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Avec son livre, la journaliste Clarence Edgard-Rosa encourage les femmes à explorer elles-mêmes leur sexe

Dans son nouvel ouvrage intitulé Connais-toi toi-même, la journaliste et autrice Clarence Edgard-Rosa, 30 ans, invite les femmes à explorer leur sexe et les guide avec bienveillance dans cette découverte. 
© Suzie Q
© Suzie Q

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Revenir aux basiques, c’était l’idée de la journaliste et autrice Clarence Edgard-Rosa. Cette spécialiste des féminismes et des questions de sexualité et de genre, rédactrice en chef du digital au magazine féminin Marie Claire, atteint avec brio son objectif avec son nouvel ouvrage intitulé Connais-toi toi-même, un “guide d’auto-exploration du sexe féminin”, en librairies depuis le 9 mai dernier. Vulve, vagin, col de l’utérus, clitoris, point G, périnée ou ovaires, aucune partie anatomique du corps des femmes n’est négligée. Rendant hommage au mouvement self help des années 70 aux États-Unis, ce livre nous ouvre la voie de l’auto-découverte de son corps avec simplicité et enthousiasme et nous guide dans cette excitante aventure à l’aide de plusieurs illustrations schématiques aussi élégantes qu’explicites signées par la dessinatrice Suzie Q. On a posé quelques questions à Clarence Edgar-Rosa pour en savoir davantage sur sa démarche. 

 

Qu’est-ce qui t’a poussée à réaliser ce guide d’auto-exploration du sexe féminin? 

Je suis très intéressée par tout ce qui touche à l’intime, ce sont des terrains d’émancipation primordiaux selon moi. Je me suis intéressée au self help à la suite d’un festival féministe. Je trouve cette bataille de l’intime passionnante et je suis atterrée par la méconnaissance des femmes de leur corps. On a peu de chiffres sur le sujet, mais ceux qu’on a sont terrifiants: 80% des jeunes filles de 15 ans ne savent pas à quoi sert le clitoris et à l’âge adulte, 48% des femmes ne savent toujours pas. Je n’arrive pas à me résoudre à l’idée que ma génération et celles qui arrivent aient un niveau de connaissance si faible de leur corps. Je n’ai pas voulu faire un manuel de SVT, ni un bouquin sur la masturbation, mais j’ai voulu rendre hommage à ces femmes qui ont milité dans les années 70 et ont fait en sorte que les savoirs médicaux soient à la portée de toutes. J’ai également une grande appétence pour les fanzines et la culture punk des années 90 qui a été une période très riche pour le self help et l’auto-exploration et on retrouve toutes ces influences dans mon guide. 

Clarence Edgard-Rosa, DR

Peux-tu nous expliquer ce qu’est le self help? 

C’est un mouvement né dans les années 70 aux États-Unis, qui s’est rapidement exporté en Europe. Il a été initié par des professionnel·le·s de la santé et des féministes. L’idée, c’était de diffuser le savoir sur l’anatomie au plus grand nombre de femmes possible. Au sein de groupes de paroles, des féministes recevaient des sage-femmes et des médecins qui venaient leur transmettre des savoirs, ensuite ces femmes transmettaient elles-mêmes à d’autres, etc. Et puis, il y a aussi eu des livres comme Our Bodies, Ourselves et New View of The Woman’s Body qui ont participé de ce mouvement. 

Par le biais de l’auto-exploration, on apprend à connaître son corps et par conséquent, à être actrice de sa santé sexuelle.

Qu’est-ce que l’auto-exploration de son sexe peut apporter aux femmes? 

Le savoir, c’est le pouvoir! Par le biais de l’auto-exploration, on apprend à connaître son corps et par conséquent, à être actrice de sa santé sexuelle, à avoir une sexualité basée sur des choix et son plaisir. On n’est pas tributaire des médecins et des partenaires sexuel·le·s, au contraire, on maîtrise la relation à son corps. 

As-tu déjà participé à un atelier d’auto-exploration?  

J’ai déjà participé à un atelier self help dans un festival féministe il y a environ trois ans. Au début, tout le monde était plutôt perplexe, car le côté collectif est un peu curieux. Finalement, j’ai trouvé ce moment incroyable car il n’y avait que des personnes bienveillantes les unes envers les autres. Une sage-femme a animé l’atelier, on a commencé par un historique de la méconnaissance du corps féminin, puis poursuivi avec un cours sur l’anatomie avec des schémas et ensuite, un petit speech sur le cycle menstruel. Enfin, on est passées à l’observation, chacune dans son coin avec sa lampe de poche et son miroir. 

© Suzie Q

En quoi cette démarche est-elle féministe? 

Je n’invite pas forcément tout le monde à faire des ateliers d’auto-exploration collectifs mais c’est intéressant de savoir que ça existe. Se connaître soi, savoir comment son cycle et son corps fonctionnent, quels organes servent à quoi et où ils sont placés, c’est une démarche très féministe. C’est un savoir qu’on a nous a longtemps nié et se l’approprier, c’est politique. Au XVème siècle, le clitoris a été cartographié. Puis, ce savoir-là a été purement et simplement éliminé des manuels, des livres, de la littérature scientifique parce qu’il était gênant politiquement parlant. Trois siècles plus tard, des médecins ont pratiqué des excisions pour soigner l’hystérie chez certaines femmes, tandis que d’autres proposaient des séances de masturbation médicalisées pour la même raison: c’est fou! Ne pas dépendre des autres, détenir le savoir, c’est féministe selon moi. 

Le savoir empirique qu’ont les femmes de leur corps est aussi important que celui des médecins.

Certain·e·s critiquent l’auto-exploration au motif que c’est une façon dangereuse de se substituer à la médecine, que leur réponds-tu? 

J’ai justement écrit très clairement dans le livre que c’est très important de rappeler que l’auto-exploration n’a pas vocation à se substituer à la médecine. En revanche, être à même de repérer les symptômes d’un dysfonctionnement parce que l’on sait à quoi ressemble cette partie de notre corps en temps normal, et prendre la décision d’aller voir un professionnel·le de santé, c’est primordial. Le savoir empirique qu’ont les femmes de leur corps est aussi important que celui des médecins. Leurs sensations, leurs ressentis permettent souvent de meilleurs diagnostics en cas de souci.

La journaliste Clarence Edgar-Rosa encourage les femmes à explorer elles-mêmes leur sexe

© Suzie Q

Que dirais-tu aux femmes qui hésitent encore à s’acheter un spéculum à la pharmacie pour examiner leur col de l’utérus? 

Ce n’est pas une démarche anodine pour la plupart d’entre nous, donc je peux comprendre qu’elles ne le fassent pas et je ne leur dirai pas de le faire car je ne veux pas rajouter une injonction à toutes celles qui existent déjà. Cela dit, prendre un miroir et regarder à quoi notre sexe ressemble, c’est simple et très important selon moi. 

Propos recueillis par Julia Tissier


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