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Le confinement exacerbe les violences conjugales et complique leur prise en charge

Pour les femmes “coincées” avec un conjoint violent, la quarantaine a tout d’un dangereux piège. Cette période inédite risque en effet d’attiser les accès de colère tout en réduisant les issues de secours des victimes.
Instagram/@collages_feminicides_paris
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Les violences faites aux femmes, conséquence collatérale du nouveau coronavirus? “Être confinée chez soi avec un homme violent est dangereux. Il est déconseillé de sortir. Il n’est pas interdit de fuir”, a alerté le collectif Nous Toutes sur ses réseaux sociaux le 13 mars, quelques jours avant que la France entre en quarantaine. “La période de crise que nous connaissons et le confinement à domicile peuvent hélas générer un terreau propice aux violences conjugales”, a renchéri Marlène Schiappa quelques jours plus tard sur Twitter en annonçant la mise en place d’un “plan de continuité” pour protéger les victimes de violences conjugales.

 

 

Et pour cause: tout dans cette période de tension et de stress semble aller dans le sens des agresseurs. “Le confinement renforce leurs stratégies, qui sont toujours les mêmes. La séquestration est d’ailleurs l’une des formes que peuvent prendre les violences conjugales, souligne Louise Delavier, responsable des programmes et de la communication d’En avant toute(s), une association qui œuvre pour l’égalité des genres et la fin des violences faites aux femmes. “Il y a tout d’abord le fait d’isoler la victime pour qu’elle ne puisse pas trouver de l’aide, explique-t-elle. La dévalorisation ensuite -‘t’es trop nulle, tu t’habilles mal, etc.’- qui, en l’absence de témoins, favorise l’impunité de l’agresseur. L’inversion de la culpabilité, aussi: en général, celui-ci rejette la faute sur sa conjointe. Dans le contexte actuel, il pourra dire qu’il a pété les plombs à cause du confinement. Et enfin l’instauration d’un climat de peur, et quoi de mieux pour cela qu’un contexte où le gouvernement nous interdit de sortir de chez nous?

 

“Ne pas hésiter à braver les consignes”

Une situation d’autant plus préoccupante que la prise en charge des victimes sera forcément un peu chamboulée par le confinement généralisé. Les centres d’hébergement d’urgence, notamment, accueillent encore des femmes, mais sont parfois “saturés” à en croire Marie Cervetti, directrice de l’association “FIT – Une femme, Un toit” interrogée par France Inter. “Certaines filles se retrouvent à deux dans une chambre de 26 m2, ce n’est pas l’idéal pendant un confinement.

Les numéros d’urgence ont eux aussi connu une baisse de régime, avec une centaine d’appels quotidiens contre 400 en temps normal depuis le début du confinement. Après avoir déclaré dans un premier temps que “l’activité du numéro 3919 sera maintenue mais réduite cette semaine pour protéger au mieux les écoutantes du virus et respecter les consignes”, le Secrétariat d’État chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes a annoncé le 19 mars que les écoutantes du 3919 confinées allaient se voir attribuer un téléphone portable et du matériel informatique pour être disponibles à distance. La plateforme “Arrêtons les violences” est pour sa part toujours active, de même que le 17 (police), “à privilégier en cas d’urgence”. “Passer un coup de fil quand on est confinée dans un appart, c’est souvent difficile, fait toutefois remarquer Louise Delavier. Je conseille aux femmes concernées d’utiliser plutôt l’écrit pour s’en sortir, c’est plus discret.” Elle mentionne alors le chat de l’association, destiné aux femmes victimes de violences, resté ouvert, ainsi que le service de messagerie instantanée de la police.

 

 
 
 
 
 
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Stop feminicide. Nous ne sortons plus coller mais nous n’arrêtons pas de militer. Il est temps de recouvrir nos fenêtres.

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Il ne faut pas que les victimes hésitent à braver les consignes si nécessaire, ajoute-t-elle. Nos rôles sociaux de genre nous poussent à obéir aux règles, être prudentes et porter la responsabilité collective. Mais si la situation dégénère, il ne faut pas hésiter à sortir et aller demander de l’aide.” Charge aussi aux voisin·e·s, en cas de suspicion de violences, d’appeler la police.

 

Des tribunaux au ralenti

Le confinement risque également de compliquer l’accès aux avocat·e·s, disponibles uniquement par téléphone, alors que les victimes “nécessitent un vrai accompagnement, et un soutien psychologique et juridique”, fait remarquer l’avocate Carine Durrieu Diebolt. Quant aux procédures de constatations médicales des blessures, “elles sont maintenues, mais ça pourrait être compliqué vu le débordement des hôpitaux”.

Du côté des tribunaux, seuls les services assurant le traitement des “contentieux essentiels”, dont font partie les affaires de violences conjugales, seront maintenus, y compris pour les ordonnances de protection, a indiqué le secrétariat d’État, précisant que “l’éviction du conjoint violent doit être la règle”, même en temps de confinement. “Les audiences ne sont maintenues que lorsque le prévenu est en détention provisoire; pour les autres, c’est reporté”, précise Carine Durrieu Diebolt.

En somme, seuls les cas les plus urgents seront traités dans l’immédiat. “Si les faits sont flagrants, comme une dispute qui vire au drame, il y a plus de chances pour que la police réagisse, estime Marion Ménage, avocate au barreau de Pontoise. La possibilité de l’incarcération est toujours possible dans des cas gravissimes. S’il s’agit au contraire de violences sourdes, comme du harcèlement psychologique ou des blessures légères, je ne suis pas sûre que les victimes trouvent une oreille attentive dans les commissariats en ce moment. Il va falloir tenir le coup pendant le confinement…

Sophie Kloetzli


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