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Cyberviolences: quand le numérique se met au service de l'oppresseur

Le Grenelle contre les violences conjugales a commencé le 3 septembre et se terminera le 25 novembre, date de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Parmi ces violences, une catégorie reste encore trop méconnue: les cyberviolences.  
Photo du film “Unfriended” © Universal Pictures
Photo du film “Unfriended” © Universal Pictures

Photo du film “Unfriended” © Universal Pictures


Votre conjoint·e lit vos SMS, scrute vos mails, détient les mots de passes de vos réseaux sociaux? Un logiciel espion ou une géolocalisation ont été activées? Ces actes, perpétrés au sein d’un couple, portent un nom: les cyberviolences. Et le phénomène est loin d’être anecdotique: dans un rapport de 2018, le Centre Hubertine Auclert estimait que neuf victimes de violences conjugales sur dix sont également victimes de cyberviolences. Ou comment les outils numériques, qui sont parfois des vecteurs de mobilisation et des relais d’information pour les femmes, peuvent devenir un levier de contrôle, d’humiliation et de domination. “Le cadre de ces violences est conjugal, c’est-à-dire qu’il y a une situation d’emprise au sein d’un couple et que l’un ou l’autre des partenaires est auteur de cyberviolences sur l’autre. Mais c’est malheureusement plus souvent envers les femmes”, souligne Léa Bages, fondatrice de l’organisme de formation Egalité à la page et spécialiste des cyberviolences.

 

Plusieurs formes de cyberviolences

La violence numérique a bien des avatars: le cybercontrôle, le cyberharcèlement, la cybersurveillance, les cyberviolences économiques ou administratives, les cyberviolences sexuelles et les cyberviolences via les enfants. Gabrielle* a été victime de cybersurveillance: “Je savais que mon copain était très jaloux, il me demandait souvent où j’étais. Un jour, j’ai eu un doute, parce qu’il m’a fait une réflexion toute bête sur le fait qu’en ce moment j’allais souvent chez l’ostéopathe. C’est vrai que j’y étais allée deux fois en deux semaines. Je me souvenais lui avoir dit que j’y allais la première fois, mais il ne me semblait pas avoir mentionné la seconde.” Ce détail ayant mis la puce à l’oreille de Gabrielle, elle décide de se renseigner sur la géolocalisation: “En faisant des recherches, j’ai découvert la géolocalisation partagée sur mon téléphone. La mienne était activée sans que je le sache”. Après cette découverte, Gabrielle décide de mettre fin à la relation.

Il a diffusé sur mes comptes des photos dénudées qu’il m’avait forcée à faire et d’autres qu’il avait prises à mon insu.”

 

Je me sentais traquée

Dans d’autres cas, les cyberviolences peuvent être multiples, comme celles qu’a connues Elodie: “Quand j’étais au lycée, je suis sortie avec un homme et la relation -qui a duré 8 mois- s’est vite révélée très malsaine. Il souhaitait toujours plus me contrôler, autant psychologiquement que physiquement”. Rapidement, le copain d’Elodie bascule dans la cyberviolence: “Il avait accès à tous mes réseaux sociaux, lisait mes messages pendant que je dormais. Suite à notre rupture, il a piraté chacun de mes comptes ainsi que toutes mes adresses mail. Il a également créé un bon nombre de faux comptes pour m’envoyer des messages de menaces, le dernier étant  ‘Crois moi, je vais te détruire’”. Elise a aussi été victime de revenge porn: “Il a diffusé sur mes comptes des photos dénudées qu’il m’avait forcée à faire et d’autres qu’il avait prises à mon insu. Et comme pour de nombreuses femmes dans son cas, les cyberviolences ont été de pair avec des violences physiques. “Je me sentais traquée”, relate pudiquement Elodie.

“Pour ma première copine, le harcèlement s’est étiré dans le temps et a duré quatre ans. C’était difficile pour elle.

Hugo, de son côté, se définit comme ayant été lui-même un stalker: “J’ai eu deux relations où j’ai harcelé mes ex”. Le processus décrit par Hugo est toujours le même: la rupture a lieu, déclenchant chez le jeune homme “comme des crises d’angoisse non rationnelles où je vais envoyer plein de textos et appeler frénétiquement. Ça peut durer deux ou trois heures”. Et cela tous les deux ou trois mois. “Mais entre deux crises, je me rendais bien compte que ce que je faisais n’était pas bien et j’essayais de m’excuser. Pour ma première copine, le harcèlement s’est étiré dans le temps et a duré quatre ans. C’était difficile pour elle. Très difficile, en plus je parlais de me faire du mal. Elle a fini par porter plainte, il y a six mois”, explique Hugo. La plainte a été classée sans suite.

 

Le Grenelle a du pain sur la planche

Les cyberviolences sont punies par la loi. Néanmoins, et comme le note Léa Bages: “Si l’arsenal juridique est bien fait, c’est surtout pour le dépôt de plainte qu’il y a un problème. Au commissariat ou à la gendarmerie, les victimes, mêmes accompagnées par une association, se font souvent rembarrer, que ce soit pour les violences conjugales ou les cyberviolences conjugales”. Manque de formation, manque de moyens, Léa Bages pointe le mauvais fonctionnement du système actuel. “Pour les cyberviolences, c’est encore plus compliqué, parce que ça ne laisse pas de traces physiques comme un hématome sur la joue. Alors que ça a un impact psychologique et sur la santé des victimes”, déplore la formatrice. Néanmoins, des ressources existent, comme ce petit guide d’utilisation numérique, mis en ligne par le Centre Hubertine Auclert, ou encore les tutos du site Stop Cyber Sexisme. Le 3919 reste le numéro à privilégier en cas de violences conjugales, qu’elles soient cybers ou non. 

Marie Roy 

*Les prénoms ont été changés pour préserver l’anonymat


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Photo du film “Unfriended” © Universal Pictures  - Cheek Magazine
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Photo du film “Unfriended” © Universal Pictures  - Cheek Magazine
Photo du film “Unfriended” © Universal Pictures