société

Célibataire et quadra, elle raconte son chemin vers la maternité dans un livre

Dans le livre témoignage Allers-retours pour un bébé en librairies le 17 septembre, Audrey Page relate pourquoi et comment elle a choisi de dissocier désir d’enfant et couple. Mère à 41 ans d’une petite fille née par PMA, elle revient sur les épreuves de son parcours et interroge la conception classique de la famille et des relations amoureuses.
© Brigitte Bouillot
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Il ne se passe pas une semaine sans que quelqu’un ne me sollicite pour avoir mes contacts. Je n’ai pas passé d’annonce de hotline, mais je suis une des seules personnes à parler librement de la procréation médicalement assistée”, lance Audrey Page. À la lecture de son poignant récit Allers-retours pour un bébé, en librairies le 17 septembre, on comprend pourquoi elle fait figure de conseillère pour de nombreuses femmes. En 2014, la célibataire de 35 ans se lance dans l’aventure de la “PMA hors-la-loi” et décide de faire vitrifier ses ovocytes en Espagne.  Cinq ans, plusieurs séjours à Barcelone, et un parcours du combattant plus tard, Georgia, sa fille, voit enfin le jour.

Si la directrice marketing choisit de prendre la plume en octobre 2019, alors qu’elle est “très enceinte”, c’est pour informer la “jeune génération” d’une réalité encore trop taboue: celle de l’horloge biologique et de la baisse rapide de fertilité des femmes après 35 ans. “Le temps devient un ennemi, raconte l’autrice. C’est difficile à accepter.” Au-delà du processus coûteux et éprouvant que peut représenter la PMA, le récit d’Audrey Page met la lumière sur la solidarité qui lie les femmes au désir inassouvi de maternité, et invite à la réflexion sur la notion de famille. Interview. 

 

Dans Allers-retours pour un bébé, tu t’indignes d’un certain silence autour des questions liées à la PMA. Qui cibles-tu particulièrement?

Le corps médical devrait informer sur l’horloge biologique ou la ménopause: de vrais sujets qui rythment la vie des femmes. Ces thèmes ne sont pas non plus abordés dans les médias féminins parce qu’ils peuvent paraître anxiogènes. En général, les femmes deviennent infertiles dix ans avant la ménopause, soit à 40 ans en moyenne. À cet âge, aujourd’hui, on se sent encore hyper jeune! En parallèle de ce silence, les grossesses tardives de célébrités font beaucoup de bruit. On a parlé de celle de Cameron Diaz à 47 ans ou d’Adriana Karembeu à 46 ans. Par contre, ces femmes ne s’expriment jamais sur les difficultés qu’elles ont pu rencontrer, ni sur le don d’ovocyte, alors qu’il y a 99% de chance qu’elles y aient fait appel.

À la lecture de ton livre, on comprend qu’à un certain âge, désir de couple et désir de maternité peuvent sembler incompatibles…

C’est un énorme tabou que j’ai découvert à mes dépens vers 33 ou 34 ans. Après une séparation, je me suis rendu compte que je rencontrais essentiellement des hommes qui avaient déjà des enfants. Assez logiquement, ces hommes, fraîchement séparés, avaient envie d’être amoureux et de profiter de la vie de couple avant de penser à faire un nouvel enfant. De leur côté, les femmes qui souhaitent avoir des enfants sont pressées par le temps. Résultat: une pression très forte, presque destructrice, apparaît dans le couple.

“La famille de cœur, composée d’ami·e·s, c’est celle qu’on choisit.”

Tu expliques avoir voulu créer une famille de cœur, une espèce de contre-pouvoir dans l’éducation de ton enfant. Qu’est-ce que cela représente pour toi?

Je veux un contre-pouvoir parce que je ne détiens pas le savoir universel de l’éducation de ma fille. Je voulais plusieurs regards. Il existe un risque à élever un enfant seule: le caractère fusionnel, la pensée unique et la projection forte sur l’enfant. La famille de cœur, composée d’ami·e·s, c’est celle qu’on choisit, et qui est censée éviter ces excès. Je ne suis pas seule. D’ailleurs, je n’ai pas fait un enfant “toute seule”. Je déteste cette expression.

Pourquoi?

Dire que j’ai “fait un enfant toute seule” renvoie à la solitude. C’est l’héritage de la chanson de Goldman… et ce n’est pas mon cas. Je voudrais dédramatiser cette situation: j’ai des ami·e·s très proches et les équipes médicales ou paramédicales ont été très présentes. Et je n’ai pas pour ambition de rester célibataire. Ma vie amoureuse et sociale a repris.

Pendant ton parcours de PMA, tu as dû faire face à de nombreux clichés comme celui de l’amazone ou de la femme qui a préféré sa carrière à une éventuelle vie de famille… Comment as-tu réussi à faire face à ce type de remarques?

J’ai écrit un livre. (Rires). Les gens m’ont systématiquement renvoyée au fait que j’avais un bon job, que je “faisais carrière”. C’est vrai et je ne veux pas le renier, mais mon activité professionnelle n’a rien à voir avec mon parcours de PMA. On m’a souvent fait comprendre avec subtilité que vouloir un enfant si tard, c’était un caprice, parce que “j’avais déjà tout”. C’est clairement misogyne, cela sous-entend que la femme qui réussit a forcément raté un truc, et dans mon cas, c’était la maternité.

“En France, les discussions sur la PMA sont anachroniques. Ce sont des sujets de l’ancien monde.”

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans l’aventure de la PMA?

Être hyper entourée: ce processus n’est pas simple et chaque patiente est singulière. Tâter le terrain pour être rassurée, aller rencontrer les médecins, visiter les cliniques sont des étapes importantes. Il existe un réseau, que ce soit à Paris ou à Barcelone. Il faut pénétrer ce petit monde de la PMA. J’ai également fait des séances d’ostéopathie et de l’acuponcture. D’autres préfèrent le yoga, le sport, l’hypnose, voir un psy, ou se faire masser.

Après l’adoption en deuxième lecture à l’Assemblée nationale du projet de loi bioéthique, la PMA devrait s’ouvrir en France aux couples lesbiens et aux femmes célibataires. Qu’en penses-tu?

C’est un premier pas et une reconnaissance importante pour les enfants nés grâce à la PMA, mais la loi est encore trop limitative. La PMA telle que je l’ai faite, avec deux tiers donneurs (Ndlr : un donneur de sperme et une donneuse d’ovocyte), ne sera pas autorisée. Le diagnostic préimplantatoire (Ndlr: tests qui permettent de détecter d’éventuelles anomalies avant transfert de l’embryon dans l’utérus), non plus… Je pense également que les femmes qui en ont les moyens continueront à partir à l’étranger pour réaliser leur PMA, parce que cela restera plus rapide qu’en France où il y a peu de donneuses. Elles ne sont pas encouragées, ni rémunérées par l’Etat. Il faut que la loi s’adapte à une société qui fait des enfants de plus en plus tard. En France, les discussions sur la PMA sont anachroniques. Ce sont des sujets de l’ancien monde. On a dix ans de retard par rapport à d’autres pays, il faut s’y mettre.

Propos recueillis par Margot Cherrid


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