société

Confinées ailleurs

A Johannesburg, Thobie s’interroge sur son avenir, entre stress et incertitudes

Lycéenne de 16 ans, Thobie vit dans le township d’Alexandra, un quartier défavorisé de Johannesburg, en Afrique du Sud. Le pays est le plus touché sur le continent africain: il comptait, le 11 mai, plus de 10 000 cas de Covid-19 et 194 décès. Depuis le 1er mai, le déconfinement a été amorcé, mais des restrictions persistent pour ralentir la progression de la pandémie.
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“Beaucoup de choses ont changé dans ma vie depuis l’apparition du COVID-19: je ne peux plus aller à la messe, à l’école, voir mes amies et cela m’affecte vraiment. Je devais aussi aller passer les vacances chez ma grand-mère, au Cap, quand tout ça a débuté… La pandémie a débarqué dans nos vies de façon inattendue et nous devons trouver des stratégies pour composer avec elle. Par exemple, seulement une personne de ma famille va faire les courses pour limiter au maximum les interactions. Cette période a aussi des côtés positifs. Je peux passer plus de temps en famille, surtout avec mon père qui travaille tout le temps. D’habitude, je ne le vois que le dimanche. Et pour la première fois de ma vie, les rues sont propres! Mais d’un autre côté, étudier à la maison n’est vraiment pas facile… Je m’inquiète pour mon avenir et j’ai plein de questions en tête comme “vais-je redoubler si la pandémie ne s’arrête pas?”. La situation a causé beaucoup de stress et d’anxiété, surtout chez ceux qui sont démunis. Le COVID-19 nous a transformés en prisonniers de nos propres maisons. Ma famille a de la chance d’avoir des sanitaires mais beaucoup d’autres familles ici n’ont pas l’eau courante. Peu ont des savons, des gants et des masques. Les habitants du township vivent comme avant: peu de gens portent de masques et souvent c’est quand ils voient un policier. Les enfants jouent dehors sans que les adultes interviennent. Cela me rend triste… Certains sont furieux car ils ne peuvent plus travailler et leur affaire ne tourne plus, ils tombent en dépression. Beaucoup ont été soulagés quand le président a déclaré qu’il y aurait une aide pour soutenir les plus démunis à survivre. Ils peuvent aussi compter sur l’aide d’associations pour se nourrir. Ma plus grande peur est que l’un des membres de la famille attrape la maladie: que se passerait-il?  Et si mon père, qui est le seul à travailler, ne gagnait pas assez d’argent pour assurer nos besoins? qu’est ce qu’on deviendrait ma mère, mes deux petites sœurs et moi? Surtout, je me demande quand est-ce que la pandémie va prendre fin… Toutes ces questions me rongent.”

Propos recueillis par Clémence Cluzel


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