société

Citad’elles: ce lieu unique en France accueille les femmes victimes de violences à Nantes

Sur l’île de Nantes, un lieu inauguré par la ville en novembre dernier permet aux femmes victimes de violences, et à leur(s) enfant(s), de trouver refuge, mettant à leur disposition des ressources concentrées en un seul endroit.
© Christiane Blanchard
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C’est l’histoire d’une structure qui porte bien son nom. Pour accéder à Citad’elles, à Nantes, il faut d’abord montrer patte blanche auprès d’agents de sécurité en bas d’un immeuble de l’île Beaulieu, avant que l’un d’eux ne nous escorte au septième étage, où les portes sont blindées. Compréhensible lorsqu’on sait que le lieu accueille les femmes victimes de violences (sexuelles, physiques, verbales, conjugales…) 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. De nombreuses caméras -18 rien qu’à l’étage- surveillent l’espace calme et lumineux, qui s’étale sur 750m2 et regroupe des pièces de consultation, des salles de repos, un coin pour les enfants ainsi que des bureaux. La sécurité était la priorité de ce projet, mené par la ville de Nantes et plusieurs partenaires depuis 2014: “Notre postulat, c’était ‘on ne lésine pas sur la sécurité, ni sur le professionnalisme des intervenant·e·s, ni sur l’aménagement’. On s’est rendu compte que le simple fait d’être dans un lieu accessible et coloré permettait aux femmes de sentir qu’on prenait soin d’elles”, détaille Valérie Alassaunière, directrice de ce centre unique en France.

 

50 femmes accueillies chaque semaine

Depuis l’inauguration, en novembre dernier, une cinquantaine de femmes sont accueillies chaque semaine, parfois avec leur(s) enfant(s). Le lieu est destiné aux résidentes de la métropole nantaise, mais des femmes venues d’ailleurs peuvent toujours s’y présenter. À leur arrivée, elles sont prises en charge par des coordinatrices de parcours, des professionnel·le·s formé·e·s à ces questions, comme des psychologues, des travailleur·se·s sociaux et sociales ou encore une éducatrice spécialisée. En février, une sage-femme viendra s’ajouter à la dizaine de personnes qui participent au fonctionnement de Citad’elles, hors partenaires. Des moyens qui répondent à un constat établi lors du montage du projet:  22 500 femmes subissent des violences chaque année dans la métropole, plus de 12 000 rien que sur Nantes, ainsi que 500 enfants “co-victimes”. “Les femmes qui viennent ici sont toutes les femmes dans leur diversité, de 18 à 81 ans, affirme Valérie Alassaunière, qui évoque une majorité de cas de violences intra-familiales. Ce jour-là, toute l’équipe est mobilisée pour aider une femme victime de violences de la part de son conjoint. L’audience de ce dernier a été expéditive, l’affaire intervient en pleine grève des avocat·e·s. Tout le monde redoute le retour de l’homme violent au domicile conjugal. Un placement provisoire dans l’un des lieux sécurisés mis à disposition par Solidarité Femmes est alors envisagé. “Notre rôle, c’est de jouer les articulations avec tous les partenaires, en complémentarité de ce qui existe déjà”, ajoute-t-elle.

 

Un lieu pluri-disciplinaire

Pour éviter que l’éparpillement des services permettant la sortie des violences empêche le processus d’arriver à terme, plusieurs acteur·rice·s agissent en synergie au quotidien. Certain·e·s ont installé une permanence au sein même des locaux de Citad’elles: c’est le cas d’associations comme France Victimes 44, SOS Inceste & Violences Sexuelles ou encore Question Confiance, mais aussi du Planning familial, pour les questions de santé sexuelle notamment, de la Caisse d’Allocations Familiales ou du CIDFF local, le Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles. L’association Solidarité Femmes met également à disposition trois logements, dont la localisation est évidemment tenue secrète, en cas d’urgence. 

Dans un autre registre, des avocat·e·s du barreau de Nantes, ainsi que la police nationale et la gendarmerie ont, elles aussi, leur place dans les locaux. Une présence d’officier·e·s formé·e·s à ces violences spécifiques facilite aussi certaines démarches, notamment le dépôt de plainte. Là encore, les bureaux ont été pensés pour accueillir au mieux les victimes, avec une configuration autour d’une table ronde, dans un bureau à part. “C’est un lieu où elles peuvent tout trouver, ce qui simplifie le suivi et facilite la réorientation vers des personnes spécialisées, résume Anna Chaumette, juriste au sein de l’association France Victimes 44, qui intervient plusieurs fois par semaine à Citad’elles. “C’est rassurant car on sait que d’autres personnes peuvent compléter notre travail”, renchérit sa collègue psychologue Defne Gouban.

 

Une volonté politique

Le projet Citad’elles, initié au moment des municipales de 2014 par l’actuelle maire, Johanna Rolland, a représenté un investissement porté par la ville de Nantes à hauteur d’1,8 million d’euros. Le budget de fonctionnement, qui est aussi d’1,8 million d’euros, est financé quant à lui à 90% par la municipalité et le département. “La marque de fabrique de Citad’elles, c’est que ce n’est pas seulement la ville, c’est un projet co-construit. On a mis autour de la table les acteurs et actrices institutionnel·le·s et associatif·ve·s, les professionnel·le·s et toutes celles et ceux qui pouvaient être en lien avec les femmes victimes de violences, afin de leur éviter un risque psycho-traumatique, conclut Aïcha Bassal, adjointe au Maire, élue à la Ville de Nantes en charge de la vie associative et de l’égalité et la lutte contre les discriminations. Au bout de deux mois, certains services sont déjà saturés, comme les permanences de psychologues. Par ailleurs, Citad’elles a déjà reçu des demandes de visite de la part d’autres villes ou départements, preuve que l’initiative pourrait faire des émules ailleurs. 

Delphine Le Feuvre


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