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Covid-19: comment la pandémie redessine nos vies amoureuses

Rapprochement, rupture, et nouveaux modes de drague: petit état des lieux amoureux post-confinement, à l’heure où se rouler des pelles en public devient un acte quasi politique.
"Quand Harry rencontre Sally" © Metro-Goldwyn-Mayer Studios

"Quand Harry rencontre Sally" © Metro-Goldwyn-Mayer Studios


En six mois seulement, le monde tel qu’on le connaissait a changé. On se balade avec des masques dans les grandes villes, nos mains sont desséchées par le gel hydroalcoolique et les boîtes de nuit n’ont toujours pas rouvert. Le confinement avait déjà bouleversé nombre de relations intimes, depuis, les codes de la drague ont été totalement bouleversés par cette situation sanitaire inédite.  Et c’est assez logique selon Véronique Kohn, psychologue et psychothérapeute spécialiste de la relation amoureuse: “La situation extérieure influe sur notre personnalité, nos émotions et c’est normal, explique-t-elle. Cela affecte une certaine partie de la population qui est peut-être plus perméable aux événements du collectif. Donc un confinement, ça ne peut que chambouler un certain nombre de personnes à différents niveaux.”  

 

La ruée vers l’or

Pour Luc, 30 ans, le désir de trouver une stabilité émotionnelle a surgi à la fin du confinement. Le jeune homme s’est retrouvé coincé à Paris, dans sa colocation qu’il partage avec son ami Martin et la copine de ce dernier, Julie. Si la cohabitation se passe bien, très rapidement Luc commence à angoisser: “C’est bête mais après un mois de confinement coincé avec un couple, je me suis dit que cet enfermement allait durer indéfiniment, que je ne pourrais plus jamais avoir de relation charnelle. Et puis j’ai commencé à avoir des fantasmes bizarres sur la copine de mon pote. Je crois que j’ai eu cette hantise que je n’aurais plus jamais de relation sexuelle.”

À la fin du confinement, Luc, assez chamboulé par cette expérience –qui ne l’a pas été?– décide que si reconfinement il y a, la situation sera très différente. Fort de cette résolution, il part en quête  de l’amour: “Apparemment, je n’étais pas le seul a avoir pris cette décision,  j’ai été contacté par une fille que j’avais rencontré un an plus tôt, qui me plaisait, mais on s’était toujours ratés.” Là très rapidement après leur premier rendez-vous, ils se mettent en couple.

“Prendre quelqu’un dans les bras, c’est ce dont je rêvais.”

Même besoin de contact à la sortie du confinement pour Lou, 28 ans qui a passé la quarantaine seule dans son appartement, ce qui n’a pas été sans conséquence.  Après deux mois de solitude totale, tu ne sais plus si tu es une sorte de moine tibétain ou juste en train de devenir folle. Ce qui te manque le plus, c’est de toucher quelqu’un. Parler pendant le confinement, ça va, il y a le téléphone, Skype, on peut continuer à draguer.… mais prendre quelqu’un dans les bras, c’est ce dont je rêvais. Donc, dès le déconfinement j’ai évité de me retrouver seule et ça a fait que je me suis mise dans une relation très fusionnelle.”

Véronique Kohn revient sur ce désir de contact: Une des conséquences du confinement, c’est ce désir de toucher et d’être touché. C’est primitif, ce besoin, c’est d’ailleurs vital chez le nourrisson. En réaction à cette absence du toucher pendant deux mois, pas mal de personnes se sont mis ensemble pour faire des câlins.”

Si pendant le confinement, le moment était à l’analyse des sentiments et le désir de dialogue, l’amour post-confinement semble se passer dans l’action. Plus le temps d’attendre!

 

Le grand bouleversement

Si à certain·e·s le confinement a donné des envies de se ranger, d’autres ont vécu exactement l’inverse: entre explorations inédites et révélations, la quarantaine a été celle des remous. C’est le cas de Romane 36 ans, en couple hétérosexuel depuis une dizaine d’années et mère de deux enfants. Ces quelques mois enfermés ont provoqué un chamboulement énorme dans sa vie privée. Alors que depuis quelques mois elle s’interrogeait sur son attirance pour les femmes, et malgré un accord avec son conjoint pour aller voir ailleurs, elle n’arrivait pas à passer le pas. La quarantaine est venue bousculer ses réticences: “Au bout d’un mois de confinement, je me suis mise sur l’appli de rencontres Tinder, raconte-t-elle. Je n’aurais jamais osé avant, parce que j’étais un peu terrorisée, je ne savais pas si j’y arriverais avec une fille. Le fait d’être enfermée chez moi m’a aidée à oser draguer parce qu’il n’y avait pas la pression de la rencontre, ça n’était qu’une discussion.” 

Le confinement a été un accélérateur.” 

De fil en aiguille, elle finit par rencontrer une jeune femme sur l’application. Et là, tout s’enchaîne très vite. Au moment du déconfinement, Romane se sépare de son conjoint et assume pleinement sa sexualité. “Le confinement a été un accélérateur. J’aurais certainement fini par faire la même chose mais ça aurait pris un temps fou.” 

Cet effet de déclencheur est assez logique pour la psychologue Véronique Kohn. En effet, la désorientation de ce moment si particulier de la vie fait que  “les repères sautent, les personnes ne veulent plus vivre comme avant, donc elles partent en exploration de l’inconnu par besoin de changement. C’est comme un instinct de survie, c’est pulsionnel.” 

 

Le confinement, ciment du couple?

Alors que pour certain·e·s, cette période est synonyme d’anxiété et de solitude, Romane raconte avec beaucoup d’humour que, pour elle, “le mot ‘confinement’ a une connotation érotique”. “Il me donne un peu chaud. J’associe ça a une vraie découverte, à un vrai chamboulement intime, du coup c’est un peu sexy comme mot.” Qui a dit qu’une pandémie mondiale ne pouvait pas émoustiller?

Pas Charlotte et Kevin, 29 et 31 ans, qui ont été confinés ensemble loin de Paris. En couple depuis 4 ans, ces Parisiens se sont éloignés de la capitale pendant tout le confinement. Bien qu’un peu effrayés au début par cet isolement ça a été un très beau moment pour leur couple: “Ça nous a permis de beaucoup parler et d’évoquer des sujets qu’on n’aurait pas forcément osé aborder en temps normal. On a pu parler enfants, mariage, mais aussi des lieux où on a envie d’habiter. Alors qu’avant, on n’aurait pas envisagé de vivre ailleurs qu’à Paris, rien que tous les deux sans nos amis, le confinement nous a montré que ça se passait vraiment très bien en autarcie de tout!”. Ils ont d’ailleurs tellement aimé ce temps pour eux qu’ils ont joué les prolongations jusqu’à la fin juin en restant à la campagne.

“Après le confinement, mon corps et mon couple étaient prêts pour avoir un enfant.”

Pour Rosie, 27 ans, le confinement a aussi été un révélateur. En couple depuis 5 ans, après ce moment en huis clos avec son cher et tendre, elle s’est sentie prête à avoir un enfant: “J’étais moins fatiguée, je n’avais pas fumé ni bu d’alcool pendant deux mois. Avec mon mec, on a enfin pu prendre du temps pour nous. Fin mai, je suis tombée enceinte, je crois que mon corps et mon couple étaient prêts pour avoir un enfant.” On pronostique d’ailleurs déjà un baby boom pour 2021…

 

Le parcours du combattant

Mais tout n’est pas aussi rose sur la carte des amours. Pour les célibataires, la période post-confinement soulève une problématique principale: comment draguer lorsque tous les lieux propices à la drague sont fermés et qu’il faut respecter les gestes barrières?

Chloé a flirté à distance tout au long du confinement. Si le dénouement de cet amour naissant n’a pas été aussi positif qu’attendu, Chloé ne baisse pas les bras aujourd’hui: “J’ai fait deux rencards Tinder depuis le déconfinement”. Seul problème: “Tout le jeu et le romantisme sont morts, exit tous les petits gestes qui peuvent indiquer subtilement que l’autre te plaît, il n’y a plus de frôlements de main, plus de bise qui dérape, plus de bras autour de la taille… Et puis, on ne peut plus draguer dans le métro, on ne voit plus les visages, et je veux bien que la communication avec les yeux, ce soit important, mais il ne faut pas pousser.”

Résultat, pour Chloé, il ne reste plus que les applis de rencontre, qui sont loin d’être la solution idéale: “Je sature complètement du côté supermarché des applications, soupire-t-elle. Heureusement que c’est encore l’été et que je fais beaucoup de pique-nique avec les gens mais à l’automne ça va être une catastrophe!”  

“Comment on fait pour se rencontrer en hiver sans terrasse, sans fête, sans boîte?” 

Le climat est d’ailleurs LE gros sujet de préoccupation chez les célibataires: “ À la sortie du confinement, à Paris, il y a des terrasses, c’est l’été, mais ce qui fait peur c’est le temps! Comment on fait pour se rencontrer en hiver sans terrasse, sans fête, sans boîte et si on ne veut pas aller sur les applications ? Le mauvais temps est un gros sujet d’inquiétude parmi mes potes” raconte Adèle, 38 ans.

Un constat qui pourrait être assez anxiogène, mais qui ne décourage pas la pimpante parisienne pour autant: “Je pousse mes copines à sortir avant qu’il ne fasse froid pour qu’on rencontre des gens. On a aussi mis un plan à exécution: si l’une d’entre nous rencontre un mec pas mal mais qui ne lui plaît pas, elle en fait profiter les copines! Moi je veux m’assurer d’avoir deux, trois noms de mecs pour ne pas être toute seule cet hiver.”

Si ce modus operandi assez proche d’une mise en commun des moyens de production communiste peut étonner, ce n’est pourtant pas surprenant selon Véronique Kohn, psychologue: “C’est comme l’écureuil qui fait son stock de noisettes pour l’hiver! On appelle cela le comportement d’évitement: pour avoir des noisettes à l’avance, on va éviter ce qui a fait mal la première fois, s’organiser et anticiper!” Pour les célibataires, donc, le maître mot de la rentrée sera sans doute “organisation”.

Et puis la quarantaine n’a pas apporté que des mauvaises nouvelles, comme le rappelle Véronique Kohn: “Le post-confinement est en train de changer les comportements, il y a plus de rassemblements autour des valeurs comme l’amitié, l’entraide, la générosité…”  De quoi espérer que, d’une façon ou d’une autre, tout le monde passera l’hiver bien accompagné·e.

Alice de Brancion


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