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À Berlin, le Feminist Food Club veut faire la révolution dans les cuisines 

Basé dans la capitale allemande, le Feminist Food Club soutient et encourage les femmes et personnes non-binaires qui se lancent dans le très masculin monde de la restauration.
© Fanette Guilloud
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Petit à petit, le quartier général du “Freimeister Kollektiv”, un réseau de fabricant·e·s de spiritueux à Berlin, se remplit d’un brouhaha de voix féminines. Ce lundi soir, c’est la réunion du Feminist Food Club. Une fois par mois, le “FFC” rassemble des femmes cisgenre et trans ainsi que des personnes non-binaires travaillant dans la gastronomie locale. Fondé en janvier 2017 par l’experte culinaire Mary Scherpe et la designeuse Ruth Barlett, ce groupe a pour vocation de combattre l’inégalité entre les genres et le manque de diversité dans ce milieu. “Notre toute première réunion, c’était très spécial. Les gens se présentaient, et leurs histoires étaient incroyables, explique Mary Scherpe. Tout le monde était très reconnaissant de pouvoir partager ses expériences sans devoir se justifier. On a alors réalisé que les problèmes rencontrés n’étaient pas individuels, mais systématiques.” 

C’est parfois difficile pour ces femmes de parler publiquement de harcèlement ou sexisme, parce qu’elles ont tout à perdre.

Ces rencontres sont donc restées des “safe space”, imaginées comme un cocon très confidentiel, pour permettre aux membres d’échanger librement. “C’est parfois difficile pour ces femmes de parler publiquement de harcèlement ou sexisme, parce qu’elles ont tout à perdre. J’ai le privilège de pouvoir prendre la parole car beaucoup d’établissements dépendent de mon site Still in Berlin pour se faire connaître”, explique Mary Scherpe. Désormais, les rendez-vous du Feminist Food Club sont organisés autour de thèmes bien précis, comme le véganisme ou les inégalités salariales. En ce mois de février, le FFC mène un atelier sur les mots-clés du féminisme avec une douzaine de participantes. “Avant, je travaillais à Munich la nuit dans un bar tenu et dominé par les hommes, dans une ambiance très binaire ou il n’y avait pas de place pour les personnes LGBT+, confie Khris, désormais barmaid du Kaffee 9. Quand j’ai commencé, j’étais une jeune fille innocente et gentille. Puis, mal influencée par cet univers, je suis devenue une vraie garce pour me protéger, et tenir tête à mes collègues ou aux client·e·s. Je me suis aperçue que mon langage était violent. C’est pourquoi j’ai tenu à venir ce soir, je veux que mon vocabulaire soit féministe.

 

 
 
 
 
 
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When feminists celebrate summer ❤️🧡💛💚💙💜 we feasted, talked, danced and collected 200 euro for a local women’s shelter! #feministfoodclub

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La force du réseau

En ligne, le FFC compte 1200 membres sur son groupe Facebook, 2300 followers sur Instagram et 400 abonné·e·s à sa newsletter. “Le groupe Facebook est très actif, explique Mary. C’est beaucoup d’échanges commerciaux, d’annonces pour des postes… Beaucoup de gens ont trouvé un travail grâce à ça.” Pour financer ses projets, le club fonctionne sur la base de dons et du travail bénévole de ses membres. Des séances de conseil et de construction de réseau sont parfois organisées pour 20 euros l’entrée, en présence d’expertes du métier. “Les hommes peuvent rejoindre le club mais ils doivent payer leur adhésion, sourit Mary Scherpe. Jusque-là, nous n’en avons eu que deux.” Membre active du FFC depuis sa création, Lauren Lee a fondé depuis 2013 un service de traiteur, un restaurant et un food truck, sous l’étiquette Fräulein Kimchi. “Quand j’ai commencé, je ne connaissais pas beaucoup de femmes dans la restauration, se souvient-elle. En revanche, il y avait beaucoup d’hommes, et ils s’aidaient entre eux. Je me sentais souvent exclue, le FFC est donc tombé à pic.” “J’ai aussi voulu rejoindre le club pour éviter à celles qui se lançaient de répéter les mêmes erreurs que moi, ajoute-elle. Par exemple, la sous-tarification des prestations. Beaucoup de femmes le font car elles manquent de confiance en elles.” Née en Corée du Sud et ayant grandi en Amérique du Nord, cette ancienne chanteuse d’Opéra et cheffe d’entreprise autodidacte n’a pas toujours reçu le respect de ses pairs. “Comme j’étais nouvelle dans le métier, certains chefs n’hésitaient pas à dire que ce que je faisais n’était pas de la vraie restauration, raconte-elle. J’avais cette image typique de la femme immigrée qui a appris à cuisiner avec sa mère et n’est donc pas tout à fait légitime. Il y a toujours cette idée d’une cuisine dite féminine, simple, casanière. Alors que quand les hommes se l’approprient, c’est un autre récit, la nourriture est tout à coup élevée au rang de gastronomie”, observe-t-elle. 

Si la scène culinaire berlinoise est plus récente, elle n’est pas plus égalitaire.

Sans surprise, sur les 23 restaurants de la capitale allemande étoilés au guide Michelin en 2019, seuls deux emploient des cheffes derrière les fourneaux. “À Berlin, il n’y a pas beaucoup d’anciennes institutions comme en France, explique Mary Scherpe. Mais si la scène culinaire est plus récente, elle n’est pas plus égalitaire, car les critères de qualité sont toujours définis par les mêmes hommes.” Au sexisme s’ajoute une pincée de racisme (et une forme de “whitesplaining”) dont Lauren Lee peut être victime. “Comme je suis d’origine coréenne, on critique mes plats en disant que je ne respecte pas assez ma culture, assure-t-elle. Les gens se permettent de chercher l’authenticité absolue des restaurants asiatiques par exemple. Mais qui détermine ce qu’est l’authenticité?” Cela tombe bien, c’est le thème de la prochaine réunion du Feminist Food Club. 

Bruna Fernandez, à Berlin


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