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Coucou les Girls: Juliette Katz, l'influenceuse qui vous veut (vraiment) du bien

Youtubeuse, autrice et actrice, Juliette Katz alias Coucou Les Girls revient aujourd’hui à ses premières amours: la musique. Avec le titre J’ai peur, elle fait part en toute transparence de ses insécurités. Rencontre avec une influenceuse qui sert d’antidote à tous les clichés qu’on colle encore aux instagrammeuses. 
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“Tu te maquilles pas aujourd’hui? Dommage, ça te va bien”, “Fais pas trop chier les hommes, sinon tu vas te retrouver seule”, “Perds du poids, t’es plus jolie avec quelques kilos en moins.” La vidéo Je suis une femme publiée en avril 2020, est sans doute l’un des contenus les plus réconfortants dans la jungle de Youtube. En trois minutes, Juliette Katz alias Coucou Girls, raconte les injonctions souvent contradictoires qu’on fait peser sur les femmes et ce, dès l’enfance. A 32 ans, la Parisienne n’est pas du genre à se laisser enfermer dans ce que l’on pourrait attendre d’elle. Youtubeuse, actrice, mannequin, influenceuse, autrice, elle revient aujourd’hui à sa première passion, la chanson, avec un single cathartique intitulé J’ai Peur. Elle y dresse le portrait d’une femme effrayée par tout, à commencer par elle-même.

 

Anxieuse de nature, elle a pourtant eu le courage de revenir sur un terrain longtemps délaissé. “J’ai toujours voulu faire de la musique mon métier, nous explique Juliette Katz au téléphone. Après avoir redoublé, en seconde, j’allais me faire virer de mon lycée car j’étais très mauvaise; mais suite à une longue réflexion avec mes parents, je me suis inscrite dans une école de musique parisienne, à 17 ans. Après ça, je me suis retrouvée à faire des morceaux avec des amis musiciens, des tournées et un EP. Je suis allée voir des labels avec mes chansons et ils me disaient tous: ‘c’est vachement bien mais on sait pas dans quel case te mettre’, ce qui me démoralisait. Jusqu’au jour un directeur artistique chez AZ m’a signée.” 

 

Slasheuse

En 2012, Juliette Katz sort un album enregistré entre Paris et New York, Tout va de travers (Universal) qui s’écoule à  30 000 exemplaires. Tout va bien pour elle. Elle enchaîne les concerts (notamment à l’Olympia), les plateaux TV et enregistre même un duo avec Sia. Mais son tempérament libre lui joue vite des tours. “J’avais signé avec mon label un contrat pour trois albums, se souvient-elle; Pour enregistrer le second, on m’a demandé de partir en résidence avec des auteurs, alors que j’avais déjà 40 chansons co-écrites avec d’autres personnes en poche. J’ai dit que je ne voulais pas travailler avec deux des auteurs proposés, trop éloignés de mon univers, et la maison de disques a pris cette excuse pour me virer. J’ai pris un avocat pour me défendre. Mais j’étais écœurée des majors. C’est comme si j’étais tombée du 8ème étage, avec l’impression de n’être qu’un pion. J’ai continué pendant trois ans la musique, mais j’avais pas une thune, j’étais au RSA. Je suis partie en Inde, où j’avais vécu enfant, voulant faire quelque chose autour de la musique indienne. J’y ai pris des cours de chant. Je suis revenue avec des morceaux mêlant musique indienne et chanson française, et on m’a encore balancé: ‘On ne sait pas dans quelle case te mettre’. J’étais dégoûtée, très en colère contre ce milieu.

 

L’artiste hésite alors à se lancer dans une campagne de crowdfunding mais elle se rend compte à ce moment-là qu’elle écrit de la musique en partie pour faire plaisir à son père qui est du sérail, et a officié comme manager et producteur (il s’agit du cousin de Michel Jonasz). Après une suite de petits boulots (serveuse, nounou, mannequin…), elle trouve son chemin à elle sur la toile, en ouvrant sa chaîne Youtube. Sous le nom de Coucou les Girls, Juliette démarre en 2016 des parodies filmées des vidéos des youtubeuses beauté. Sans méchanceté mais avec un humour piquant, la créatrice de contenus veut montrer en filigrane qu’une femme ne se résume pas à son nombre de rouges à lèvres, ni la perfection de son épilation. “Depuis le départ, et c’est pareil avec la musique, je n’ai jamais voulu être connue pour être connue. La notoriété c’est cool seulement si on s’en sert. Je voulais apporter quelque chose aux autres comme les aider à se regarder, à se considérer, à s’aimer. 

 

T’es bonne bébé

Plusieurs de ses vidéos marquent les esprits, notamment celle où elle parle, sans fard, de son corps. On a fait de Coucou les Girls une icône du body positive pour ses photos nues non retouchées postées sur les réseaux sociaux, ses coups de gueule (contre la censure d’Instagram envers les personnes en surpoids) et ses prises de parole sur la grossophobie. En 2019, elle joue le premier rôle dans l’adaptation du On ne naît pas grosse de Gabrielle Deydier, Moi Grosse, un téléfilm diffusé sur France 2. Bad buzz: Juliette y porte un costume “de grosse” pour incarner Gabrielle. On lui reproche de ne pas être assez en surpoids pour interpréter ce rôle… Elle ne fait pourtant pas une taille 36 et en connaît un rayon côté discriminations. Juliette a d’ailleurs raconté tout ça dans un livre exhortant à l’acception de soi, T’es bonne bébé (First 2019). On ne compte plus les combats, quasi quotidiens, de cette blonde pétillante qui adore faire des grimaces. Avec son compte Instagram Coucou les Cons, elle a aussi voulu dénoncer la haine de ceux qui critiquent les autres pour “créer une distance émotionnelle envers cette négativité”.

 

 
 
 
 
 
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Autre prise de parole marquante? Lorsqu’elle se confie sur sa fausse couche. Un sujet tabou qui connaît un puissant retentissement. “Ça concerne une femme sur quatre. C’est dingue qu’on n’en parle pas plus. Je pense qu’on n’en discute pas car on est encore pointée du doigt et que c’est considéré comme notre faute si ça nous arrive. On ferait une fausse couche parce qu’on aurait merdé. Alors que pas du tout, c’est notre corps qui est comme ça. J’ai reçu plus de 10 000 commentaires concernant cette vidéo, ce qui montre que les choses doivent bouger à ce niveau-là, qu’il y ait un accompagnement. C’est un sujet intime, certes, mais pas plus que les règles ou la masturbation. Il n’y a pas de raison à le passer sous silence.

 

Dans tes rêves

Aujourd’hui enceinte de cinq mois, Juliette Katz entretient un rapport toujours complexe avec son corps mais peut-être plus apaisé. “Depuis l’école primaire au moins, je fais le yoyo et je me prends des insultes par rapport à mon poids. Maintenant, il y a un jour où je vais me trouver trop belle, d’autres, horrible. Là je porte la vie. Alors, en ce moment, mon corps est surtout la petite maison de mon enfant et j’essaie de faire au mieux pour lui. Le corps est une enveloppe, un moyen de transport, mais on y met tellement de choses car c’est notre manière de se présenter au monde. Ça ne devrait pas être aussi compliqué de l’accepter tel qu’il est. Mon ventre est marqué depuis quelques années car j’ai eu une opération suite à des calculs à la vésicule biliaire. Je me suis demandé que faire de ces cicatrices: les trouver moche, les détester? Je les vois aujourd’hui comme une expérience qui raconte ma vie.” Ce qui a aidé à Juliette à s’accepter, ce sont les thérapeutes. “Ma mère est psy, alors j’ai l’habitude; je connais l’analyse depuis toujours. J’ai aussi fait des stages de coaching et de développement personnel.

Désormais, Juliette Katz joue le rôle de maman, de grande sœur et de bonne fée auprès de ses abonnées. Dans une nouvelle série de vidéos postées sur sa chaîne Youtube intitulée Dans tes rêves, elle accompagne des femmes à oser, que ce soit à visiter le Louvre, à danser en public, à demander sa copine en mariage ou à se lancer dans la boxe. Loin des youtubeuses qui ne mettent que leur “gueule” en valeur, elle s’impose comme une petite main bienveillante prônant la sororité. Elle fait partie de celles qui font bouger les choses, même si, comme elle l’admet, le chemin est sans doute encore long. “Des choses se déconstruisent avec #MeToo. Les consciences évoluent, mais pas assez. Il y encore a des gens qui disent qu’il faut arrêter d’employer le mot ’féministe’ alors qu’il est très important et qui pensent que les féministes sont des moches qui se plaignent. Alors qu’il s’agit simplement de faire comprendre qu’en tant que femme, on est soumise à tellement d’injonctions. Si le terme “influenceuse” ne renvoie pas toujours une bonne image, Juliette Katz aura en tout cas réconcilié pas mal d’entre nous avec les Insta girls qu’on affilie encore souvent aux clichés de #sunsets sans nuage et d’avocado toasts parfaits.

Violaine Schütz

Juliette Katz, J’ai peur (Echo Orange)

A l’affiche de la série La Promesse sur TF1.

 

 


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