société

Votre couple va-t-il survivre au confinement?

Du jour au lendemain, les gens en couple se sont retrouvés dans une configuration nouvelle pour la plupart d’entre eux: à savoir coincés avec leur moitié du matin au soir. On a demandé à Sophie Cadalen, psychanalyste et autrice, comment une situation aussi inédite que ce confinement peut rebattre les cartes des relations amoureuses. 
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Depuis mardi 17 mars, 12h, la plupart des couples vivant ensemble font face à une situation totalement inédite: confinés à leur domicile, ils doivent faire face à un défi de taille, celui de vivre avec l’autre 24 heures sur 24. Si habituellement les conjoint·e·s se croisent le matin devant une tasse de café avant de partir travailler et se retrouvent 12 heures plus tard pour dîner, ils vont devoir les semaines à venir s’accommoder d’une cohabitation à temps plein avec leur moitié. Idem pour les couples n’habitant pas ensemble qui ont bouleversé leur quotidien et ont préféré le confinement à deux à la solitude. Une réorganisation à aborder l’esprit ouvert, qu’on a décortiquée avec Sophie Cadalen, psychanalyste et autrice, spécialiste du couple et des relations amoureuses. 

Le confinement et le couple sont-ils compatibles? 

Ce n’est pas ce qui est prévu à la base! Ça ne correspond pas au contrat tacite de départ, ni à la réalité de la plupart des couples. C’est une situation tout à fait inédite et qui va être extrêmement difficile à vivre pour beaucoup de gens. 

Pour les couples installés habitués à se croiser en coup de vent, la cohabitation à temps plein peut-elle être fatale ou au contraire source de bonnes surprises?

Il y aura sans doute un peu de tout. La situation va mettre en évidence la façon de communiquer propre à chaque couple. Non pas que l’on ait besoin de parler tout le temps, mais la question, c’est: va-t-on être capable de reposer de nouvelles bases, un nouveau règlement, une nouvelle charte? Toute vie ensemble est en effet régie par certaines règles que, la plupart du temps, nous n’avons pas besoin d’édicter. Dans le cas du confinement, il va falloir que ces couples soient mobiles d’un point de vue psychique, et en capacité de revoir très concrètement leur règlement intérieur habituel. Si le couple est capable d’évoluer, de s’ajuster, alors il saura s’adapter. 

Et pour les couples qui n’en seront pas capables? 

Pour les couples qui sont dans des schémas névrotiques, c’est-à-dire ceux qui sont campés dans certains rôles, qui se font de sempiternels reproches, qui sont fondés sur des attentes jamais satisfaites, ou sur des espoirs constamment déçus, ça va être plus compliqué de s’ajuster. Ces couples sont rassurés par le manquement à certaines réclamations, la frustration que cela entraîne. Dès lors que l’on rebat les cartes et qu’on donne par exemple du temps à ceux qui se reprochent de ne pas suffisamment en passer ensemble -en sachant que c’est un reproche courant et commode puisqu’on peut y mettre tout et n’importe quoi-, on peut légitimement se poser la question de ce qu’ils vont en faire? 

Et pour les couples dans lesquels des tensions sont déjà palpables en temps normal? 

Il n’y a pas de règle. Le confinement peut avoir des conséquences négatives pour des couples qui pensaient très bien s’entendre et à l’inverse, être bénéfique à des couples qui traversent des crises-passion car ils savent, dans des situations anxiogènes comme celle-ci, se soutenir mutuellement. La question, c’est: est-on capable de faire équipe ensemble? 

Les conditions matérielles de vie sont-elles décisives? 

Hélas, oui. Entre les couples qui ont les moyens de s’offrir un espace plus grand, comme tous ces Parisien·ne·s qui ont quitté la capitale pour leurs résidences secondaires- et ceux qui vont devoir cohabiter en famille dans un 30m2, ce ne sera pas du tout la même histoire. 

Et pour les jeunes couples qui ont pris la décision de se confiner ensemble, c’est l’épreuve du feu? 

Ce sera sans aucun doute un tournant dans leur vie de couple. Ils vont s’essayer l’un l’autre dans un rythme différent de leurs habitudes, vivre dans de nouvelles conditions et ça pourra se faire dans une certaine allégresse. Ça fera automatiquement la différence entre ceux qui sont complices et s’amusent ensemble et ceux qui en sont incapables. Je crois que l’humour est une sacrée mobilité, les couples qui savent rire ensemble et d’eux-mêmes sont ceux qui s’en sortiront le mieux, qui s’ajusteront et seront capables de se rencontrer de nouveau, d’une autre manière. 

Est-ce que la charge mentale peut être réorganisée de façon plus égalitaire en période de confinement? 

Oui, c’est le moment où l’on peut se déprogrammer et corriger des choses mais on peut aussi être rattrapé·e par les stéréotypes. Beaucoup de femmes sont menacées de redevenir des “femmes d’intérieur” qui vont s’occuper des repas et du ménage. Avec le télétravail, il y a des couples qui peuvent se dire que le travail de monsieur est plus important ou prenant que celui de madame et c’est comme ça que la femme se retrouvera assignée aux tâches ménagères. Ce n’est pas parce que l’un des membres du couple travaille moins qu’il doit se retrouver à gérer toute la charge mentale et ménagère. 

Quels seraient vos conseils aux couples pour vivre au mieux ce huis-clos anxiogène? 

Il me semble que ce confinement est l’occasion de réorganiser les espaces: comment aménage-t-on cette nouvelle vie? Comment préserve-t-on l’autre? Quel est le temps passé ensemble? Dans des espaces étroits, il faut organiser le “pas tout ensemble”. Il faut s’autoriser l’isolement, se réserver des temps où on laisse l’autre tranquille, être capable de se “décrocher” l’un de l’autre pour mieux se retrouver ensuite. Il faut organiser un “pas ensemble” ensemble!

Propos recueillis par Julia Tissier 


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