société

Le confinement va-t-il changer notre façon de consommer?

Fini, les restos, les cinés, les verres en terrasse, les voyages… Depuis le début du confinement, les occasions de sortir sa carte bleue se font plus rares. Une période de “déconsommation” forcée qui incite, au sein d’une génération préoccupée par l’état de la planète, à prendre du recul sur nos besoins matériels.
Zooey Deschanel dans “New Girl” © 20th Century Fox Television
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Cette année, la Journée mondiale contre la pub, le 25 mars, avait une saveur particulière. Sur son compte Instagram, Marie Duboin, coautrice de L’Abus de consommation responsable rend heureux, s’est indignée de ces marques qui lancent des promotions “spécial confinement”, invoquant notamment la mise en danger des livreur·se·s: “Vous croyez vraiment que c’est le moment de commander des trucs non essentiels sur Internet?” Une question qui, à l’heure où le commerce en ligne explose et où la tendance est au (sur)stockage, a le mérite de nous mettre face à nos habitudes de consommation et nous encourager à faire le point sur nos besoins. “Je n’ai jamais autant réfléchi à l’impact de mes achats, révèle Marion, 24 ans, confinée avec sa copine et ses parents à la campagne. Pour être honnête, je trouve aussi beaucoup de confort dans mes objets matériels: je dessine sur la tablette, je joue à la console, je travaille sur un ordinateur… Je réalise vraiment à quel point je suis privilégiée.

 

“Ce que la crise nous fait regretter”

D’autres se rendent compte à quel point ils et elles peuvent se contenter du minimum pour gérer leur quotidien. “Pour aller me confiner chez mon copain, je n’ai pris qu’une valise pour environ 15 jours. Je tourne avec deux jeans, trois pulls, un gilet, un sweat et un jogging, et cela me suffit amplement!, raconte Marion, 23 ans. La crainte d’une pénurie alimentaire -même si elle est peu probable– et les contraintes de sortie incitent également à moins gaspiller. “On fait avec les moyens du bord: avec mes parents, on essaye de se faire plaisir tout en faisant attention aux stocks!”, témoigne Eugénie, 25 ans. Quant au shopping en ligne, si elle admet être “tentée”, elle ne passera pas commande, “surtout pour des choses aussi superficielles qui pourront bien attendre la fin du confinement”.  

Il est intéressant de voir ce que cette crise nous fait regretter, estime pour sa part Anaelle Sorignet, derrière le blog d’écologie pratique La Révolution des Tortues. Pour moi, c’est aller en forêt et voir mes amis, choses que je ne fais pas assez en temps normal. Cette période met la lumière sur nos petites contradictions du quotidien.

 

Le moment pour tout changer?

Pour Marie Duboin, cette période de “déconsommation” forcée est l’occasion de “tester tout ce qu’on avait remis à plus tard. Faire ses propres cosmétiques, tester une recette antigaspi… Peut-être que certaines choses finiront par rester! Une habitude met généralement trois semaines à être ancrée dans le quotidien.” Et surtout, de travailler notre rapport à la consommation, qui rime en temps normal avec rapidité et disponibilité des produits: “Les pénuries nous obligent à être créatif·ve·s, fait-elle remarquer. Si je ne trouve pas de levure pour faire du pain, cela me force à trouver des alternatives et à sortir un peu de la dépendance.

Elle admet néanmoins que pour les adeptes du zéro déchet et du bio, le confinement peut à l’inverse compliquer la tâche: “Beaucoup de mes abonné·e·s -qui sont déjà bien engagé·e·s dans cette démarche- culpabilisent parce qu’elles ne trouvent plus tout ce dont elles ont besoin et sont obligé·e·s de revenir un peu en arrière. Anaelle Sorignet, elle, observe un “regain de consommation des écrans” parmi ses followers, qui peinent à résister à l’appel de Netflix et des jeux vidéos pour s’occuper malgré l’empreinte environnementale importante -mais “trop souvent oubliée” selon elle- du numérique.

 

L’engouement du fait maison

Les fourneaux sont sans doute là où la révolution est la plus visible. Il n’y a qu’à voir le nombre de recettes qui inondent les réseaux sociaux et les médias: les mesures de confinement, qui pour les plus privilégié·e·s riment avec davantage de temps libre, ont réveillé chez beaucoup la fibre culinaire, modifiant inévitablement leur manière de faire les courses. “Maintenant, je prépare tous mes plats de A à Z!, décrit Lily, 26 ans, confinée seule chez elle. J’achète moins de pâtes ou de trucs faciles à faire: je profite du temps que j’ai pour acheter des produits frais et bio. J’apprends à cuisiner sainement et c’est loin d’être mauvais!

Ce regain d’intérêt pour les bons petits plats faits maison n’a rien de surprenant, juge Pascale Hébel, directrice du pôle consommation et entreprises du CRÉDOC. “Après la dernière crise économique en 2008-2009, il y avait déjà eu un retour de la cuisine dans une certaine partie de la population, au sein des professions intermédiaires et CSP+. Ce sont les mêmes qui prennent en compte le critère santé lorsqu’ils font leurs courses, qui achètent bio, en vrac…”, analyse-t-elle en précisant que ces préoccupations sont “beaucoup plus importantes dans les jeunes générations, en particulier chez les femmes”. Si dans ces mêmes milieux, les hommes se sont mis aux fourneaux depuis une dizaine d’années, la répartition de cette tâche reste très inégale. “Ils font plutôt de la cuisine de loisirs, ou quand il y a des invité·e·s, pour montrer qu’ils savent faire, mais plus rarement la cuisine du quotidien.

Pour la majorité des Français·es, souligne-t-elle, consommer responsable est loin d’être la priorité du moment: “Les gens ont réagi à un besoin de base primaire -s’alimenter-, donc les critères de la santé et du bio passent au second plan.” En mettant en évidence les fragilités de la globalisation, cette crise pourrait néanmoins avoir un effet pérenne à l’échelle de la société: celui de renforcer le critère local et de saison dans nos achats. “On a beaucoup entendu des difficultés rencontrées par les agriculteur·rice·s, constate-t-elle, ce qui encourage à favoriser les produits made in France.

Sophie Kloetzli


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