société

Avec Vépluche, Clara Duchalet veut convertir Paris au compostage

Il y a un an et demi, Clara Duchalet a lancé un système de collecte à vélo de déchets alimentaires à destination des restaurants. Elle étend désormais son activité au reste de la région parisienne, avec l’espoir de sensibiliser aussi ses habitant·e·s à la richesse encore trop souvent inexploitée de cet “or vert”.
Clara Duchatel © Manuel Bouquet
Clara Duchatel © Manuel Bouquet

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Pour la plupart d’entre nous, les déchets n’évoquent que saleté et mauvaises odeurs. Pas pour Clara Duchalet. De fait, l’entrepreneure de 27 ans entend bien rappeler à tou·te·s “le trésor quils représentent. Avec sa start-up Vépluche, qu’elle a lancée il y a un an et demi, elle s’est donné pour mission de “sauver” les déchets alimentaires -aussi appelés biodéchets- que constituent épluchures, marc de café et autres restes de nourriture, notamment auprès des restaurants qui en sont les principaux émetteurs. Aujourd’hui, la plus grande partie de ces ordures -qui remplissent un tiers de nos poubelles- est incinérée ou enfouie, alors que compostées, elles contribuent à enrichir naturellement les sols. “Tout notre travail de fond est de transformer le déchet, en lui donnant une connotation plus positive, en lassociant à un côté terroir, un retour à la terre”, décrit celle qui a grandi dans un petit village en Tarn-et-Garonne au-dessus de Toulouse. “On faisait beaucoup le compost à la maison, c’était normal. En arrivant à Paris pour les études, jai trouvé dommage quil ny ait aucun moyen de valoriser ce type de déchets, surtout quand on habite en appart, et quon soit obligé·e·s de les jeter. Cette idée ne ma jamais vraiment quittée.

 

L’entrepreneuriat plutôt que la politique

Le déclic se produit au moment de la COP21, en 2015. “Je me suis dit que les gens étaient prêts à se bouger. Avant, être écolo était ringard, mais là, ça commençait à devenir cool, tendance”, s’amuse-t-elle. Alors étudiante à Sciences Po, elle découvre le concept d’entrepreneuriat social, qui la séduit. Elle plante les premières graines de Vépluche dans le cadre d’un cours où elle planche sur une solution de collecte à vélo des biodéchets des restaurants. Son diplôme en poche, elle décroche un contrat de six mois au ministère de la Transition écologique, “un premier job rêvé quand on est animé par des valeurs environnementales et que Nicolas Hulot en est le ministre, commente-t-elle, enthousiaste. Mais lenvie de créer quelque chose de moi-même, avec laspect business qui manimait aussi en parallèle de mon attrait pour la politique, a été plus forte. À titre personnel, je trouve quil est plus intéressant de connaître dabord le fonctionnement dune entreprise avant de connaître une fonction politique, sinon il y a un risque de se couper du terrain. L’entrepreneuriat, plus efficace pour faire changer les choses? En tout cas, la loi obligeant les restaurants produisant plus de dix tonnes de biodéchets par an à les trier est “loin d’être respectée par tous”, remarque-t-elle.

  

À la conquête de l’Île-de-France

Épaulée par son associé et investisseur, Manuel Zebeida, qui lui fournit les fonds nécessaires pour concrétiser son projet, elle décide alors de se consacrer entièrement à Vépluche. Elle entre dans le réseau Women4Climate, qui met en lumière des projets portés par des femmes dans le domaine de l’écologie -“un vrai tremplin psychologique” qui lui donne le “sentiment de légitimité” nécessaire pour se lancer. Début 2019, la jeune pousse s’implante à Boulogne-Billancourt pour une première phase-test. Collectés en triporteur (vélo cargo) électrique, les restes alimentaires des restaurants sont transportés à Châtillon (Hauts-de-Seine) -où se trouve l’usine de compostage qu’elle a elle-même montée- et transformés en terreau qui pourra être retourné à la terre. Un service gratuit en échange duquel ses client·e·s s’engagent à lui acheter un certain volume de fruits et légumes (bio ou en circuit court). En un an, 40 tonnes de biodéchets sont ainsi compostés. Et ce n’est qu’un début: depuis cet été, la start-up est également active à Issy-les-Moulineaux ainsi que dans les 15ème et 16ème arrondissements. “Lidée est de répliquer le modèle avec une organisation décentralisée sous forme de franchises, expose-t-elle. Avec l’objectif de conquérir, à terme, la région parisienne dans son ensemble, et d’embarquer dans le projet les agriculteur·rices urbain·e·s de la ville. “Ça serait super que lon puisse leur vendre notre terreau et qu’ils·elles nous vendent leurs fruits et légumes pour quon puisse en faire profiter les restaurants, et limiter le plus possible les déplacements des marchandises.

 

Un travail de sensibilisation

À long terme, Clara Duchalet entend aussi convertir les particuliers au tri des biodéchets -auxquels la start-up s’est d’ailleurs mise à livrer fruits, légumes, produits d’épicerie et terreau pendant le confinement. Un défi au niveau de la logistique: “Idéalement, il faudrait que la matière soit stockable, quil y ait une solution facile et propre pour les particuliers qui nous permette despacer les collectes, explique-t-elle avant d’ajouter, déterminée: On y arrivera à un moment donné, je ne désespère pas!” Les solutions pour entreposer les restes alimentaires à la maison ne manquent pas, à l’instar du bokashi, petit composteur inodore et pratique pour celles et ceux qui vivent en appartement. Encore faut-il que le tri des biodéchets s’impose dans les habitudes. En attendant, l’entrepreneure prépare déjà le terrain pour les jeunes générations. Dès la rentrée, elle aimerait organiser des ateliers de sensibilisation sur les déchets dans les écoles. Le jour où tout le monde s’y mettra, un camion de poubelle sur trois -soit 5000 à Paris- pourra disparaître de la circulation…

Sophie Kloetzli


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