” et l’expérience tourne court: “Je ne me suis pas plantée, j’ai appris. J’étais toute seule, c’était la crise, et il n’y avait pas de concept derrière tout ça, j’ai tenu deux ans et demi.

“Le milieu des robes de mariée était très statique, très figé, certaines personnes essayaient d’en bousculer les codes mais ça manquait d’effronterie.”

Rime Arodaky travaille ensuite chez une marque de robes de mariée dont elle tait le nom. C’est là-bas qu’elle commence à s’intéresser à cet univers: “Je trouvais qu’il y avait un vrai potentiel, le milieu était très statique, très figé, certaines personnes essayaient d’en bousculer les codes mais ça manquait d’effronterie, d’attitude.” La créatrice trouve alors la mariée “pas très confortable” et la façon de communiquer autour d’elle “très poussiéreuse”. Elle débute un blog pour parler du mariage différemment, touche un public et commence à recevoir ses premières clientes chez elle pour leur dessiner des robes sur mesure. Le bouche-à-oreille fonctionne et un an plus tard, en 2011, Rime Arodaky présente sa première collection. Tout en douceur, elle répond à Karl Lagerfeld. 

“Je hais les montres, c’est la raison pour laquelle je suis toujours en retard.”

Je déteste les gens en retard, je suis très ponctuelle. Je ne porte pas de montre car cela m’empêche de travailler mais merci l’ iPhone!

“Je trouve les tatouages horribles. C’est comme vivre dans une robe Pucci 24 heures sur 24.”

Tout à fait d’accord. Je préfère les tatouages discrets. J’en ai d’ailleurs un sur le poignet gauche, c’est une toute petite lune qui évoque le changement, le renouvellement. Et en ce qui concerne la robe Pucci, ce n’est pas trop pour moi, j’irais plutôt vers la sobriété et la discrétion. 

“Pensez rose, ne le portez pas!”

Pas d’accord tant qu’on ne ressemble pas à un bonbon! Il y a du blush dans mes collections et le rose, ça peut être très vivant et ça peut souligner une tenue basique.  

“Les pantalons de jogging sont un signe de défaite. Vous avez perdu le contrôle de votre vie, donc vous sortez en jogging.”

Haha! Oui, je suis assez d’accord sur le laisser aller du jogging. Mais chez soi, quand il n’y a personne, on a le droit! Perso, je suis plutôt legging que jogging.

“Si je pouvais être réincarné en un accessoire de mode, ce serait un shopping bag.”

Je préfèrerais être quelque chose de vivant, plutôt un animal sauvage qu’un accessoire, quelque chose en rapport avec la liberté. C’est un peu tragique, un shopping bag. Ça pourrait être agréable de ne pas être obligé de parler, d’être dans l’observation, de me réincarner en panthère par exemple. 

“Si tu pisses partout, t’es pas Chanel du tout!”

C’est drôle, c’est exactement ce que l’on a écrit dans nos toilettes le jour de la présentation de notre collection! Un peu d’hygiène ne fait pas de mal, surtout quand on vit en société. 

“Il faut porter une fourrure comme un vulgaire tricot.”

Non, pas d’accord. Je suis anti-fourrure. Au bureau, on m’appelle la Bardot. Je n’en porte jamais et je n’en ai jamais porté. Je trouve la fourrure synthétique très bien, notamment chez Stella Mc Cartney. De mon côté, je ne me suis pas encore attaquée à ce dossier mais pourquoi pas bientôt. 

“Le vêtement ne doit pas t’aller, c’est toi qui dois aller au vêtement.”

Le tout, c’est d’être bien dans sa peau, ça transparaît dans un style, une attitude. Penser qu’il n’y a qu’un seul type de beauté, c’est très ennuyeux. 

“Je suis une sorte de nymphomane de la mode qui n’atteint jamais l’orgasme.”

Tout créateur est un peu perfectionniste et insatisfait. On est déjà à la saison suivante alors qu’on a à peine fini l’actuelle, on a du mal à apprécier le moment. En terme de création, une fois qu’on a conçu une collection, on pense déjà à la suivante. C’est un peu frustrant, on aimerait que ça aille un peu moins vite parfois.

“Si vous me demandiez ce que j’aurais préféré inventer dans la mode, je vous répondrais la chemise blanche. Pour moi, une chemise, c’est la base de tout. Tout le reste passe après.”

Je ne suis pas d’accord, je rejoindrais plutôt Saint Laurent qui disait qu’il aurait aimé inventer le jean, le vêtement le plus indémodable qui soit. Ce n’est certainement pas ce dans quoi j’aurais excellé, mais c’est une pièce qui a traversé toutes les modes et toutes les décennies.

Propos recueillis par Julia Tissier


1. 3 bonnes raisons d’aller voir l’expo Back Side / Dos à la mode

C’est la partie de notre corps qu’on ne voit jamais, et le Musée Bourdelle propose d’y remédier avec son expo Back Side / Dos à la Mode. Trois bonnes raisons d’y aller.
© Greg Finck  - Cheek Magazine
© Greg Finck

4. Sous les jupes des hommes: quand la masculinité se réécrit par le style

Que trouve-t-on Sous les jupes des hommes? De l’audace, assurément. Cette marque nantaise propose des jupes pour hommes à la fois chics et éthiques. Une manière pour son créateur Romain Granger de redéfinir la masculinité avec style.  
© Greg Finck  - Cheek Magazine
© Greg Finck

7. MaisonCléo, la petite entreprise familiale créée grâce à Instagram

Cette petite marque lilloise, imaginée par une mère et sa fille, s’est fait connaître via le réseau social. Reconnue par les modeuses, elle propose du fait main dans des tissus de luxe de récupération et assure une transparence totale sur les prix.
© Greg Finck  - Cheek Magazine
© Greg Finck