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Avec Cité Tech, Monia Maganda lutte contre l'exclusion numérique grâce à ses “FabLabs mobiles”

À 35 ans, Monia Maganda est à la tête de Cité Tech, association créée en 2018 à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Elle rêve d’amener le numérique aux publics qui en sont éloignés, dans les quartiers populaires et les zones rurales, mais aussi dans les départements d’outre-mer.
Monia Maganda, DR
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Elle travaille et vit à Clichy-sous-Bois, avec ses trois enfants, mais c’est près de la gare Saint-Lazare, à Paris, que l’on rencontre Monia Maganda, où elle compte prochainement installer les bureaux de Cité Tech, son association qui lutte contre l’exclusion numérique. “On me demande souvent si maintenant que mon projet marche, je vais quitter Clichy, comme si on habitait en banlieue quand on est en difficulté et qu’ensuite on déménage à Paris. Après, ça reste une vraie question: l’accès au réseau, quand tu habites à 1 heure, 1h30 de Paris, c’est compliqué”, s’agace gentiment l’entrepreneuse. 

Ces derniers temps, les choses se sont en effet accélérées pour Monia Maganda. Fin 2019, Cité Tech a remporté le prix spécial du Google Impact Challenge, un appel à projets autour de l’inclusion numérique. Son projet de FabLabs (laboratoires numériques) mobiles, soit des camions aménagés avec des équipements informatiques, a remporté l’adhésion du jury: Cité Tech organisera des ateliers au pied des immeubles, en banlieue, et dans les zones rurales. La cheffe d’entreprise est partie du constat qu’en France, 13 millions de personnes sont en difficulté ou mal à l’aise face aux outils informatiques. C’est pourquoi les intervenant·e·s des FabLabs proposeront également une médiation, pour permettre aux habitant·e·s de quartiers sensibles d’effectuer des démarches en ligne, par exemple. “On était la plus petite structure de l’appel à projets, se souvient Monia Maganda. Ça a aussi permis de faire comprendre que les gens des quartiers ont des solutions à impact. Je viens d’une ville assez stigmatisée après les émeutes de 2005, il serait peut-être temps que nous, en tant qu’habitant·e·s, on change l’image de notre ville. On parle beaucoup d’auto-censure, mais parfois il faut tenter sa chance.

 

“Permettre l’insertion sociale grâce à l’innovation dans le numérique”

À l’écouter parler de son parcours, on se dit que rien ne prédestinait en effet cette personnalité dynamique à atterrir dans le monde du numérique. Titulaire d’un master en sciences humaines et sociales, engagée très jeune dans le milieu associatif, elle a hérité de la fibre sociale familiale et a occupé plusieurs postes dans l’insertion, en France mais aussi au Gabon ou au Sénégal. Problème, elle considère qu’au travers de son métier, son impact sur la société est minime, et souhaite agir à plus grande échelle. C’est aux côtés de son frère, qui dirige une société de marketing digital, que Monia Maganda approche le numérique en 2015. Puis lorsqu’elle découvre le FabLab installé dans son ancien collège de Clichy-sous-Bois, où elle va co-organiser deux semaines du numérique, en 2017 puis en 2018, année de création de CitéTech. “J’ai un parcours peu classique, contrairement à celles et ceux qui sortent d’écoles spécialisées”, observe la jeune femme.

Les questions du genre et de la mixité sont très importantes pour moi.

Rien d’étonnant, à la lecture de son CV, à ce que toutes les ambitions de Monia Maganda se rejoignent désormais au sein de Cité Tech. “Je veux permettre l’insertion sociale grâce à l’innovation dans le numérique”, résume-t-elle. Lutter contre “l’illectronnisme” passe par deux projets: d’une part, les FabLabs mobiles, d’autre part une application de mise en relation des acteur·rice·s de l’emploi et de leur public. Un terrain de jeu que Monia Maganda connaît bien, puisqu’elle organise d’ores et déjà des ateliers dans divers secteurs -bibliothèques, Pôle Emploi…- pour “déconstruire les constructions que les gens ont du numérique. Elle raconte notamment une session avec des demandeur·se·s d’emploi, qu’elle a pensée de manière ludique, à base de quiz et de fabrication de porte-clés, grâce à une imprimante 3D. Le premier FabLab mobile sera opérationnel à partir de juin et commencera par un mini-tour de France afin de tâter le terrain. On part d’Île-de-France, du 93, mais on ne compte pas s’arrêter là: d’ici 2021, on va travailler sur une structure à Mayotte pour développer un FabLab mobile sur l’île, avec un axe de prévention contre la délinquance, annonce Monia Maganda.

Pour mener à bien ses projets, Monia Maganda a commencé à recruter, étant la seule à travailler à temps plein pour Cité Tech. D’ici mars, quatre personnes travailleront sur le développement de la structure, en plus des bénévoles, avec une grande majorité de femmes -très peu nombreuses dans ce secteur, convient-elle. “Les questions du genre et de la mixité sont très importantes pour moi. En fait, on ne sera que des meufs à travailler à temps plein”, réalise soudain Monia Maganda en souriant. 

Delphine Le Feuvre


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6. Le confinement, une bonne nouvelle pour le féminisme?

On a lu pour vous cette excellente tribune de la philosophe Camille Froidevaux-Metterie sur le site de Libération et on vous la conseille fortement. 
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