société

“Balance ton corps”, le manifeste d'une Afroféministe queer et travailleuse du sexe

Balance ton Corps, de Bertoulle Beaurebec, est un puissant livre qui navigue entre coups de gueule, réflexions sur le féminisme pro-sexe et anecdotes sur son activité de travailleuse du sexe. Rencontre.
© Romy Alizée
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La couverture de son livre est une photo de Romy Alizée. Bertoulle Beaurebec pose, pensive, le regard serein mais décidé, elle respire une forme de confiance en elle indéniablement communicative, qu’elle a réussi à transmettre dans Balance ton corps, manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur corps qui vient de sortir chez La Musardine. En plus d’être autrice, Bertoulle Beaurebec a plus d’une corde à son arc: artiste pluridisciplinaire sur scène, elle danse, manipule et crache le feu, accomplit des performances de rituels de douleur, avale des épées. Hors scène, elle est aussi actrice et travailleuse du sexe: “À 18 ans, je travaillais dans un théâtre érotique où je faisais de l’effeuillage, du strip-tease, Au fur et à mesure des rencontres, et je me suis rendu compte que ma sensibilité me permettait d’aller plus loin. J’ai fait de l’escorting, j’ai été sugar babe, domina BDSM…”

Autant d’expériences qui lui ont donné la matière nécessaire à l’écriture de son manifeste: “J’ai cherché un livre qui parlait de nos rapports aux corps, de sexualités, écrit par une afroféministe travailleuse du sexe, artiste et queer… et il n’y en avait pas”. Le résultat est un puissant livre qui navigue entre coups de gueule, réflexions sur le féminisme pro-sexe et anecdotes sur son activité de travailleuse du sexe. Trois ans après #MeToo, dans une France qui peine à prendre la mesure de son retard dans la lutte contre les violences sexuelles, dans une société qui n’en finit pas de s’offusquer chaque semaine des vêtements –trop courts ou trop couvrants– que portent les femmes, la voix de Bertoulle Beaurebec est plus que jamais salutaire.

 

Bertoulle Beaurebec puise son bagage militant chez Angela Davis et bell hooks: “Jusqu’à il y a peu de temps, je me disais féministe tout court, jusqu’au moment où je me suis rendu compte que le féminisme mainstream ne représentait pas les personnes comme moi et n’entrait pas dans une réflexion intersectionnelle.” Se déclarant désormais afroféministe, elle prône un féminisme qui inclut toutes celles “qui subissent les conséquences d’un système patriarcal”. “Ce n’est pas possible qu’on se concentre sur les féministes blanches et bourgeoises et qu’on considère ça comme une avancée politique, ça je ne peux pas l’accepter. On ne peut pas se battre pour détruire des systèmes de domination tout en reproduisant soi-même ces systèmes.”

“Comme tout travail, il y a des jours où on y va à reculons, on n’a pas envie, la flemme, pas l’énergie, et d’autres moments, on y va en sautillant.”

Avec ce manifeste, elle dénonce aussi une normalisation des violences envers les personnes travailleuses du sexe: “Avant même de savoir quelle forme donner à ce manifeste, je réfléchissais à m’exprimer parce que je suis souvent confrontée à des commentaires putophobes sur Internet. Une phrase revient tout le temps: ‘elles ne se respectent pas, pourquoi on les respecterait?’. Mais ça veut dire quoi, ne pas se respecter? Qui définit ça et qui a le droit de dire que moi, je ne me respecte pas? Je voulais apporter une réponse à ça. Il y a un stigma tellement puissant qui fait que j’ai le sentiment que pour la plupart des gens, les putes sont des personnes indéfendables. Même les personnes qui ne vont pas être véhémentes vis-à-vis de notre travail, vont laisser passer des propos absolument infâmes à notre sujet.”

Au-delà de la putophobie ordinaire, Bertoulle Beaurebec veut aussi dépasser certaines visions fantasmées du travail du sexe: “Quand on vend des prestations sexuelles, il y a cette injonction à vivre de façon exacerbée et joyeuse son métier, mais comme tout travail, il y a des jours où on y va à reculons, on n’a pas envie, la flemme, pas l’énergie, et d’autres moments, on y va en sautillant. C’est important de le dire. Mais il n’y a qu’aux travailleuses du sexe qu’on demande ‘et vous êtes heureuse?’. Est-ce qu’on demande au trader qui a fait six burn-out s’il est heureux?”

 
 
 
 
 
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◾We, Stygian As the Abyss, the Cosmos and the Whole◾ You think we are strong We are used to be forsaken. Thrown to the wolves by those We endlessly die to protect. Universal Atlas of this world They want our bodies bend Under the weight of them. Disregarded and mocked, we the anchors The ones whose energy is free to plunder. When our very existence is dismissed We stand covered with your ungrateful gazes. If we dare speak up for our dignity Oh there they are: black, women and angry! Enough. We say it loud and clear. You hateful beings are children from our womb. Violence to us is offense to Nature’s will. Know that our graves are the world’s catacombs. When together we’ll tire to sigh our exhaustion It shall be the very beginning of your own destruction. For this mad globe wouldn’t revolve if it wasn’t our will. Whatever we gave, we can take back if this is what we please. Our underground mausoleum shall collapse under your feet To leave this plane shallow. To kill the carnal envelopes we previously nurtured. Only to be slayn, violated, condemned to turpitude. Our mouths forcefed with poison, being told to swallow. Matricidal daughters and sons We call upon you all. Hail your mothers and right your wrongs Before the fall of dawn. Whoever goddesses or gods every evening you pray Know that they made your existence from where our footprints lay. . . . witness @alexlemouroux . . #spiritualpoetry #spiritualart #portrait #ritual #qpoc #blackfemme #blackwitch #protectblackwomen #meditation #blackmagic #blackandwhite #thepainproofpriestess #poetry #witch #blackwitch

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Une curiosité insatiable semble être son moteur. C’est par simple envie d’expérimenter qu’elle a mis les pieds pour la première fois dans le milieu du cinéma porno. À son premier tournage, elle est arrivée sans son étendard d’afroféministe, mais pas non plus naïve: “Je me doutais bien qu’il y avait énormément de fétichisation, et évidemment ça a été confirmé. Après cinq, six tournages, j’ai eu le sentiment d’avoir fait le tour. Aujourd’hui, je ne tourne plus que dans des pornos éthiques, queer et féministes.” Un porno qui la rémunère mieux, qui, contrairement aux productions mainstream, lui laisse le choix de ses pratiques et des performers avec qui elle accepte de travailler, un porno qui représente les corps et le plaisir hors des stéréotypes. “Je n’en fais plus autant, mais j’en fais qui me correspondent” résume-t-elle, privilégiant ainsi la qualité à la quantité. Après avoir tourné avec Anoushka et Poppy Sanchez, elle envisage même de passer derrière la caméra.

Maëlle Le Corre


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