société

Interview “jouir sans entraves” / Camille Emmanuelle

“Il y a à Paris de quoi alimenter ses fantasmes”

Dans son guide Paris-couche-toi-là, Camille Emmanuelle lève le voile sur la ville des plaisirs, et dresse un portrait en creux des sexualités d’aujourd’hui. Rencontre.   
© Eve Saint-Ramon
© Eve Saint-Ramon

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Camille Emmanuelle s’identifie aussi bien au “Jack London de la débauche” qu’à l’“Albert Londres du Paris érotique”. Cette journaliste spécialisée en culture érotique doit ses premiers picotements dans le bas du ventre à une BD olé olé trouvée dans le grenier de ses parents, à 14 ans. Quelques années plus tard, elle dédie son mémoire à la littérature érotique de gare, et se familiarise avec les gender studies au Canada. Entre l’organisation d’un festival dédié au quartier de Pigalle, l’écriture de nouvelles érotiques pour La Musardine et la rédaction d’articles pour Le Huffington Post, Camille Emmanuelle s’impose vite comme la référence en matière de culture hot. En auteure consciencieuse du guide Paris-couche-toi-là, elle a écumé tout ce que la capitale compte de lieux doucement subversifs, érotiques ou carrément trash, pour n’en retenir que le meilleur. Un prétexte tout trouvé pour lui proposer un entretien décliné sur le thème du “Jouir sans entraves”. 

Comment devient-on la “Jack London de la débauche”?

J’ai toujours été fascinée par la culture érotique. C’est à travers elle que j’ai fait mon éveil au désir et au plaisir. Au début, j’écrivais sur le sujet en marge de mon boulot, et je décryptais des tendances autour de la sexualité. J’ai commencé à découvrir beaucoup de lieux liés à ces thèmes, et j’ai développé mon réseau. Tout cela est resté au second plan, jusqu’à ce que je crée, en tant que chargée de projet dans une agence artistique, le Festival Pigalle, dédié à la culture érotique et musicale du quartier. C’est à ce moment que j’ai choisi de lâcher mon travail, et de me consacrer exclusivement à ces sujets. C’est aussi à ce moment-là que les gens autour de moi commençaient à me demander des adresses, sur le mode “toi qui t’y connais, quel est LE lieu sexy où je peux emmener mon mec/ma nana…?”. J’ai proposé un projet de guide du Paris érotique à l’éditeur Parigramme, avec l’idée qu’il n’y avait justement pas qu’un seul lieu. Une chose est sûre: il y a à Paris de quoi alimenter ses fantasmes.

“La pornographie est entrée dans les foyers, il n’y a plus besoin de sortir pour la trouver.”

Au cours de ton périple dans le Paris érotique, quelle a été ton expérience la plus folle ?

Sans hésitation, le brunch libertin. Je suis allée dans un hammam/sauna libertin un mardi matin à 11 heures, pas encore remise de ma sortie de la veille. À l’arrivée, on m’a filé un paréo super moche, et je me suis retrouvée au buffet à manger des crêpes fourrées et à discuter avec des gens de leur vision du libertinage. J’étais là-bas, à boire mon troisième café pour me réveiller, et j’ai réalisé que je faisais quand même un drôle de métier. 

Tu parles de plusieurs lieux au passé. Certains sont même devenus des rades glauques. Le libertinage a t-il perdu de sa saveur?

C’est compliqué de parler de “l’avant”, parce que je n’ai pas connu cette époque, mais j’ai discuté avec un spécialiste du libertinage. Quand je lui ai demandé si ces lieux s’étaient “beaufisés”, il m’a rembarrée en me disant que ça s’était juste démocratisé, avant de me taxer de snob. Ces pratiques et ces clubs étaient plutôt réservés à une élite bourgeoise, mais ils se sont ouverts à tous. Du coup, les libertins qui pratiquaient depuis les années 70-80 regrettent tous un âge d’or. Même si je pense, qu’au-delà de ça, c’est leur jeunessse qu’ils regrettent.

Et les cinémas érotiques, que sont-ils devenus?

Ils ont tous fermé à l’exception du Beverley et de l’Atlas. La pornographie est entrée dans les foyers, il n’y a plus besoin de sortir pour la trouver. De la même manière, les sex-shops deviennent des love-shops et sont ouverts sur la rue. L’évolution des mœurs a dicté ces changements. Une autre façon de le comprendre est de s’intéresser aux soirées: aujourd’hui, ce qui est érotique, ce n’est pas un lieu où tout est fait pour, mais l’inconnu, son exact opposé.

“La connaissance physiologique de la sexualité fait aussi partie de l’épanouissement érotique.”

Y a t-il une nouvelle génération tournée vers l’érotisme, qui commence à se développer en marge de celle du porno trash? 

Oui, je le crois et je l’espère. “Érotisme” est aujourd’hui un mot galvaudé. Il y a tout un territoire d’expression qui ne verse ni dans la pudibonderie ni dans le le porno. Et aujourd’hui, toute une génération de femmes s’inscrit dans cette nouvelle définition. Cette génération compte beaucoup de talents comme l’auteure érotique Octavie Delvaux, la chanteuse Julia Palombe, les performeuses burlesques comme Louise de Ville ou la réalisatrice de films porno Erika Lust, qui se réapproprient cette parole sur le sexe. Des lieux, comme la boutique Dollhouse à Paris, incarnent bien aussi cette vision plus légère et moins vulgaire du sexe. Je dirais même que les femmes qui tiennent cette boutique, mais sont aussi dans l’écoute et le conseil, font un travail d’utilité publique.

Tu as cofondé un site baptisé Le Cabinet de curiosité féminine. De quoi s’agit-il?

Je l’ai crée en mars 2013 avec Alexia Bacouël, qui est en formation pour devenir sexothérapeute. C’est d’abord une plateforme Web dédiée aux sexualités, qui s’est ensuite déclinée en ateliers. À chaque fois, l’atelier aborde un thème spécifique, et il est organisé en trois parties: la première est historico-culturelle et la seconde aborde le thème du point de vue de la sexologie pure, parce que la connaissance physiologique de la sexualité fait aussi partie de l’épanouissement érotique. Quant à la troisième partie, il s’agit d’une discussion, où chacun peut prendre la parole. On a aussi mis en place des workshops d’effeuillage burlesque ou de drag king: un succès!

Tu dis que tu as matière à faire un Paris-couche-toi-là, Vol 2. Tu pourrais nous livrer en exclu une adresse secrète?

L’École des Cordes. Là, un maître Shibari dispense des cours de bondage japonais. La pratique se développe beaucoup, et compte de plus en plus d’aficionados. À l’École des Cordes, on apprend la contrainte, étroitement liée au lâcher-prise et à la confiance en l’autre. Une autre façon d’envisager le jeu érotique… Je ne l’ai pas encore testé, mais c’est sur ma liste. 

Propos recueillis par Lauriane Gepner


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