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Le confinement, ou l’occasion rêvée de se défaire des injonctions au couple

Décider d’être seul·e, que ce soit temporaire, après une rupture, ou par choix de vie, va souvent de pair avec des remarques de son entourage. Confinement oblige, ces injonctions au couple sont mises sur pause -pour le plus grand bonheur des célibataires sans enfants. 
“How to be single” © Warner Bros
“How to be single” © Warner Bros

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C’est la rupture rêvée, assure Adèle, 24 ans. Mi-mars, après deux ans de relation, sans vraiment être en couple mais en étant bien plus que sexfriends, sa relation prend brutalement fin: l’homme qu’elle fréquente a rencontré quelqu’un d’autre. Elle est effondrée. Mais ce même jour, sur les coups de 20 heures, Emmanuel Macron annonce que la France doit se confiner pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. 

 

Pas de pression pour rencontrer quelqu’un 

Contre toute attente, l’étudiante en droit y voit un avantage majeur: elle n’aura pas à se forcer à rencontrer quelqu’un d’autre. Je sais que si nous n’étions pas confiné·e·s, mes amies m’auraient mis la pression pour sortir, et dès qu’un mec m’aurait plu, elles m’auraient jetée dans ses bras, raconte-t-elle. Là, je suis libre de prendre le temps d’être triste, de n’avoir envie de rien, et on ne me le reprochera pas.Un temps suspendu pour encaisser le changement, et trouver un nouvel équilibre de vie, sans avoir à passer par des rues qui évoquent des souvenirs douloureux, ni à voir des couples heureux qui te font te sentir encore plus seule, mais aussi et surtout loin des injonctions au couple -ou du moins, à la rencontre amoureuse- que peuvent subir les personnes qui choisissent le célibat.

Même si les dernières décennies ont été marquées par destransformations de la vie affective, telles que la diversification des formes d’union, le renouvellement des partenaires et la diffusion de la vie hors couple, comme le relatent les sociologues Marie Bergström, Françoise Courtel et Géraldine Vivier dans l’étude La Vie hors couple, une vie hors norme?, parue en 2019, le couple reste la porte d’accès privilégiée à la parentalité et se trouve fortement associé aux idéaux contemporains du bonheur et de l’épanouissement personnel. Conséquence: le célibat, subi ou choisi, n’est pas censé durer. Outre le côté pernicieux, où tu te dis qu’au moins, l’autre ne pourra pas enchaîner les conquêtes, plaisante Adèle, vivre une rupture en période de confinement te donne l’occasion de te retrouver toi-même et de ne pas te forcer à rencontrer quelqu’un d’autre. Je me rends notamment compte que, même si j’aspire à l’être, je n’ai pas besoin d’être en couple pour être entière et me sentir bien.

 

Un temps pour se retrouver et s’épanouir soi-même

Avoir le temps de se découvrir soi-même, sans avoir de compte à rendre, permet d’observer qu’on est capable d’épanouissement, de créativité, d’autonomie et d’auto-érotisme, analyse Catherine Blanc, psychanalyste et sexologue. On estime encore aujourd’hui que le pouvoir de l’individu réside dans sa sexualité, qui doit forcément se vivre à deux, et souvent en couple. Il y a des injonctions très fortes au bonheur -tel que la société nous l’autorise, c’est-à-dire marié·e et avec des enfants. Or, en ce moment, beaucoup de personnes peuvent se rendre compte que tout ce qu’elles croyaient désirer n’était pas guidé par leur sentiment personnel, mais davantage par les attentes de la société et des autres.Le confinement est donc, selon la psychanalyste, l’occasion idéale pour sortir d’une relation toxique -que ce soit avec un partenaire, des proches ou même certaines injonctions de la société.Je me rends compte qu’à chaque fois, après une rupture, je me forçais à rencontrer des hommes, puisqu’on nous dit que c’est le seul moyen d’oublier quelqu’un, approuve Adèle. Pourtant, je n’ai absolument pas de désir sexuel dans ces moments-là, ou alors, je projette des souvenirs sur les personnes avec lesquelles je couche. En ce moment, avec le confinement, je peux prendre mon temps, me réapproprier mes fantasmes et envies.” 

 

 

Suivre ses propres envies et se connaître soi-même, c’est ce qui a poussé Nicky à être célibataire par choix et assumée depuis mi-janvier.J’ai essayé deux applications de rencontre en début d’année, eu quelques dates, mais je me suis rendu compte que je me forçais. Pour l’instant, je suis vraiment mieux seule.Si elle a souvent exprimé ce désir de liberté et d’indépendance, affirmant sa volonté d’être seule, les réflexions de son entourage allaient bon train.Rien de méchant, assure-t-elle, mais des petites phrases prouvant qu’être célibataire est rarement vu comme un choix serein et heureux. Les expressions péjoratives de ‘vieux garçon’ ou de ‘vieille fille’ ne sont plus d’usage, mais les stéréotypes qui leur sont associés entachent la vie hors couple, notamment lorsqu’elle se prolonge, indiquent encore les autrices de La Vie hors couple, une vie hors norme? Tout se passe comme si le bonheur ou le bien-être dans la vie célibataire n’était pas vraiment crédible.Le confinement devient alors l’occasion d’éprouver ce mode de vie loin du regard des autres et de la pression qui en découle. De ce point de vue, la situation me rend on ne peut plus heureuse, assure Nicky. Vu que je reste chez moi, je ne me mets plus la pression en mode ‘il faut que je ressemble à une personne civilisée.’ J’organise mes journées comme je veux, sans avoir à prendre en compte quelqu’un qui aimerait bien autre chose à la place, et c’est profondément libérateur.

Noémie Leclercq


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