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Méditation et yoga en confinement: comment les femmes renouent avec leur corps (et leur plaisir)

L’anxiété et le stress générés par la quarantaine font le succès des cours de yoga et des sessions de méditation en ligne. Des pratiques apaisantes qui, pour de nombreuses femmes, sont aussi l’occasion de repenser leur rapport au corps.
Instagram/©lilybarbery
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La méditation, je n’en faisais pas avant. J’ai voulu commencer au début de la crise du Coronavirus, à cause de l’incertitude de l’avenir et le stress que cela engendrait, confie Anouk, 22 ans. Confinée avec sa famille, cette adepte de yoga Iyengar -une méthode douce qui permet de réaligner son corps- n’a d’ailleurs jamais autant exercé ses poses que depuis le début de la quarantaine. Et elle n’est pas la seule, à en croire la popularité grandissante de ces différentes pratiques aux vertus déstressantes. Sur Instagram, Lili Barbery-Coulon propose depuis le 15 mars des méditations quotidiennes en direct à 18 heures, attirant à chaque fois plusieurs milliers d’initié·e·s ou de simples curieux·ses (principalement des femmes, mais aussi, et de plus en plus, des hommes, note-t-elle). “Je suis frappée par le nombre de nouveaux abonné·e·s qui m’avouent n’avoir jamais médité avant l’épreuve du confinement. Beaucoup sont devenu·e·s accros”, observe cette professeure de Kundalini yoga (discipline qui mêle mouvements, respirations et chants de mantras, et vise l’union entre le corps et l’esprit). 

Sur YouTube, Adriene Mishler, derrière la chaîne “Yoga with Adriene” (6,8 millions d’abonné·e·s), a quant à elle constitué une playlist spéciale confinement, baptisée Yoga for uncertain times. Toutes les angoisses du moment y sont traitées: solitude, insécurité, sautes d’humeur… Elle y dévoile même des poses de yoga “pour après le désastre”. “Les catastrophes échappent à notre contrôle mais ce sur quoi nous avons bien le contrôle est comment nous y faisons face”, affirme-t-elle en introduction de la vidéo.

 

Redécouvrir son corps (et son plaisir)

Pour Lili Barbery-Coulon, cet engouement trouve sa source dans le bouleversement de nos repères et de notre rapport au temps. “Nous ne vivons pas tous ce confinement de la même façon -certain·e·s sont obligé·e·s d’aller travailler, d’autres sont installé·e·s à la campagne alors que certain·e·s ont des chambres de bonne en ville-, mais nous expérimentons tous un ralentissement global: le silence dans les villes, le ralentissement de l’économie… Je perçois cette obligation à rester chez soi comme une invitation à rester ‘en soi’, à nous connecter avec des parties de nous que nous avions mises de côté”, analyse-t-elle en citant la formule dédiée: “Stay inside, go within.” “Avant, ma pratique du yoga s’inscrivait dans un temps donné entre deux activités, dans un emploi du temps bien chargé, témoigne dans ce sens Laureline, 22 ans. En confinement, je prends le temps d’écouter mon corps.

Certaines femmes tirent également profit des techniques de méditation pour explorer d’autres voies du plaisir. Initiation à la méditation orgasmique (une pratique qui consiste à se faire caresser le clitoris par un·e partenaire pendant quinze minutes, en “pleine conscience”), méditation des caresses (pour aiguiser la perception de son corps et de ses désirs) ou encore exploration de “la connexion à soi et à l’autre”: sur Zoom, les ateliers d’Emmanuelle Duchesne, autrice de 50 exercices de slow sex et sex méditation, attirent plein de nouvelles personnes en ce moment, se réjouit-elle. Le confinement, qui rime avec davantage de disponibilité, nous ouvre à ce que nous pouvons faire différemment. Pour Célia, 25 ans, la méditation orgasmique -à laquelle elle s’adonne régulièrement avec ses ami·e·s confiné·e·s avec elle- trouve tout son sens dans cette période anxiogène: “C’est un retour à soi, un moyen de lâcher prise et de rester en connexion avec l’autre. Cela touche à notre vulnérabilité et notre sensibilité.

 

“S’aimer un peu plus”

Le yoga et la méditation peuvent aussi nourrir l’acceptation de soi et aider les femmes à se réapproprier leur corps, en nouant une relation plus authentique avec celui-ci. “Le yoga m’aide dans mon cheminement body positive, déclare ainsi Laureline. Cela me permet de me reconnecter à mon corps, de le ressentir pleinement, de sorte à mieux vivre dedans, et donc de l’accepter, de l’aimer et d’en être fière”… Sauf quand les cours de yoga ressemblent à une séance de fitness où l’on retrouve tous les canons de beauté du sport, avec des filles minces et sexy en tenue moulante”, soupire-t-elle. “Tout l’enjeu du yoga est l’accueil de ce qui est. Tout ce qu’on fait, c’est enlever les masques, les conditionnements et les croyances individuelles ou collectives qui limitaient notre capacité à agir”, rappelle à ce titre Lili Barbery-Coulon, pour qui cette discipline est “tout sauf un outil de performance”. 

Comme pour toutes les activités possibles pendant la quarantaine, la méditation et le yoga n’échappent pas aux multiples injonctions -au bonheur, au corps idéal, à la productivité, etc.- qui pèsent particulièrement sur les femmes. Il est important de ne pas se sentir obligé·e, souligne Anna Gladkoff, qui cultive un yoga fun et sans prise de tête. En confinement, cette prof de yoga diffuse de petits tutoriels rigolos et hyper détente sur Instagram et des pratiques plus longues sur YouTube, toujours avec bienveillance. “La pression à la productivité génère souvent de la culpabilité et de l’angoisse. Se reconnecter à soi, ce n’est pas forcément être ultra efficace pour façonner une meilleure version de soi-même. Ça peut aussi être d’accepter la façon dont le corps vit ces événements si particuliers et sans précédent, parfois dans la joie et la créativité, parfois dans l’anxiété”, estime-t-elle. 

 

 
 
 
 
 
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#ConfinésMaisCosy pour encore un petit moment on dirait ! Alors profitons-en ! Today, un twist tout simple, encore plus doux avec plein d’accessoires 💕. Laissez la respiration s’allonger, et le corps « s’essorer » comme un torchon ! Restez-y autant de temps que c’est agréable 🙏🏻. La musique (si elle survit au robot Instagram) : 🎧 Ekki Hugsa – Òlafur Arnalds Demain, une lonnnngue pratique sur donation sera sur ma chaîne YouTube ! En tout cas si j’y arrive 😏. Et pour la semaine prochaine on m’a demandé du Hatha, du Vinyasa, du Restorative… mais peut-être que je ferai du tricot 😎🧶. Bisouuus

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Peut-être même que cette période inédite, qui pourrait être l’occasion pour les femmes clouées chez elles de se libérer des diktats esthétiques sexistes, fera évoluer les pratiques du yoga, se prend-elle à espérer: “En ce moment, confinées à la maison, les femmes peuvent pratiquer comme elles le souhaitent, mettre la musique trop fort, balancer les brassières trop serrées et les leggings trop moulants, se libérer de la peur du regard des autres ou du jugement. On peut bouger, respirer, transpirer ou juste faire la sieste sur son tapis pour le plaisir de s’occuper de soi et s’aimer un peu plus!

Sophie Kloetzli


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