société

Les cheveux des femmes noires en confinement: un problème loin d'être uniquement esthétique

Pendant le confinement, les femmes noires sont livrées à elles-mêmes pour s’occuper de leurs cheveux, qu’elles confient bien souvent en temps normal à des professionnelles. Ou quand les inégalités se logent jusque dans les cheveux. 
Inna Modja, photo extraite de la video YouTube “Bienvenue à la maison!”
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Confinement tout ça, moi je pense juste aux boutiques Afro. Je fais comment pour acheter mes cheveux? Je suis censée rester un clown moi?, balance une internaute sur Twitter, quand une autre partage la recette d’une routine maison: “Vu le confinement, voici une routine assez simple. Passez: une banane plus un demi avocat au mixeur, ajoutez-y de l’huile d’olive et du miel, appliquez le tout sur vos cheveux propres.” Quand certaines profitent du confinement pour prendre soin de leurs cheveux avec des ingrédients naturels à portée de mains, d’autres comme Ambre, ont pour objectif d’apprendre à se tresser seule d’ici la fin de ce temps passé chez soi.  

 

Sans coiffeuse, tout est dépeuplé? 

Depuis le début du confinement et la fermeture de tous les commerces non-indispensables, dont les salons de coiffure font partie, de nombreuses personnes se retrouvent à devoir gérer leur chevelure, habituellement entretenue par des professionnel·le·s du cheveu. Si tout le monde est concerné par cette situation inédite, la problématique est d’autant plus présente chez les personnes aux cheveux crépus. On ne va pas retracer toute l’Histoire ici, mais les cheveux des femmes noires s’insèrent symboliquement dans une frise chronologique qui va de l’esclavagisme au mouvement Black is Beautiful, en passant par la colonisation: les cheveux texturés et les coiffures qui leur sont propres ont toujours été méprisées, moquées, considérées comme moins belles et peu tolérées dans les sociétés occidentales. La relation qu’entretient une femme noire avec ses cheveux est loin d’être linéaire ou universelle, cependant, elle relève d’un conditionnement social qui dépasse la notion esthétique, comme nous le rappelle la sociologue Juliette Sméralda dans ses ouvrages de référence, Peau noire cheveu crépu, l’histoire d’une aliénation (2005) et Du cheveu défrisé au cheveu crépu (2012). 

 

Non lisses un jour, policés toujours 

La première fois qu’Audrey a laissé ses cheveux libres, elle a commencé à souffrir de dysmorphophobie, puis a fini par se défriser les cheveux. Depuis le début du confinement, elle n’arrive pas à défaire ses nattes, par peur de replonger dans cette mauvaise image d’elle-même. “Je ne pouvais plus me voir dans le miroir, j’ai tenu dix jours. Là, je ne me défrise plus les cheveux depuis deux ans à nouveau mais j’ai décidé de faire des sisterlocks en sortant du confinement, je n’arriverai plus à assumer l’afro à cause des remarques désobligeantes, confie cette femme de 35 ans basée au Canada.

Au début, j’ai enlevé mes tresses et gardé mes cheveux naturels, je faisais mes soins tous les jours mais j’ai craqué, j’ai recommencé à faire mes tresses (seule) parce que je me trouve plus jolie et c’est plus pratique, notamment pour le travail. 

Floriane, juriste d’une trentaine d’années, avait pris rendez-vous pour se faire tresser avant le confinement, mais cette séance de coiffure a naturellement été annulée. “Au début, j’ai enlevé mes tresses et gardé mes cheveux naturels, je faisais mes soins tous les jours mais j’ai craqué, j’ai recommencé à faire mes tresses (seule) parce que je me trouve plus jolie et c’est plus pratique, notamment pour le travail. Le télétravail n’a jamais été autant d’actualité qu’en ce moment et les outils de visioconférences comme Zoom sont plébiscités, mais pour Floriane qui n’a pas l’habitude de porter ses cheveux naturels au travail, ni ne désire montrer ses cheveux rangés sous un foulard à ses collègues, les tresses se sont imposées: “Je me sens bien plus à l’aise.

 

Une relation aussi sociale qu’esthétique 

Rebecca Cathline, cofondatrice de Ma Coiffeuse Afro, une plateforme qui met en relation des coiffeuses avec des personnes aux cheveux crépus, a rapidement décidé de suspendre la prise de rendez-vous “pour protéger les clientes et les coiffeuses”. D’une part, cette décision impacte directement ces dernières qui se servent de cette ressource comme un complément de revenus, ou qui représente une activité professionnelle d’auto-entrepreneure à 100% pour certaines d’entre elles, ce qui les met dans une situation de précarité extrême. D’autre part, pour celles qui se font coiffer, c’est une relation sociale qui se perd. “Il y a une relation privilégiée entre nos clientes et coiffeuses. Elles parlent du boulot, des enfants… Elles deviennent parfois même amies! Les tresses, les défrisages, les soins ou les tissages prodigués par une coiffeuse deviennent des rituels qui permettent de changer de tête régulièrement, mais aussi de se la vider, comme une charge mentale en moins. Rebecca Cathline considère les coiffures afro comme “un héritage” et a compris que les clientes n’étaient pas qu’à la recherche d’une coiffeuse mais “d’un vrai service, un diagnostic et des conseils”. 

Personne n’est logé à la même enseigne pendant ce confinement et ce jusqu’au bulbe.

Ce temps est donc propice à l’apprentissage des tresses à faire soi-même, comme on peut le voir avec les nombreuses vidéos qui pullulent sur YouTube, ou au soin et à la pousse de cheveux. Ma Coiffeuse Afro propose ainsi pour l’occasion un “Hair Challenge” sur ses réseaux sociaux avec des influenceuses qui offrent des conseils et astuces capillaires. Entre les personnes qui ont décidé de se raser, celles qui laissent pousser leurs cheveux blancs faute de pouvoir se les colorer et celles qui ne sont pas en mesure de pouvoir acheter tous les produits ou paquets de mèches adaptées à leurs cheveux au supermarché du coin, une chose est sûre: personne n’est logé à la même enseigne pendant ce confinement et ce jusqu’au bulbe. Avec toujours la même injonction à suivre un mouvement… Et si on laissait les femmes noires faire ce qu’elles désirent avec leurs cheveux, confinement ou non?

Jennifer Padjemi 


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