société

Pourquoi le confinement va laisser longtemps des traces sur notre santé mentale

Urgence sanitaire, confinement, crise économique: l’année 2020 restera dans les mémoires comme celle de tous les bouleversements, et n’aura pas épargné la santé mentale des Français·e·s, en particulier des femmes et des jeunes. 
"Un Divan à Tunis" © 2019 PROKINO Filmverleih GmbH / Carole Bethuel

"Un Divan à Tunis" © 2019 PROKINO Filmverleih GmbH / Carole Bethuel


Vous sentez-vous déprimé·e, perdu·e, triste depuis l’émergence du sujet Covid-19 dans vos vies? Bonne nouvelle: vous n’êtes pas seul·e·s. Mais ne vous réjouissez pas trop vite, le stress et l’angoisse risquent d’accompagner notre quotidien pour un moment. “Pendant longtemps, nous allons devoir vivre avec les conséquences de ce virus sur notre santé mentale, révèle le manifeste de la Fondation FondaMental, dédiée à la lutte contre les troubles psychiatriques. Les peurs liées à la maladie, aux incertitudes pour l’emploi et l’inquiétude pour l’avenir seront durables.” Dans le texte publié fin mai, les spécialistes réclament une mise à disposition de moyens pour faire face à “l’inévitable accroissement du besoin de prise en charge”.

D’après l’analyse des appels reçus par CovidEcoute, la plateforme de téléconsultations psy gratuite lancée par la fondation le 15 avril, il y a effectivement de quoi être inquiet·e. Les plus de 1400 appelant·e·s ont auto-évalué leur niveau de stress ou de tension à 7,3 sur 10 et 28% d’entre eux·elles ont affirmé avoir pensé au suicide pendant le confinement. Si on compte parmi ces personnes des patient·e·s déjà suivi·e·s avant la crise liée à la Covid, une grande majorité (65%) déclare n’avoir jamais consulté de psychiatre ou de psychologue auparavant. On a discuté avec Anne Giersch, chercheuse à l’Inserm, psychiatre au pôle de Psychiatrie du CHU de Strasbourg et membre de la Fondation FondaMental pour faire le point.

 

Quel impact a eu le confinement sur la santé mentale des Français·e·s?

On a pu noter une augmentation nette du stress et de l’anxiété. Au-delà du confinement en lui-même, c’est le contexte général qu’il a fallu gérer pour les Français·e·s. Les repères ont changé. L’épidémie est soudainement devenue une réalité et nous avons compris qu’il existait un risque pour nous et nos proches de tomber malades. Tout le monde n’a pas vécu ce moment de façon identique. Les effets du confinement ont varié selon la capacité de chacun·e à supporter l’ennui, selon la présence d’une activité professionnelle ou non, selon l’environnement de confinement, ou encore selon l’existence ou non de violences intrafamiliales.

On parle aujourd’hui d’un risque de deuxième vague psychiatrique. De quoi s’agit-il?

Celles et ceux qui se sont retrouvés en état de sidération pendant le confinement voient des conséquences majeures arriver aujourd’hui concernant leur santé mentale. Pour beaucoup, cela se manifeste par un syndrome de stress post-traumatique, qui apparaît parfois des mois après un choc. C’est le cas des soignant·e·s par exemple. Même si faire face à la mort fait partie de leur métier, ils et elles ont parfois dû remplacer la famille au chevet des mourant·e·s et donc s’impliquer personnellement. Le syndrome de stress post-traumatique peut également toucher celles et ceux qui ont vécu des violences intrafamiliales ou qui ont perdu un proche. Les concerné·e·s ressentent un stress aigu, une anxiété majeure et font parfois face à une impossibilité à retourner sur leur lieu de travail.

Les femmes, en première ligne lors de la pandémie, risquent-elles d’être particulièrement concernées par cette vague psychiatrique?

Étant donné qu’elles ont été plus exposées, on peut effectivement s’attendre à ce que cette vague touche particulièrement les femmes, mais pas forcément sous la forme de stress post-traumatique si elles n’ont pas été confrontées à un choc. Elles pourraient souffrir de crises de panique, de dépression, d’anxiété persistante ou associer leur métier avec la peur de mourir.

Il a fallu se confronter à l’idée de la mort à un âge où l’on imagine que l’on ne mourra jamais.

Combien de temps risque de durer cette vague psychiatrique?

C’est impossible à évaluer aujourd’hui. La durée de cette vague n’est pas uniquement liée à l’évolution de l’état psychiatrique des Français·e·s. Elle dépendra aussi du contexte culturel, social et économique.

La population jeune a-t-elle particulièrement souffert du confinement?

La période entre 18 et 30 ans est une période de construction de l’identité personnelle. Les jeunes doivent faire face à une redéfinition de leurs repères. Ils et elles ont dû se mettre à distance des autres et n’ont pas pu profiter de tout ce qui leur paraissait normal: retrouver son insouciance dans un bar, rigoler ensemble, aller au cinéma, voir des spectacles. Il a fallu se confronter à l’idée de la mort à un âge où l’on imagine que l’on ne mourra jamais.

Quelles conséquences cela engendre-t-il?

Il est encore trop tôt pour savoir comment les jeunes vont intégrer ces réflexions dans leurs histoires personnelles. L’effet pourra être positif comme négatif. On peut faire preuve de résilience pendant et après cette période, qui peut permettre de donner un but à sa vie, de faire naître des vocations d’infirmier·e ou de soignant·e par exemple. L’effet est négatif quand il remet en cause un projet préexistant et qu’il créé une incapacité à se projeter dans l’avenir. Lorsqu’on évolue dans un cadre, on définit le but de sa vie avec des repères, en fonction de notre vision de nous-même et de nos valeurs. La pandémie peut avoir fragilisé ce cadre ou l’avoir modifié, ce qui peut amener à tout remettre en question.

Qui sont les jeunes pour lesquels cela pourrait être le plus difficile?

Comme dans la population en général, les individus qui ont une vulnérabilité pré-existante sont ceux qui risquent de développer une psychose s’ils sont exposés à un stress important. Un ensemble de symptômes risqueront alors de se manifester comme des délires ou hallucinations.

S’il y a souffrance, il faut trouver de l’aide.

Quel rôle ont joué les réseaux sociaux dans le confinement chez les jeunes adultes?

Les études montrent que les réseaux sociaux ont permis aux jeunes de rester connecté·e·s à leurs familles, plus qu’avec leurs ami·e·s. Ce contact semble les avoir beaucoup aidé·e·s.

Que reste-t-il à mettre en place pour venir en aide à celles et ceux qui souffrent?

La Fondation FondaMental travaille sur une plateforme interactive qui permettra aux patient·e·s de s’autotester pour mieux les orienter. S’il y a souffrance, il faut trouver de l’aide, malgré les peurs encore associées au monde de la psychiatrie. Nous avons également besoin de meilleures structures pour accueillir les patient·e·s, mais ça vient tout doucement.

Propos recueillis par Margot Cherrid


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