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Comment la couture s’impose comme le nouveau cool 

Convictions écologiques, ennui en période de confinement et besoin de faire quelque chose de ses mains: la couture et l’upcycling ont la cote.
Kate Winslet dans
Kate Winslet dans "The Dressmaker" © BGP Releasing, LLC

Kate Winslet dans "The Dressmaker" © BGP Releasing, LLC


C’est une des conséquences secondaires de l’essor de la fast fashion. Autrefois prisés de l’industrie textile, les savoirs en couture se sont perdus au gré des délocalisations et de la multiplication des Zara et autres H&M. Considérant la couture surannée et sexiste (puisqu’on ne l’enseignait à l’école qu’aux petites filles), les jeunes générations l’ont longtemps boudée -à quoi bon apprendre à repriser des pulls et autres chaussettes lorsqu’il est si peu coûteux de les remplacer par du neuf? Mais depuis quelques années, la tendance au “Do it yourself” et la prise de conscience généralisée sur le véritable coût des vêtements premier prix l’ont remise au goût du jour. Les confinements successifs ont accéléré la tendance:  depuis avril dernier, les ventes de machines à coudre ont explosé en France. Rupture de stocks et prix doublés sur les plateformes de revente ont fait le bonheur des entreprises de mercerie. En un an, le marché a bondi de près de 40% -de quoi convaincre Lidl de remettre en rayon sa machine à coudre à bas prix pour les fêtes. “Ce n’est désormais plus l’image de la couture qui empêche de se lancer, mais l’investissement en temps nécessaire pour apprendre”, souligne Isabelle Robert, professeure de marketing à l’IAE de Lille. Entre chômage partiel, soirées et autres loisirs annulés, l’année 2020 aura malgré tout offert du temps -l’occasion de finalement apprendre le point zig-zag ou pour passer trois jours sur le pli d’une robe sans se mettre la pression.

 

Transmission de savoirs 3.0 

“Lors du premier confinement, j’avais pour une fois plein de temps pour moi, raconte Théa, avocate de 26 ans. L’idée de la couture me trottait dans la tête. D’autant qu’à ce moment, je voyais plein de vidéos de couture sur Instagram et Facebook.” Son compagnon décide de lui mettre le pied à l’étrier en lui offrant une machine. Faute de couturier·e·s dans son entourage, la jeune femme se tourne alors vers les réseaux sociaux et YouTube, où pléthore de vidéos et autres tutoriels sont disponibles gratuitement. Si la néophyte est confrontée à quelques difficultés classiques de départ (installer sa machine, choisir le bon point pour chaque ouvrage…), l’idée d’apprendre de nouvelles compétences la satisfait beaucoup, d’autant plus dans une période où tout semble à l’arrêt. “C’est un retour de l’effet de transmission, explique Isabelle Robert. Ce qui se faisait avant par le biais intergénérationnel se fait désormais aussi par Internet, rendant des savoirs accessibles au plus grand nombre et comblant en partie notre besoin de lien social.”

“J’ai découvert une véritable communauté de passionné·e·s de couture sur les réseaux sociaux.”

Perrine, 28 ans, s’est mise à la couture en souvenir de sa grand-mère et de sa mère, et “par envie de faire quelque chose de [s]es mains” alors qu’elle travaille quotidiennement sur un ordinateur. “Avant le confinement, je suis passée par une entreprise qui met en relation des retraité·e·s avec des jeunes pour partager leurs connaissances. J’ai rencontré Elisa, 68 ans, qui m’a appris à utiliser ma machine et les gestes de base.” Distanciation sociale oblige, elle doit se passer de ses connaissances depuis mars, et YouTube a là encore pris le relais. “Mais à chaque fois, j’envoyais des photos à Elisa pour lui montrer mes progrès”, promet-elle.

Passionnée de mode et diplômée d’un master de marketing digital, c’est aussi pendant le premier confinement que Marion Louisa a lancé sa chaîne Youtube dédiée à l’upcycling et la couture. Rapidement, son audience grandit, jusqu’à s’approcher des 4000 followers en à peine quelques mois. “J’ai découvert une véritable communauté de passionné·e·s de couture sur les réseaux sociaux, se réjouit la créatrice de contenus. Il faut dire qu’il y a plein de choses à faire, c’est rare de trouver des outils modernes pour satisfaire les couturières d’aujourd’hui.” Entre les magazines de couture gentiment kitsch et les patrons passés de mode, ces influenceuses d’un nouveau genre ont rapidement trouvé leur place. “Dans ma première vidéo, j’explique comment coudre une jupe, ce qui est la base que l’on apprend en stylisme. Je voulais proposer quelque chose d’accessible et de tendance, inspiré des jupes Reformation (Ndlr: vendues quelque 110€).C’est un succès, les abonné·e·s se multiplient et en redemandent. 

 

 

Un nouveau rapport à la mode 

Coudre soi-même des pièces trop onéreuses sur le marché, les adapter à sa morphologie et ses goûts, recycler des choses qui existent déjà… Apprendre la couture offre de nombreux avantages pour qui aime les vêtements et la mode. “Je m’inspire souvent de modèles de luxe que je ne pourrai jamais m’offrir, commente Marion. En ce moment, j’ai envie de lancer une série de vidéos qui s’appellerait ‘From nada to Prada’, dans laquelle j’apprendrais à faire des dupes [NDLR: imitations de pièces de luxe que l’on retrouve habituellement dans la fast fashion] à partir de vieilles pièces.” Toutes nos interviewées sont formelles: la couture change profondément leur rapport à la mode, ou s’inscrit dans une démarche de mieux la consommer. 

“Apprendre à coudre a été une façon de varier ma garde-robe sans participer à ce désastre écologique et humain.”

“Le documentaire The True Cost (Ndlr: un documentaire de 2015 sur les conditions de fabrication des vêtements à bas prix) a eu l’effet d’une douche froide et je n’ai depuis plus jamais remis un pied dans la fast fashion depuis, assure Perrine. Apprendre à coudre a été une façon de varier ma garde-robe sans participer à ce désastre écologique et humain.” Plus question désormais de jeter un vêtement abîmé ou trop petit: “Il existe toujours une façon d’en faire quelque chose de neuf. Et étant donné le temps que je passe à coudre le moindre haut, j’ai encore plus envie d’en prendre soin.”

Du fait du temps investi dans ces vêtements faits maison, l’attachement émotionnel y est plus fort. Le temps passé à reprendre une couture, à choisir les tissus, rend obsolète l’idée d’un t-shirt fabriqué à l’autre bout du monde et vendu pour quelques euros: faire soi-même ses vêtements (même sans succès les premières fois), permet de se rendre compte de leur valeur. “En apprenant à ajouter une fente à une robe qu’on trouve trop formelle, à changer un décolleté rond en carré, on peut redonner une seconde vie à tous nos vêtements qui dorment dans nos placards, ajoute Théa. Mais quand je vois qu’il m’a fallu deux semaines rien que pour apprendre à mettre le fil sur ma machine… Je commence à réfléchir à deux fois avant d’acheter ou jeter des vêtements.” 

Noémie Leclercq


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