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Pourquoi le confinement laisse libre cours à la grossophobie 

Conseils pour maigrir, montages avant-après, régimes spéciaux… En pleine épidémie mondiale, certaines personnes ont autant peur de grossir pendant le confinement que d’attraper le virus. Pour les activistes anti-grossophobie, il est surtout temps de peser le poids des mots. 
© Instagram/axellemnn
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Vous avez peut-être vu passer ces mèmes sur les réseaux sociaux. Avant le confinement, une femme mince examine le contenu de son frigo dans une pose de pin-up. Après le confinement, elle est toujours derrière le frigidaire, mais cette fois, elle est grosse. Derrière leur écran, beaucoup de personnes se moquent des gros·se·s pour extérioriser leur peur ou dégoût à l’idée de prendre du poids à la maison. Une grossophobie sans gêne, dénoncée par l’activiste et créatrice de mode Gaëlle Prudencio sur son blog et sur InstagramNotre société a intégré l’idée qu’une personne est grosse parce qu’elle mange à longueur de journée et qu’elle ne fait aucun effort, explique-t-elle. Alors que c’est complètement faux, la prise de poids est multifactorielle. Et d’ajouter: “L’imaginaire collectif associe le surpoids à la paresse, à l’égoïsme. Les gens normés ont peur de devenir gros et d’être à leur tour stigmatisés.” 

C’est vraiment caricatural”, approuve Axelle Minne. Artiste et directrice artistique culinaire à Bruxelles, elle a également pointé du doigt cette grossophobie ambiante sur Instagram. Ce qui est ancré dans notre inconscient, c’est qu’être gros·se c’est anormal, c’est moche, que les gens gros sont avachis, et pas intelligents, poursuit-elle. On joue sur ces clichés depuis longtemps, on prône la culture des régimes. Derrière ce discours, il y a un message capitaliste et patriarcal.” 

 

 
 
 
 
 
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Avant la quarantaine / Après la quarantaine. Apparemment, l’épreuve que nous sommes en train de vivre collectivement ne fait toujours pas tomber le franc chez certain•e•s. Je ne sais pas comment j’arrive encore à être sidérée par celleux qui exposent aussi publiquement des propos d’une bêtise et d’une ignorance si crasses sur les corps non-normés. Votre peur de devenir gros•ses indique que vous savez quand même bien une chose : à quel point ces corps sont moqués, détestés et maltraités. Et plutôt que de rendre cette société plus inclusive et gaie pour tous•tes, vous préférez mépriser. Putain, message vraiment bien reçu. #rasmongroscul

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Soumis à cette logique commerciale de la minceur, certains magazines féminins n’ont d’ailleurs pas perdu leurs mauvaises habitudes. “Comment ne pas prendre 3 kilos en confinement”, titre l’un. “8 conseils pour affiner sa silhouette de chez soi”, renchérit un autre. Dans ces articles, on ressent une volonté de culpabiliser les femmes, il ne faut pas oublier qu’elles sont les plus touchées par les diktats sexistes de la beauté, note Gaëlle Prudencio. Faire du sport par exemple, ce n’est pas que pour maigrir. C’est aussi pour se sentir bien. Et en ce moment, on fait comme on peut.” Mais dans ce climat anxiogène, et alors que l’obésité est un facteur de risque dans les complications liées au Covid-19, il reste difficile de mettre ses inquiétudes de côté. Surtout lorsqu’on bataille contre son corps ou que l’on souffre de troubles du comportement alimentaire (TCA). Dans ce rapport avec le poids et la silhouette, il y a une dissonance cognitive. D’un côté, je sais parfaitement qu’on vit dans une société grossophobe, reconnaît Mathilde, restauratrice à Paris. Moi-même en tant que femme bisexuelle, je désire aussi des femmes grosses, preuve que je sais que la séduction physique n’est pas en corrélation avec le poids. D’un autre côté, je culpabilise à l’idée de prendre du poids et d’être moins tonique. Donc à l’annonce du confinement dans mon studio de 13m2, j’ai flippé à l’idée de prendre beaucoup de poids.” 

En quarantaine avec ses parents à Reims, Cécile s’est quant à elle déjà pesée deux fois depuis le début de son enfermement. Une première depuis un an. Je n’ai pas de balance chez moi, je ne me pèse jamais, je m’en fiche un peu tant que je me sens bien. Mais ne pas pouvoir bouger ça me stresse, d’habitude je marche, je fais de la rando. Donc j’ai peur de redevenir molle”, confie-t-elle. Ces petits kilos “en plus” pèsent lourd sur la conscience des personnes âgées, plus fragiles face au virus. Martine, grand-mère fringante de 73 ans, a lutté toute sa vie pour rester svelte. J’ai fait tous les régimes qui existent. Depuis quelques temps j’avais opté pour une alimentation plus équilibrée, et beaucoup de marche. J’ai perdu 6 kilos en sept mois mais j’en ai encore autant à perdre. Et depuis le confinement, pas un gramme de perdu”, s’inquiète-t-elle. Pourtant, minceur ne rime pas toujours avec bonne santé ou bonnes habitudes alimentaires. Ce qui se joue entre les lignes, c’est bien souvent son reflet dans le miroir, et l’angoisse du “bikini body” à l’arrivée de l’été. 

 

 
 
 
 
 
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« Faire de son mieux et profiter du moment présent. » Sur le blog, je reviens sur la semaine qui vient de s’écouler et sur la façon dont je gère mes troubles du comportement alimentaire (TCA) durant cette période. ___ J’y parle aussi de la grossophobie décomplexée que j’ai pu lire sur les réseaux sociaux ces derniers temps. Sachez que ce qui importe en ce moment ce n’est pas votre apparence physique mais que vous restiez chez vous. Votre bikini body est le cadet de nos soucis. C’est assez intéressant de noter à quel point les gens ont plus peur de devenir gros durant cette période que de mourir d’une pandémie. Come on people ! ___ Tout ce qui importe est que vous restiez chez vous. ___ Mon billet est sur www.gaelleprudencio.com 😌 (Lien direct dans mon profil). ___ 📷 @capucinedechocqueuse 💄 @nallahsangare 👌 ___ #GaellePrudencio #FrenchCurves #BodyPositive

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La minceur associée à la santé, c’est un discours relayé par le corps médical, rappelle Axelle Minne. Ce même fil narratif prétend que si on est gros·se c’est qu’on ne mange que de la junk food. Alors que certain·e·s de mes potes minces sont sûrement en moins bonne santé que moi.” Pour Gaëlle Prudencio, “le body positive c’est essayer de se libérer mentalement des injonctions par rapport au poids, et à l’image. Peut-être qu’on a besoin de profiter de cette phase pour nous questionner sur l’importance qu’on accorde au corps et l’idée qu’on se fait de la beauté. Manger, ça devrait être un plaisir.” En ces temps incertains, la nourriture reste donc un refuge, un espace que l’on peut encore contrôler, que ce soit pour cuisiner des mets exquis, s’empiffrer de cookies ou bien compter ses calories. Il est difficile d’avoir un rapport apaisé à l’alimentation, note Axelle Minne. Il faut se déconstruire pour avoir une vision féministe du poids. On est tou·te·s dans le même bateau.” Mais à plus d’un mètre de distance s’il vous plaît. 

Bruna Fernandez 


2. Les stratégies déployées par les femmes pour se sentir en sécurité dans la rue la nuit

Si vous ne deviez voir qu’une seule vidéo aujourd’hui, ce serait celle de Brut dans laquelle des femmes du monde entier expliquent les stratégies qu’elles mettent en place pour se sentir en sécurité lorsqu’elles rentrent chez elles tard le soir. 
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3. Quelles sont les réactions des femmes face au sexisme?

On a lu pour vous cet article de The Conversation sur la façon dont les femmes réagissent face au sexisme et on vous le conseille fortement. 
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