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Accoucher au temps du Coronavirus, un stress supplémentaire pour les femmes

Pour les femmes sur le point d’accoucher, point de report possible malgré l’épidémie de Covid-19. Elles seront des centaines à donner la vie dans les prochaines semaines, et elles devront le faire dans des conditions inédites. 
© Flickr/cristian
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Suivi allégé avant le terme de la grossesse, manque de personnel de soin, conjoint·e ou proche non autorisé·e dans la salle de travail et temps d’hospitalisation réduit: épidémie de Covid-19 oblige, les femmes sur le point d’accoucher devront le faire dans des conditions particulières. Devant éviter à tout prix la contamination des mères et de leurs nouveaux-nés, mais aussi celle des soignant·e·s qui viennent à manquer dans les hôpitaux, les services de maternité sont en alerte.

 

Des maternités démunies face à une situation inédite

Au 30 mars, aucune directive nationale n’a été mise en place pour la gestion des accouchements en pleine crise sanitaire du Covid-19. Les maternités doivent gérer les admissions au cas par cas, en fonction de la santé des patientes et de celle de l’établissement. Manque de masques et d’équipement de protection, mais aussi de personnel soignant, l’épidémie tend encore un peu plus une situation déjà loin d’être idéale dans les services de gynécologie-obstétricale. Un parcours spécifique a été mis en place pour éviter la contamination du service: les femmes arrivant à la maternité sont interrogées sur le pas de la porte quant à d’éventuels symptômes. S’il y a un doute, elles sont prises en charge sur le parking de la maternité. Pourtant, ni questions, ni masque de protection pour Anne, admise à la maternité Delafontaine de Saint-Denis vendredi 27 mars. Quand je suis arrivée à l’hôpital, j’étais très angoissée. On me disait que les directives de l’hôpital pouvaient changer d’une heure à l’autre. Mais j’ai eu de la chance, je crois.L’ambiance anxiogène due aux soignant·e·s masqué·e·s est en partie compensée par la présence du papa dans la salle d’accouchement. Elle n’aura en revanche droit qu’à une nuit d’hospitalisation, sans visite autorisée -même pour le père. 

Certain·e·s soignant·e·s, comme le docteur Philippe Deruelle, secrétaire général du Collège des Gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), lui-même patricien en Alsace, militent pour que les femmes enceintes puissent bénéficier des meilleures conditions d’accueil possibles. Le CNGOF s’est d’ailleurs positionné en faveur de la présence de l’accompagnant·e à l’accouchement. Mais il ne s’agit que de recommandations, et non pas d’obligations: chaque établissement est libre d’appliquer ou non cet avis -et les praticien·ne·s sont partagé·e·s sur le sujet. 

 

Des conséquences jusqu’au post-partum 

Pourtant, en plus de son rôle essentiel de soutien affectif, le/la conjoint·e ou proche doit permettre de faire respecter le projet de naissance de la mère, pas vraiment en état de réfléchir à ce moment-là”, développe Masha Sexplique, militante féministe et co-créatrice du hashtag #monpostpartum. Et puis, rappelle-t-elle, nous avons besoin de produire de l’ocytocine pour que l’accouchement se passe bien.Or, lorsque nous stressons, ce qui peut être le cas lorsque nous ne sommes pas accompagnées pour ce moment, nous produisons de l’adrénaline et pouvons avoir besoin d’actes médicaux supplémentaires, comme une césarienne ou une épisiotomie. Loin d’être anodines, ces pratiques, bien que parfois nécessaires médicalement, peuvent s’avérer traumatisantes pour les femmes -et leurs conséquences, très lourdes lors du post-partum. 

Outre la possibilité de développer un syndrome post-traumatique, les femmes subissant des conditions d’accouchement dégradées risquent d’autant plus de faire une dépression. Il y a deux raisons majeures pour lesquelles les mères vivent très mal le post-partum: soit l’accouchement s’est mal passé, soit elles se sentent seules et abandonnées, développe Marie-Hélène Lahaye, autrice de l’ouvrage Accouchement, les femmes méritent mieux. Avec la situation actuelle, ces deux causes sont largement multipliées. Difficultés d’attachement au bébé, mise en place de l’allaitement compliquée, sentiment de solitude…: Sans l’accompagnement nécessaire, cette période peut être très dure à vivre, se désole la spécialiste. Or, avec le confinement, tous les relais habituels, qu’ils soient médicaux ou familiaux, disparaissent. La nouvelle mère, qui doit rentrer chez elle après un séjour réduit à l’hôpital, est privée des rituels habituels de naissance: les visites de “présentation” du nouveau-né sont impossibles. “Ça veut aussi dire que les jeunes parents ne peuvent pas recevoir d’aide de leurs proches, et doivent soit tout apprendre seuls dans le cadre d’un premier bébé, soit gérer les aînés en plus, explique Masha. Ça rend encore plus difficile une période qui l’est déjà en temps normal.Peut-être, espère-t-elle de concert avec Marie-Hélène Lahaye, que les conséquences de cette crise permettront, une fois de plus, de revoir un système déjà loin d’être parfait: Mais a-t-on vraiment besoin de maltraiter des femmes pour ça?

Noémie Leclercq

Le Collectif inter-associatif autour de la naissance (Ciane) a mis en place une ligne d’écoute bénévole et gratuite “au service des femmes qui s’inquiètent des conditions de suivi de grossesse, d’accouchement et de retour à la maison dans ce contexte”. Toutes les informations ici.

Aucune femme ne doit se priver d’un accouchement en maternité, si tel est son choix, sous prétexte qu’elle craint de surcharger les hôpitaux. Même chose en cas de difficultés lors de la grossesse ou du post-partum, il ne faut pas hésiter à appeler les urgences ou son médecin si doute ou besoin. 


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