société

Ce que nos rêves de confinement nous ont appris sur nous-mêmes

Pendant le confinement, la vie inconsciente nocturne semble s’être peuplée de plus de rêves que d’habitude. Et si certains ont l’air complètement absurdes, le contexte d’enfermement et d’angoisse lié à ce virus inconnu a eu un énorme impact sur nos voyages oniriques. Petit état des lieux.
"Lost in Translation" © Focus Features

"Lost in Translation" © Focus Features


“Au tout début du confinement, j’ai rêvé de gens auxquels je n’avais pas pensé depuis très longtemps. Par exemple l’ex-petit ami de ma mère. Soudainement il est apparu dans mes rêves”, raconte Myriam, 27 ans. Même écho chez Ambroise: Très bizarrement, dès le commencement de la pandémie, j’ai refait de vieux cauchemars que je n’avais pas faits depuis au moins 20 ans. J’ai rêvé du divorce de mes parents qui date de quand j’avais 8 ans. Aujourd’hui j’en ai 33”. Elizabeth Serin, psychanalyste, a mis en place un laboratoire de rêves nomades avec l’historien Hervé Mazurel en tout début de confinement. Il ont pu observer de nombreux thèmes récurrents dans ces voyages nocturnes et notamment ceux de très vieux souvenirs ou traumatismes: Pendant cette période, il y a eu beaucoup de rêves qui parlent du retour de disparus, des morts dans la vie. Mais également d’événements traumatiques anciens qui resurgissent. C’est tout à fait logique. Lorsque le confinement s’est mis en place, tout s’est enchaîné très vite et beaucoup de personnes n’ont pas pu dire au revoir à leurs collègues, leurs ami·e·s, leur famille, ou même se préparer à ce changement. Tout un monde s’est écroulé soudainement. Et par la force des choses, ce moment a donc renvoyé à des ruptures plus anciennes”, explique Elizabeth Serin.

À cela s’ajoute l’angoisse liée à la maladie: Il y a eu beaucoup de décès, notamment dans les EHPAD. Et certaines personnes n’ont pas pu dire au revoir à leurs morts”. Le confinement et les rêves qui en sont issus sont donc une manière de faire face à des questions qui ne sont pas réglées. Un début de quarantaine onirique un peu sombre donc, mais il semblerait que plus on s’est habitué·e·s à cette nouvelle situation, plus la tonalité des rêves a changé.

 

Un désir d’évasion

Passé le premier choc, pour certain·e·s, les rêves sont rapidement devenus des scénarios dignes de James Bond. Elizabeth Serin raconte: “Dans la récolte de songes, on a eu beaucoup affaire à des rêves catastrophistes autour de thèmes liés à de la panique, de fin du monde, d’hélicoptères qui s’écrasent, d’exode…” Pour Sarah, 30 ans, le fait d’être obligée de rester bloquée chez elle s’est traduit par, dans ses rêves, le vol de son vélo: Avec une de mes meilleurs copines, on a toutes les deux rêvé la même nuit qu’on nous volait -moi mon vélo et elle un élément essentiel aux sorties vélo”. Si ça n’est certes pas le début d’un scénario de James Bond -ou peut être un James Bond écolo post-confinement rue de Rivoli-  la symbolique est là. On lui a pris l’élément qui lui assure sa liberté de mouvement. Chez Eliette, 28 ans, le sommeil confiné a été très riche: “J’ai rêvé que j’allais dans une pharmacie pour acheter des médicaments. Quand j’y étais, je me rendais compte que j’avais des poux et que la pharmacienne m’engueulait parce que j’étais quand même sortie.” Ici, même envie de dehors, tout en étant censurée par son inconscient symbolisé par un vélo ou une pharmacienne pas contente… Morale des rêves: il faut vraiment rester chez soi.

 

“J’ai fait un cauchemar assez récurrent. J’étais dans la rue et j’étais suivie.”

 

Un amplificateur d’angoisses

À l’approche de la fin de l’enfermement, moins de scénarios catastrophistes et plus de rêves qui commencent dans un lieu clos et qui finissent à l’extérieur comme un escalier qui débouche dans une rue” , rapporte Elizabeth Serin. Pour Ninon, 27 ans, le climat généré par le vide des rues dans Paris a donné lieu à un certain nombre de nuits désagréables: “J’ai fait un cauchemar assez récurrent. J’étais dans la rue et j’étais suivie. J’essayais d’entrer chez moi mais je ne trouvais pas mes clefs” . Ninon s’explique ce songe après une expérience renouvelée de menaces: “Le rêve a certainement été généré après avoir pris le métro le soir pour rentrer du travail. J’étais la seule femme de toute la rame. C’était une ambiance très particulière et assez angoissante. Toute cette situation a rendu la liberté individuelle des femmes compliquée. Donc plus le déconfinement s’est approché, plus j’ai fait des cauchemars d’agression”.

Même écho chez Baptiste, 28 ans, qui a fait deux cauchemars chroniques durant cette période: Mon père était en réanimation à cause du covid-19 mais je ne  pouvais pas aller le voir. Aux urgences, on m’avait enfermé et je ne pouvais voir personne” . Le second cauchemar est spécifiquement lié à la fin de cette période de claustration: J’allais chez un collègue juste après le confinement. Comme il n’avait vu personne pendant tout ce temps, il était en manque sexuel et il me violait alors que je n’étais pas consentant”. Ces angoisses révèlent des problématiques qui existaient avant tous ces bouleversements mais qui, en ces périodes très troublées, ont trouvé un écho extrêmement important.

 

Tout est possible

Mais les rêves ne sont pas toujours aussi terrifiants. Ils peuvent aussi être le moment où nos désirs cachés se révèlent. Pour Alexandre, 30 ans, la dernière nuit du confinement a été le moment d’une apothéose nocturne: J’ai fait un rêve où j’étais dans l’armée à réparer des ampoules qui grillaient et en même temps, j’étais scénariste. Je rencontrais Omar Sy qui s’enthousiasmait pour mon travail et me disait que si j’écrivais un scénario avec un rôle principal pour lui, il pouvait garantir que le projet aboutirait”. Peut être que ce moment post-apocalyptique donnera un nouvel élan à des carrières insoupçonnées. Surtout si Omar Sy nous lit. 

Alice de Brancion

Pour envoyer vos rêves au laboratoire d’Elisabeth Serin et Hervé Mazurel, écrivez à revesdeconfins@gmail.com.


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