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Amandine Chaignot, l’engagement derrière les fourneaux

Alors qu’elle inaugure ce mois-ci son premier restaurant, Pouliche, à Paris, la cheffe Amandine Chaignot, ancienne jurée de l’émission Masterchef, multiplie les actions en faveur de plus de diversité et d’éthique en cuisine. Rencontre avec une entrepreneuse résolument engagée.
Amandine Chaignot, DR
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Au 11 de la rue d’Enghien, à Paris, un nouveau restaurant, Pouliche, verra le jour le 21 octobre prochain. Contrairement à la plupart des établissements de la capitale, le maître des lieux sera une femme: Amandine Chaignot, passée par les cuisines de plusieurs palaces, à Paris et à Londres, et ancienne jurée de l’émission Masterchef. Après un an et demi de réflexion, c’est une adresse ouverte sept jours sur sept, avec une carte courte et changeante, que s’apprête à inaugurer la cheffe, qui fête cette année ses 40 ans. “On ne peut plus lancer un restaurant aujourd’hui comme on le faisait au siècle dernier, que ce soit au niveau des produits qu’on travaille ou dans la manière de gérer ses équipes”, attaque d’emblée cette native d’Orsay, dans la banlieue sud de Paris. “Traiter le personnel comme des esclaves modernes, comme on le faisait auparavant dans l’hôtellerie, je ne peux pas le concevoir. J’ai envie que mes employé·e·s travaillent de façon confortable et sereine, que certaines choses que j’ai pu subir soient derrière moi”, affirme-t-elle, tout en prônant une démarche la plus écologique possible -consigne, limitation du plastique, menu 100% végétarien le mercredi. “Je souhaite me regarder dans une glace dans 20 ans et de ne pas avoir à me dire que je n’ai rien fait, même si c’est une goutte d’eau dans l’océan”, ajoute-t-elle.

 

 
 
 
 
 
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“Les femmes ne manquent pas de talent mais de fédération”

Si Amandine Chaignot n’a pas rencontré de difficultés particulières à monter son affaire -la caution télé a sans doute aidé, glisse-t-elle-, ce n’est pas le cas de toutes ses consœurs. “Être une femme entrepreneure, c’est encore se confronter à des barrières en 2019”, regrette-t-elle en racontant l’histoire de cette collègue dont le banquier n’a pas voulu défendre son dossier d’emprunt, au seul motif que c’était une femme. Parmi les difficultés rencontrées vient aussi le manque de modèle existant pour se lancer. “Il y a très peu d’exemples de femmes cheffes dans ma génération, ce sont souvent les mêmes noms qui reviennent”, déplore-t-elle. 

Pour pallier ce manque de représentativité dans son milieu, la cheffe vient de créer A.F.F.A.M.E.E.S, une association dont l’anagramme signifie “Amicale des filles de la food aimant manger, entreprendre, s’encanailler et savourer”. “Le but n’est pas de s’inscrire dans une veine revendicatrice, mais de se regrouper et d’être solidaires, dans l’échange et le partage”, décrit celle qui est aussi marraine de l’ONG de parrainage d’enfants, Vision du Monde. Au menu, des dîners organisés en petit comité entre femmes du monde de la gastronomie et de la restauration -cheffes, productrices, attachées de presse, commerciales, vigneronnes…- et des discussions autour de sujets concrets que rencontrent ces femmes, souvent isolées au sein de leur entreprise: comment mieux se vendre, comment gérer ses douleurs de règles sur son lieu de travail ou encore comment concilier entreprise et vie de famille. “Non seulement on n’est pas nombreuses, mais on a assez peu de moyens de créer du lien entre nous. Les femmes ne manquent pas de talent mais de fédération: on a tendance à encaisser les choses de notre côté quand il faudrait au contraire en parler et échanger”, avance Amandine Chaignot. 

 

“J’ai longtemps été frileuse à m’exprimer sur mes réseaux sociaux”

La dynamique restauratrice n’a toutefois pas attendu la naissance de son association pour mobiliser son réseau. Sur son compte Instagram, au milieu des selfies et des photos de ses tartes géométriques, la quadragénaire poste ponctuellement quelques coups de gueule. “J’ai longtemps été frileuse à m’exprimer sur mes réseaux, j’essayais d’être consensuelle. Maintenant je m’en fiche! C’est d’une facilité et d’un pouvoir hallucinants”, se réjouit-elle. Quand le chef britannique, jadis triplement étoilé, Marco Pierre White, déclare en interview que les femmes cheffes sont plus émotives que leurs confrères, Amandine Chaignot se fend d’un post: “Voilà voilà… le sexisme commun, banal, quotidien […] J’en ai assez.”

 

 

Un peu plus tôt dans l’année, elle avait été saluée par certaines de ses consœurs pour un “post anti-tabou” autour des règles, “suite à une énième réflexion misogyne de merde”. En légende d’un cliché de plusieurs comprimés anti-douleur au creux de sa main, cette fervente féministe décrivait un “geste quotidien du matin une semaine par mois”, une “douleur intenable”. “Je sais qu’il y a autour de moi d’autres femmes qui galèrent, qui serrent les dents, qui se cachent, qui essayent de gérer ça comme elles peuvent, alors messieurs, essayez de comprendre au lieu de glousser”, écrivait-elle. Chefs, à vous de jouer! 

Delphine Le Feuvre


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