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Pourquoi concilier couple et boulot reste plus difficile pour les femmes

Le mythe de la Wonder Woman qui vit à mille à l’heure pour assurer sur tous les fronts, au bureau comme à la maison, est à bout de souffle. Aujourd’hui, envers et malgré les inégalités de genre qu’il reste à vaincre, les jeunes actives sont en quête d’équilibre et de sens.
© Girl Boss
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Stress, horaires à rallonge, incompréhension autour des priorités individuelles… Pour les tourtereaux modernes, surtout bi-actifs (quand les deux conjoints ont un emploi), concilier carrière et relation amoureuse est un sujet de tension récurrent: d’après une étude OpinionWay, près d’un·e Français·e sur trois estime que son travail nuit à sa vie de couple. Et bien souvent, pour les femmes, l’inverse est aussi vrai. Copine, épouse ou mère, les actives en couple sont encore nombreuses à vivre la “double journée” que les féministes dénonçaient déjà dans les années 70, les empêchant d’être pleinement épanouies sur tous les plans. 

La faute, tout d’abord, à la toujours très inégale répartition des tâches ménagères -qui restent à 71% prises en charge par les femmes-, grignotant leur temps de travail et leur disponibilité mentale. “À partir de 17 heures, je pense déjà à ce que je devrai faire en rentrant -les courses, préparer à manger…-, car je sais que mon copain m’attend. Lui, en revanche, a tendance à traîner au bureau, à passer du temps avec ses collègues après le boulot. Il se justifie en disant qu’il doit y faire ses preuves, raconte Audrey, 28 ans, slasheuse 100% indépendante. Avant, quand j’étais en CDI, je rentrais habituellement assez tard parce que je n’étais pas en couple…” Même constat pour Olga, 30 ans: “Je bosse dans une petite maison d’édition, et il y a souvent des événements après le travail: des cocktails, des dîners… En général, je n’y vais pas car je privilégie le fait d’être à la maison.” Des choix qui limitent forcément un peu leur évolution professionnelle, surtout en entreprise, où la culture du présentéisme en France est toujours bien ancrée.

 

Gagner le droit d’être ambitieuse

À ces difficultés s’ajoutent les clichés autour de l’ambition féminine, encore trop couramment perçue comme un vilain défaut. “L’expression de l’ambition de la part des femmes continue d’être considérée comme une revendication masculine, souligne l’anthropologue Marie Rebeyrolle, fondatrice du cabinet Carré pluriel. Cela fait que les femmes dans des postes hiérarchiques élevés se posent 10 fois plus de questions, et sont bien plus touchées par le syndrome de l’imposteur. C’est aussi pour elles que concilier vie professionnelle et vie personnelle est le plus difficile.” 

Ce qui est parfois perçu comme un surinvestissement professionnel est d’ailleurs moins accepté pour les femmes: à postes ou responsabilités équivalents, la probabilité qu’elles reçoivent des reproches de la part de leur entourage de type “tu travailles trop” ou “tu n’es jamais là” est 20% plus élevée pour elles que pour les hommes. Un déséquilibre qui révèle aussi des enjeux de pouvoir: pour Mariana, 32 ans, qui a monté le collectif Powa, ce n’est pas tant sa charge de travail ou ses horaires que son indépendance qui lui a valu des remarques de la part de ses ex, étonnés de l’énergie qu’elle met dans l’accomplissement de ses projets. “En général, au début, ils m’admirent pour mon côté ‘femme forte et indépendante’, mais ça ne dure pas plus de trois semaines!, constate-t-elle. Dans mon entourage, on me dit fréquemment que c’est à cause de mon boulot que j’ai du mal à trouver un mec…

 

Désirs inconciliables?

La situation se complique encore pour celles qui deviennent mères. “Avoir une ambition, être moins présente à la maison, est encore trop souvent perçu comme une femme qui abandonne sa famille”, note Margaux Collet, consultante et formatrice freelance sur l’égalité femmes-hommes, en rappelant que le rôle de mère ne fait que creuser l’inégale répartition de la charge mentale. Une perspective dont les jeunes actives sont conscientes, et qui nourrit parfois une certaine appréhension pour celles qui envisagent de fonder une famille: “Je me dis que si je continue sur ma lancée et rajoute un enfant, je serai en souffrance. J’ai l’impression que ça va m’empêcher de faire vraiment ce que je veux”, confie Audrey. 

Du haut de ses 32 ans, Leia, elle, a fait -du moins pour l’instant- le choix du célibat: “Avant, quand j’étais en couple, je ne m’autorisais pas à partir à l’étranger pendant plusieurs mois, même si j’y pensais, témoigne celle qui s’envole régulièrement en mission humanitaire aux quatre coins de la planète, et qui n’a pas eu de relation “sérieuse” depuis plusieurs années. Quand j’aurai des enfants, je continuerai à voyager, je partagerai ça avec eux. Je ne veux pas que ça me réfrène.

 

Quête de sens et d’équilibre

Et si les jeunes couples bi-actifs n’avaient plus à faire ce type de choix, justement? À en croire Marie Rebeyrolle, “les jeunes actif·ve·s sont de plus en plus nombreux·ses à être pondéré·e·s dans leur investissement dans le travail. Il·elle·s privilégient leur équilibre personnel et leur vie amoureuse ou de famille, ce qui va de pair avec une quête de sens dans leur activité professionnelle, une remise en question de la société de consommation et du modèle de l’entreprise, en laquelle il·elle·s ont perdu confiance.” Une attitude qu’il faut également analyser, selon l’anthropologue, “en termes d’appartenance sociale, de ce que l’on considère comme réussir car la question ne se pose pas de la même manière si vous êtes précaire ou si vous sortez d’une grande école prestigieuse, par exemple.” Si bien que l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle peut tout aussi bien créer des désaccords dans les couples lesbiens, où elle a “déjà observé des tensions autour de l’investissement professionnel, mais sans que le rôle de femme ou de mère ne soit invoqué comme c’est souvent le cas dans les couples hétéros”.

Qu’elles soient en couple avec un homme ou une femme, les jeunes actives réinventent ainsi leur définition de la réussite: “Le côté ‘Wonder Woman’ des années 90, qui est à fond dans sa carrière, les attire de moins en moins”, poursuit-elle. C’est ce que confirme Audrey, qui s’impose des limites -ne pas travailler après 19 heures ni le week-end- pour passer du temps en amoureux: “Même si j’accorde beaucoup d’importance à mon travail et qu’il me nourrit -pas que financièrement!-, mon couple reste le plus important à mes yeux.” Working girl, d’accord, mais avec une vie à côté.

Sophie Kloetzli


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