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Si on profitait du confinement pour faire de nos mecs des pros du féminisme?

Enfermées avec leurs compagnons, de nombreuses jeunes femmes hétérosexuelles entendent bien profiter de la situation pour former leur moitié aux rudiments du féminisme. 
Cameron Diaz dans “Bad Teacher”, DR
Cameron Diaz dans “Bad Teacher”, DR

Cameron Diaz dans “Bad Teacher”, DR


Il va enfin se rendre compte que la cuvette des toilettes ne se récure pas toute seule!” Depuis mardi, Marion, 27 ans est confinée dans son petit deux pièces parisien. Avec son mec. L’occasion pour la jeune femme de remettre les pendules à l’heure concernant les tâches ménagères. “En temps normal, je rentre une heure plus tôt que lui à la maison, explique Marion, du coup la semaine, c’est moi qui prépare le diner, lance les machines ou passe un coup de balai dans l’appart. Lui se contente de faire la vaisselle de temps en temps ou de faire les courses le week-end en pensant qu’il fait sa part. J’ai beau lui expliquer le contraire, il ne se rend pas compte de toutes les tâches que j’accomplis en plus car il ne les voit pas. Littéralement. Ça cause pas mal de tensions dans notre couple, confie la jeune femme qui espère que le confinement ouvrira les yeux à son copain et leur permettra de mettre en place un système plus égalitaire. 

 

Le confinement, un révélateur 

Comme elle, plusieurs jeunes femmes hétérosexuelles confinées avec leur compagnon ont témoigné leur envie de faire bon usage de cette période si particulière pour sensibiliser leur copain aux problématiques féministes comme la charge mentale, la culture du viol ou le male gaze. Rien d’étonnant pour la journaliste et autrice féministe Clarence Edgard-Rosa pour qui le confinement agit comme un révélateur: “On peut s’apercevoir assez vite que certaines choses qu’on arrivait à tolérer à l’air libre comme les chaussettes qui traînent, les blagues graveleuses, l’hésitation à se positionner sur Polanski, l’usage de l’expression ‘fils de pute’, l’enthousiasme pour des films qui ne passent pas le test de Bechdel, peuvent devenir insupportables une fois l’un sur l’autre sans contact physique avec l’extérieur et sans réel espace à soi.

Plutôt que de se laisser abattre, certaines se lancent donc dans de véritables masterclass féministes, à l’image de Cécile qui n’hésite pas depuis ces derniers jours à éduquer son copain notamment sur les questions de culture du viol, de harcèlement de rue ou de sexisme intégré: “D’habitude, lorsque j’aborde ces sujets là, il tend l’oreille deux minutes puis est vite distrait, et je me retrouve à parler dans le vide, raconte cette architecte de 35 ans. Résultat, les conversations n’ont pas le temps de se développer, on reste en surface, et ça me frustre terriblement car ce sont des combats qui m’animent au quotidien. Là, nous avons beaucoup plus de temps pour aborder en profondeur ces thématiques.

 

Un Feminist Camp à la maison

On rappelle qu’il n’y a aucune injonction pour les féministes à éduquer qui que ce soit. La pédagogie demande une dépense de ressources, de temps et d’énergie qui peuvent mener au fameux burn-out militant. Ceci étant dit, le confinement peut être le bon moment pour aborder, dans l’intimité et avec des personnes chères, des sujets qui nous tiennent à coeur. 

Ce confinement, c’est un moment où l’on n’a d’autre choix que de se focaliser sur ce qui compte vraiment et de mettre à plat nos valeurs et nos aspirations, assure Clarence Edgard-Rosa. mais c’est un coup de poker! Ça peut permettre une prise de conscience authentique et resserrer les liens autour de valeurs fondamentales… mais ça peut aussi révéler des incompatibilités profondes, durablement gonfler l’autre ou créer un agacement s’il est vraiment réfractaire à vos idées!, prévient-elle en conseillant d’entamer la discussion en pointant du doigts les inégalités sociales et genrées révélées par cette crise, des caissières en première ligne aux parents de famille monoparentale qui sont majoritairement des femmes, en passant par les couples hétéros où ces dernières se retrouvent souvent à gérer le foyer pendant que l’homme télétravaille.

 

Female gaze et porno féministe

En pleine campagne de crowdfunding pour financer Gaze, une revue féministe mettant en avant le female gaze, Clarence Edgard-Rosa rappelle aussi que la pop culture, les films, les séries ou les livres sont de bonnes manières de lancer un débat, “en posant des questions pour aiguiller le regard de l’autre: t’as remarqué qu’il n’y avait qu’une femme dans ce film et qu’elle était juste là pour galocher le héros à la fin? Tu trouves pas ça bizarre que tous les personnages masculins dans cette série soient des clichés de virilité à l’ancienne?

Une stratégie adoptée par Sarah, 26 ans, qui a déjà mis son mec à la lecture du très à-propos Chez soi de Mona Chollet, dans l’espoir qu’il enchaîne ensuite avec Beauté fatale et Sorcières. “Et ce n’est pas tout! Pour se divertir pendant le confinement, on va piocher dans le livre d’Iris Brey pour ne regarder que des oeuvres avec un female gaze, explique cette étudiante en sciences sociales. Et comme je suis perfectionniste, c’est valable aussi pour le porno. Pas question de profiter des réducs sur Pornhub et compagnie, ce sera du X féministe ou rien. Le défi sera de prolonger tout ça une fois le confinement terminé mais j’ai bon espoir.

Audrey Renault


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