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Avec “Black Lemonade”, Violette Tannenbaum donne la parole aux créatrices noires

À travers son podcast Black Lemonade, Violette Tannenbaum nous fait découvrir des femmes noires créatrices et entrepreneures aux parcours de vie inspirants.
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Violette Tannenbaum est une femme au parcours atypique. Après des études de maths et une carrière d’agent des impôts, elle décide de tout plaquer pour se consacrer à sa passion pour la mode en créant sa première collection de prêt-à-porter en 2006. “La copine de l’époque de mon frère avait laissé sa machine à coudre à la maison. J’étais en congé maternité, alors pour occuper mes journées un peu mornes, j’ai commencé à coudre.” Elle se spécialisera ensuite, dès 2010, dans la confection de robes de mariées. Une activité qui a commencé à la faveur d’un message publié sur Facebook par la blogueuse Eléonore Bridge. “Elle recherchait une robe de mariée originale, je lui avais donc proposé mes services. Au début, je plaisantais un peu car je n’avais jamais fait ça auparavant mais je me suis lancé un défi. Cette expérience m’a plu et m’a donné envie de me spécialiser dans le domaine en proposant des modèles cool et moins cucul sur le marché.

Malgré le bouche-à-oreille, elle peine à s’imposer dans le milieu et remarque que peu de créatrices noires françaises sont représentées dans l’univers de la mode. Même constat pour les mannequins. “Au bout de ma troisième collection, j’ai décidé de mettre des mannequins noirs dans mes campagnes car je n’en voyais quasiment pas.” Malgré les réticences de son entourage -“mon conjoint craignait que je me grille en sortant de la norme, il ne voulait pas que cela me porte préjudice”-, ses clientes la félicitent et lui confient ne pas avoir de mal à s’identifier aux filles choisies dans la campagne. “Je me suis dit que si ce n’était pas moi qui le faisait, aucune autre créatrice songerait forcément à faire poser une fille noire.

“Black Lemonade est le média que j’aurais voulu avoir plus jeune.

Violette Tannenbaum s’aperçoit aussi de cette invisibilisation à l’occasion du classement de 2017 recensant les treize Parisiennes les plus stylées selon le site de mode anglais Who What Wear. “Je remarque qu’il n’y a pas une seule femme noire même pas une  métisse, cela m’interpelle encore une fois. Sans prétention, je pense être légitime pour figurer sur cette liste, même si je ne suis pas une Parisienne car je réside en banlieue, tout comme d’autres femmes noires hyper pointues en termes de mode que je côtoie. On était encore une fois invisible.” Face à cette nouvelle déception, Violette Tannenbaum décide de lancer en janvier son podcast Black Lemonade pour enfin donner la parole à ces femmes inexistantes dans les médias mainstream. Interview.

 

A qui s’adresse Black Lemonade?

Au départ, j’ai créé le podcast pour ma fille qui n’a d’ailleurs toujours pas écouté un seul épisode. (Rires.) Ce podcast constitue une “base de données” pour l’empêcher de se mettre des barrières d’un point de vue professionnel. Elle ne sait pas encore ce qu’elle veut faire plus tard mais je ne veux surtout pas qu’elle se dise qu’une carrière est impossible car peu de personnes noires y accèdent. Je refuse qu’elle se censure afin de se conformer aux cases imposées par la société. Je m’adresse à toutes les jeunes filles en souhaitant leur prouver que les femmes noires ne sont pas toutes cantonnées à des métiers de service, à la musique ou au sport. Dans le podcast, j’ai reçu des femmes créatrices de mode, pâtissière, cheffe de projet, productrice, etc. J’espère que cette diversité d’exemples de réussite permettra à mes auditrices d’ouvrir leur champ des possibles au maximum. De manière générale, mon podcast est ouvert aux femmes de toutes les générations et origines confondues. Mais c’était important pour moi de donner un espace aux femmes noires afin de pouvoir faire part de leurs vécus et expériences. Black Lemonade est le média que j’aurais voulu avoir plus jeune.

Quelles sont les personnes interrogées?

Au départ, j’interviewais mes amies proches. Ensuite, j’invitais des personnes que l’on me recommandait.  À présent, je me sers également d’Instagram qui est devenu un véritable vivier pour moi. Je pars à la découverte de nouveaux profils susceptibles d’être intéressants pour le podcast.

Quel est l’épisode que tu rêverais d’enregistrer?

J’aurais rêvé faire un podcast avec ma tante qui n’est plus de ce monde malheureusement. Son histoire personnelle serait intéressante et toucherait du monde. C’était une femme forte qui a dû faire face à beaucoup d’épreuves, dont la maladie. J’admirais beaucoup sa résilience. J’aimerais bien aussi recevoir Christiane Taubira. Cette femme me fait penser à ma grand-mère disparue. Elle est tellement cultivée et intéressante, l’épisode serait excellent!

On m’a tout de suite demandé si ma démarche n’était pas communautaire.

Que penses-tu de la représentation, ou de la non-représentation des femmes noires dans les médias?

Pour moi, le problème est que c’est un non-dit. On veut nous donner l’illusion que tout va bien à ce niveau-là, ce que je trouve particulièrement dérangeant. D’ailleurs, quand j’ai commencé le podcast, je souhaitais juste parler de personnes rarement mises en avant mais on m’a tout de suite demandé si ma démarche n’était pas communautaire. C’est encore un problème en France, on essuie ce genre de critiques dès qu’une initiative de la sorte se développe. Pourtant, je ne fais que répondre à une demande en essayant de pallier le manque de représentativité de ces femmes en leur créant un espace d’expression via le podcast.

Après seulement six mois d’existence et déjà 30 épisodes à ton actif, tu viens d’entamer la seconde saison de Black Lemonade, comment vois-tu l’avenir de ton podcast?

Son avenir est multiple: un pop-up est notamment prévu pour les fêtes de fin d’année en décembre. À l’instar du précédent organisé début octobre, ce pop-up aura pour but de promouvoir les œuvres des femmes artistes reçues dans le podcast. Je travaille également sur la publication d’un guide recensant les bonnes adresses données par les personnes interviewées dans le podcast. Le livre devrait sortir courant 2020. J’aimerais également organiser des voyages dans le monde pour les auditrices. L’aventure Black Lemonade se poursuit en indépendant, sans plateforme d’hébergement, avec le soutien de mon conjoint.

Qu’est-ce que tu dirais à une personne qui ne connaît pas le podcast pour lui donner envie de l’écouter?

Je lui dirais qu’elle va partager un moment très cool avec une femme au parcours enrichissant et inspirant. Elle se retrouvera d’une manière ou d’une autre dans les différents témoignages de ces femmes fortes et passionnées.

Quels sont les podcasts que tu écoutes et recommandes?

The Womanist, un podcast réalisé par Louisa et Laéthycia, deux Françaises installées à New York qui parlent avec humour de sujets d’actualité et de faits de société. Je les avais d’ailleurs interviewées dans l’épisode 23 de Black Lemonade lors de mon dernier séjour à New York. Hey, Girl d’Alex Elle est un podcast que j’écoute aussi régulièrement. Il m’a d’ailleurs beaucoup inspirée dans la création du mien. L’animatrice prône des valeurs de bienveillance et d’amour de soi, valeurs essentielles à mes yeux. Et pour finir, je dirais Merci Maman, Merci Papa de Madina que j’ai également reçue dans mon podcast. À travers ses entretiens, elle recueille les témoignages de personnes qui ont choisi d’immigrer en France dans les années 70 et 80. C’est un podcast enrichissant et émouvant que je recommande fortement.

Propos recueillis par Lise Degand


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