société

Comment le confinement a romantisé la campagne

Le confinement a provoqué un véritable exode urbain qui semble parti pour durer: de plus en plus de citadin·e·s se mettent à rêver d’emménager à la campagne. Mais une fois passée l’image de carte postale, la déception peut être très forte. 
“Au nom de la terre” © Nord Ouest Films
“Au nom de la terre” © Nord Ouest Films

“Au nom de la terre” © Nord Ouest Films


Inès, 27 ans, en est certaine: dès que possible, elle et son fiancé iront habiter à la campagne. Installé·e·s à Lille depuis plusieurs années, il et elle se sont confiné·e·s dans leur appartement, sans même un balcon pour prendre l’air. La crise les a conforté·e·s dans leur projet de vie, à savoir une maison en pleine campagne pour construire leur famille. Si ce n’était pas un projet très urgent avant que le monde soit sens dessus dessous, il leur paraît désormais prioritaire. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Inès et Antoine sont loin d’être des cas isolés. Enfermé·e·s pendant deux mois dans un 30m carrés (et encore), devant faire la queue pour la moindre course et changer de trottoir toutes les 5 minutes pour éviter de croiser les joggeur·se·s, des urbain·e·s convaincu·e·s se sont mis à rêver d’exode. D’autres chanceu·x·ses, confiné·e·s dans une maison à la campagne, se promettent d’y venir plus régulièrement, une fois la “vie normale” retrouvée. Les champs, le calme, les mètres carrés disponibles, l’air pur… Dans les faits pourtant, la campagne n’est pas toujours un paradis vert. 

 

Une ruralité parfois loin de la carte postale 

Certaines campagnes sont devenues des industries à ciel ouvert, déplore Jean-Yves Pineau, directeur de l’association d’insertion territoriale Les Localos, avec les sites Seveso [qui présentent des risques d’incidents majeurs, à l’instar de l’usine Lubrizol de Rouen] ou l’utilisation de glyphosate. Pour les femmes enceintes par exemple, ça peut être ravageur -et l’ennemi est quasi-invisible. Certains paysages ont été complètement ravagés pour augmenter la rentabilité, l’agriculture est un secteur en crise… Bref, lorsque ce n’est pas mûrement réfléchi, un emménagement à la campagne peut vite se transformer en cauchemar lorsqu’on est confronté à la réalité.Certaines régions très rurales sont en tension, que ce soit en termes de salariat ou d’habitation. Et même si les élu·e·s loca·ux·les y travaillent ardemment, ruralité rime encore trop souvent avec déserts médicaux et services publics en berne. “Ce qui me gêne, c’est que cette image idéale laisse de côté toutes les questions posées en termes d’aménagement du territoire, de présence des services publics, de vieillissement très important de la population alors même que le Covid-19 est spécialement dangereux pour les plus anciens, estime Benoît Coquard, sociologue spécialiste de la ruralité, dans une interview donnée à L’Agri. L’Insee a par exemple estimé en 2019 que le temps de trajet moyen pour accéder aux services de la vie courante était de 7,7 minutes en milieu rural, contre 3,2 minutes pour la population urbaine. Mais pas de quoi décourager Inès, dont la seule crainte estl’ennui, loin des barset lieux de socialisation que lui offre actuellement son appartement en ville. Peu importe s’il faut faire davantage de route pour se rendre au travail chaque matin, pourvu qu’en rentrant, elle puisse profiter du calme et du jardin. Nous savons ce que c’est, nous n’habitions de toute façon pas en grande ville quand nous étions jeunes, c’est un peu l’évolution logique des choses que de quitter Lille à ce moment de notre vie.

 

Des champs, oui… à condition d’avoir du WiFi

Mais des villages de moins de 100 habitant·e·s aux campagnes périphériques de grandes villes, en passant par les zones rurales industrielles, les nuances sont nombreuses -et de l’une à l’autre, les différences aussi. Il y a d’un côté les zones littorales et à proximité des métropoles, qui gagnent en attractivité depuis quelques années, et de l’autre, la campagne industrielle du Nord-Est de l’Hexagone, qui se dépeuple de plus en plus. La crise sanitaire n’a fait qu’exacerber des tendances latentes, commente Jean-Yves Pineau. Et puis le retour au local, à la simplicité, c’est globalement une envie générale, qui était là avant la pandémie. De la tendance du pain fait maison, au fantasme de campagne, il n’y a qu’un pas? Inès l’admet: sa volonté d’habiter côté champs est également alimentée par son désir de changer ses habitudes de consommation.

Mais encore faut-il avoir les moyens de ses envies. Avec la crise, la demande pour les maisons de campagne a considérablement augmenté, rapporte Le Figaro immobilier, qui estime que les appartements en ville pourraient devenir les résidences secondaires des plus aisés. Une transition de la “France du vide” vers la “France du luxe” qui pourrait bien faire augmenter les prix de l’immobilier des zones périurbaines, notamment autour de la capitale. Recours au télétravail oblige, les Parisien·ne·s exilé·e·s dans leurs résidences secondaires y ont découvert un nouveau rythme de vie -et force est de constater qu’il est plaisant. Mais leurs prérequis sont précis: oui pour habiter en milieu rural, à condition d’avoir accès aux transports, une bonne connexion Internet et des services publics de qualité. Un désir de campagne donc, mais pas n’importe laquelle. Globalement, que de plus en plus de monde veuille rhabiter nos campagnes, c’est une bonne nouvelle. À condition que ces nouveaux et nouvelles arrivant·e·s participent à la construction d’un projet de société et qu’ils/elles ne soient pas là uniquement pour consommer du territoire, nuance Jean-Yves Pineau, qui déplore que malgré un regain d’intérêt pour la ruralité, les économies de certains territoires ne se portent pas mieux. Et pour cause: ces néoruraux continuent, bien souvent, à travailler dans les grandes villes à proximité. Mais les 25-35 ans sont porteurs d’espoir pour la ruralité, souligne le spécialiste. Leur idéal de société, tourné sur l’entraide et le lien social, en fait de potentiels moteurs pour la vie locale de nos campagnes. 

Noémie Leclercq 


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