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Valérie Tribes, créatrice du podcast “Chiffon”, décrypte le monde de la mode dans son premier livre

La fondatrice du podcast Chiffon se confie sans filtre sur son rapport à la mode dans un premier ouvrage, La Base, en librairies aujourd’hui.
Valérie Tribes © Tony Trichanh
Valérie Tribes © Tony Trichanh

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À 47 ans, l’ancienne journaliste de mode Valérie Tribes publie son premier livre, La Base. Alors qu’elle entame sa quatrième saison d’interviews de personnalités et d’inconnu·e·s sur leur relation aux vêtements dans Chiffon, la podcasteuse livre le récit de son introspection concernant le milieu de la mode, objet de tous les fantasmes. Chemise en denim et jean assortis à ses yeux bleus, tennis blanches aux pieds, elle a répondu cash aux questions de Cheek sur le monde des fashionistas, accompagnée de son fidèle cocker, Fleur Simone.

 

La Base n’est pas du tout un livre sur le dressing idéal, vous y évoquez la société à travers le prisme de la mode. Est-ce ce que vous avez toujours fait en tant que journaliste? 

Dans ce livre, j’analyse d’abord mon rapport aux fringues. L’écrire a été une vraie thérapie, je me suis rendu compte que j’avais une relation hyper compliquée avec les vêtements. Je ne donne aucun conseil, aucune injonction, je donne ma vision de la mode. C’est une série de chroniques, de réflexions que je me suis faites sur les chiffons. Je parle beaucoup des codes de la société, de la pression exercée par les réseaux sociaux. Instagram est par exemple aussi fascinant que répugnant: c’est un formidable outil d’inspiration et d’analyse de société, mais ça montre aussi notre époque telle qu’elle est. Tout y est décuplé. Pour moi Instagram, c’est Bel-Ami: c’est la société avec sa jalousie, ses travers, sa manipulation, ses mensonges… 

 

 
 
 
 
 
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Love ❤️ #mydogismybestfriend #flowerpower🌸

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Dans ce livre, vous parlez d’Instagram comme de “machine à dépression”. Vous qui avez plus de 65 000 abonné·e·s sur votre compte, êtes-vous confrontée à cela directement?

Il faut voir ce que je me prends sur Instagram, les gens sont sans filtre et se permettent des choses qu’ils ne feraient pas en vrai. Mais c’est aussi un média fabuleux: quand j’ai annoncé que j’étais atteinte d’une leucémie chronique, il y a quelques semaines, j’ai reçu un flot de messages bienveillants, d’anciens invité·e·s de Chiffon, d’abonné·e·s. On m’a aussi reproché d’en parler pour gagner plus de likes, mais rien que pour les messages positifs, je ne peux pas tout dégommer. 

Que signifie la mode “libérée et décomplexée” que vous prônez?

Le discours de Cristina Cordula sur ce qu’il faut ou ne faut pas porter en fonction de ses formes et de son âge, ça m’irrite. Si tu assumes ta mini-jupe et que tu es bien dans ta peau, tant mieux, peu importe comment sont tes jambes. Ces diktats m’agacent profondément, de même que le mythe de la Parisienne. Depuis que j’ai 40 ans, ma mère me dit d’arrêter les shorts en jean, mais je suis bien, moi, en short en jean quand il fait chaud l’été! En revanche, je trouve les discours “body positive” très hypocrites et marketés. 

 

 
 
 
 
 
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Sunday vibes #summerinthecity

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Vous abordez aussi dans le livre le débat sur la fast fashion et la mode écoresponsable, et qualifiez la société de “schizophrénique” sur ce point. Pourquoi cet adjectif?

“Écoresponsable” ne veut rien dire, ce qui est important ce sont les circuits circulaires. Utilisons les bons mots! “Acheter mieux”, “acheter bien”, c’est juste culpabilisateur, sans rien apporter. N’oublions pas aussi certaines incohérences: la plupart des vêtements annoncés comme “made in France” sont seulement assemblés en France. De nombreuses marques dites éthiques font fabriquer leurs vêtements en Pologne ou au Portugal, car les salaires y sont plus bas, et les revendent à prix d’or. Ce mensonge m’énerve au plus haut point. Il n’y a qu’à voir les tee-shirts en coton bio “made in France”. S’il y a des champs de coton en France, j’aimerais bien savoir où! 

Vous avez été journaliste de mode pendant vingt ans. Quelles leçons en avez-vous tirées? 

Le monde de la mode est très hypocrite, il veut créer le buzz. Avant, les marques s’intéressaient au féminisme, aujourd’hui le discours en vogue, c’est “sauvons la planète”. Qu’est-ce que ce sera dans trois ans? Pourtant, j’adore ce milieu, j’aime regarder les défilés, ça fait rêver. On est dans une société profondément triste et la mode est un remède, ça peut permettre de se réconcilier avec soi-même. J’ai d’ailleurs créé un hashtag, “la futilité est essentielle”, en réponse à celles et ceux qui croient la mode seulement superficielle. Quand j’ai créé le podcast, je me suis vu répondre que ça n’allait intéresser personne car c’était creux. Mais finalement, la mode nous interpelle tous. Quand on écoute les entretiens avec mes invité·e·s dans Chiffon, ils et elles parlent de leur famille, de leur éducation… Ça fait partie de notre moi profond. Et puis quand bien même ce serait futile, la futilité, ça fait du bien! 

Propos recueillis par Delphine Le Feuvre


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