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C’est décidé, après le confinement, elles changent de job

Elles viennent de passer un mois cloîtrées chez elles et prennent conscience de leur besoin d’exercer un métier plus en adéquation avec leurs envies et leurs valeurs. On leur donne la parole. 
The Circle © Universum Film
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Quand j’ai réalisé au bout d’environ deux semaines que mes crises d’angoisse ne venaient pas du confinement mais de ma peur de devoir un jour retourner bosser, je me suis dis que je devais faire quelque chose.” Laurène est commerciale dans le secteur automobile. Depuis déjà une dizaine de jours, cette jeune femme de 24 ans planche sur une reconversion professionnelle. “Je ne sais pas encore ce que je veux faire, mais je ne veux plus de ce boulot, j’ai besoin de changement. Hors de question d’y remettre les pieds”, clame-t-elle. 

Comme Laurène, de nombreuses confinées réalisent pendant la période hors du commun que nous vivons actuellement le désamour qu’elles éprouvent pour leur travail. Hélène Picot, coach en reconversion professionnelle, témoigne de cette tendance à la hausse: “Depuis plusieurs années, on observe une augmentation des reconversions professionnelles, une quête de sens très présente chez de nombreux actif·ve·s qui ne se retrouvent plus dans leur travail. Le confinement laisse aux gens le temps de réfléchir à leur vie et accentue ce phénomène. Je reçois plus d’appels ces dernières semaines.

 

Adieu les bullshit jobs

Période propice à l’introspection, le confinement est le moment parfait pour s’interroger sur ses envies, réévaluer ses priorités, repenser ses ambitions. Pour beaucoup, il agit comme un révélateur et “accélère une prise de conscience chez les personnes mal dans leur vie professionnelle, note Hélène Picot. La plupart d’entre elles avaient déjà des envies de changement, et cette période si particulière permet de mettre des mots sur un sentiment diffus, une réelle saturation que l’on associe parfois à tort à une simple lassitude routinière alors que c’est bien plus profond et sérieux.”

Entre dérèglement climatique, inégalités sociales et économiques, marasme politique, et désormais crise sanitaire, les temps sont moroses. D’où ce besoin pour beaucoup de se sentir utile et de donner du sens à sa vie. “Quand je vois les soignant·e·s ou les caissier·e·s, en première ligne toute la journée, je me rends bien compte que moi je ne sers à rien dans cette société, confie Alice, 25 ans, qui travaille dans une entreprise de logistique. Je fais un vrai bullshit job, un travail bête et répétitif. Et j’en ai marre. J’ai du temps sur les bras en ce moment alors je compte bien le mettre à profit pour me trouver une nouvelle carrière dans laquelle je m’épanouirai plus!”

 

Prendre le temps

Au-delà du travail en lui-même, le confinement permet également de dire au revoir pour un temps au rythme effréné du “métro, boulot, dodo” qui use tant de travailleuses. “J’aime bien mon job mais les transports et le rythme de l’entreprise, entre pauses café et réunions, me tuent, lâche Manon, 26 ans, assistante d’édition. J’ai besoin d’un nouveau tempo, d’avoir plus de temps pour moi, de ne pas sentir les journées filer alors que je suis coincée derrière mon bureau comme dans un épisode de The Office”, raconte cette jeune femme en pleine démarche pour devenir freelance et travailler depuis chez elle. “C’est la première fois depuis que j’ai fini mes études que je passe autant de temps chez moi. Ça m’avait manqué. Je m’y sens bien, apaisée et créative.”

Pour retrouver une cadence plus humaine, de nouvelles manières de travailler ont vu le jour depuis plusieurs années, des freelance aux nomades en passant par le télétravail ou les slashers. Autant d’options qui offrent plus de flexibilité et incitent à allier travail et plaisir. “Je n’ai plus envie d’attendre mes deux semaines de congés en août et de caler mes RTT en mai pour pouvoir partir, déclare Laurène. Je veux pouvoir travailler depuis une plage en Thaïlande ou m’absenter trois mois pour aller randonner en Écosse. D’ailleurs, si c’est possible, après le confinement, je compte bien partir pour plusieurs mois en voyage. J’y trouverai sûrement ma voie.”

Partir en voyage, se mettre à un sport, lire, écrire, peindre, jardiner, danser, sont autant d’activités qui permettent selon Hélène Picot de “se reconnecter avec soi-même. Il faut prendre ce temps que nous offre le confinement. C’est notre bien le plus précieux et nous en manquons cruellement au quotidien. Il faut le mettre à profit pour se découvrir. C’est la première étape d’une reconversion réussie. Avant de foncer tête baissée pour s’imaginer un jour fleuriste et le lendemain maraîchère, il faut comprendre ses aspirations profondes”, explique-t-elle en conseillant de se faire aider, que ce soit par un·e coach, ou par les agents du Conseil en évolution professionnelle, un service public gratuit disponible pour toutes celles désireuses de parler de leur avenir professionnel et de se construire une vie plus épanouissante pour l’après. “Au final, c’est terrible à dire vu le contexte, mais je crois que le confinement est un soulagement, confie Manon. C’est la claque dans le dos dont j’avais besoin pour me bouger et changer de vie.”

Audrey Renault


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