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Pourquoi le Covid-19 menace le droit à l'IVG

Consultations annulées, personnel de santé réquisitionné… L’un des dommages collatéraux de la crise sanitaire provoquée par le Covid-19 pourrait-il être une entrave au droit à l’IVG? C’est en tous cas la question que se posent certain·e·s professionnel·le·s de santé ainsi que des associations militantes pour les droits des femmes. 
Sex Education © Netflix
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On sait qu’il y a des hôpitaux qui ne répondent plus au téléphone, qu’il y a des créneaux supprimés pour les IVG dans les blocs opératoires, qu’il y a des endroits où l’activité concernant l’IVG s’est arrêtée parce qu’il n’y a pas -comme partout- de gel hydroalcoolique et de masques, déplore Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes. De fait, sur le terrain, des plannings familiaux ont dû fermer. C’est le cas à Nantes, où la structure maintient tout de même une ligne téléphonique. Caroline Françoise, conseillère au planning de la Cité des ducs, précise: “Ça veut dire qu’on ne peut plus accueillir personne. On ne peut plus donner de tests de grossesse, ni faire de dépistages d’IST (infections sexuellement transmissibles), ni fournir de contraceptions d’urgence. Les consultations sont également reportées. Elle reprend: “Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les jeunes femmes mineures. La plupart du temps, ce qui les conforte au planning, c’est la dimension d’anonymat. Or confinées chez elles, l’accès au téléphone et les déplacements sont beaucoup plus compliqués. La preuve, je n’ai quasiment pas eu d’appels de mineures

 

Course contre la montre

Mais ce qui cristallise l’inquiétude des associations et des professionnel·le·s de santé, ce sont les délais légaux imposés dans le cadre d’une IVG. Si sur certains territoires les créneaux de blocs opératoires et les consultations sont supprimées ou reportées, comment les femmes vont-elles faire?: “J’ai eu un cas ce matin au téléphone, une jeune femme venait de découvrir qu’elle était enceinte, et elle s’est demandé si ça allait être possible de pouvoir avorter. Elle était angoissée et se demandait si elle allait avoir le droit de se déplacer, si elle allait être reçue et surtout, si elle allait pouvoir tenir les délais, relate Caroline Françoise. “Il faut imaginer que dans la tête des femmes qui ont recours à une IVG il y a un contre-la-montre qui s’enclenche, elles se disent que ce n’était pas prévu, qu’elles n’en voulaient pas et qu’il faut que ça s’arrête maintenant. Là, la situation induite par le Covid-19 vient s’ajouter à tout ce stress et elles se demandent si ça va être seulement possibleDans le contexte particulier du Coronavirus, la consigne a été donnée de favoriser les IVG médicamenteuses qui peuvent se pratiquer à la maison jusqu’à sept semaines. La contraception est également renouvelable sans ordonnance dans toutes les pharmacies. 

 

Amendement refusé 

Le 19 mars, Laurence Rossignol, sénatrice socialiste de l’Oise et ancienne Ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes, a déposé un amendement à la loi d’urgence du Covid-19 pour allonger le délai légal pour pratiquer une IVG jusqu’à 14 semaines, soit quinze jours de plus que ce qui est autorisé en temps normal. Mais cet amendement a été refusé par le gouvernement, bien que l’IVG soit considérée comme une urgence médicale. “On est scandalisées par ce refus!”, s’insurge Suzy Rojtman. “Ça veut dire que dans un contexte tendu, comme nous le vivons actuellement, le droit des femmes à avorter est remis en cause. En plus, ce que proposait Laurence Rossignol était provisoire! Ça signifie quoi? Qu’on considère que ce n’est pas vraiment une urgence, mais ç’en est une, parce qu’il y a des délais!. Sarah Durocher, co-présidente du Planning familial au niveau national, explique: “Nous n’en sommes qu’au début de l’épidémie du Covid-19. Avec cet amendement, on aurait pu anticiper les choses, et faciliter l’emploi du temps des personnels de santé en leur donnant plus de temps. Ça aurait rassuré les femmes en leur montrant qu’elles pourraient quand même avorter, même en situation de pandémie

On laisse les femmes dans des situations précaires.

Les femmes ayant dépassé le délai légal pouvaient jusqu’à il y a peu aller en Espagne ou aux Pays-Bas où l’avortement est autorisé jusqu’à 22 semaines. “Sauf qu’avec la fermeture des frontières, comment vont-elles faire? On a essayé de faire des attestations pour qu’elles puissent passer dans un autre pays, mais on sait que ça va être très difficile. On laisse les femmes dans des situations précaires, fulmine Sarah Durocher. Face au refus du gouvernement de prolonger les délais, une pétition a été lancée par le collectif Avortement en Europe, les femmes décident, qui regroupe de nombreuses associations dont le Planning familial. Le document demande, entre autres, l’obligation de maintenir une activité d’IVG, et d’allonger le délai pour pratiquer une IVG d’autant de semaines que durera le confinement. 

Marie Roy 


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