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Déconfinement: l’angoisse du “monde d’après”

Entouré d’incertitudes, le “retour à la vie normale”, dans un monde qui aura forcément changé, suscite l’anxiété au sein d’une génération déjà peu confiante en l’avenir.
“Alerte contagion”, © Bob Mahoney/The CW
“Alerte contagion”, © Bob Mahoney/The CW

“Alerte contagion”, © Bob Mahoney/The CW


Le début du confinement, je le vivais plutôt bien, assure Melody, 27 ans. C’est vraiment depuis qu’ils ont annoncé la date du 11 mai que je ressens de l’anxiété.Depuis l’allocution présidentielle du 13 avril, cette échéance est sur toutes les lèvres, lumière au bout du tunnel pour les un·e·s, cauchemar pour les autres. Selon un récent sondage, seuls 17% des 18-30 ans se disent “impatient·e·s” du déconfinement, alors que 47% se déclarent plutôt “sceptiques”, et 4% “angoissés”. Cela m’inquiète beaucoup parce que je suis persuadée qu’il y aura une deuxième vague, beaucoup de malades et de morts, témoigne ainsi Jeanne, 26 ans. Cette étudiante compte d’ailleurs bien limiter le plus possible ses déplacements jusqu’à la réouverture de la fac à la rentrée: “La sécurité sanitaire est tout sauf garantie, on privilégie l’économie à la santé. J’ai peur de faire un mélange d’hypocondrie et de phobie sociale en me retrouvant au contact des gens, notamment dans les transports publics. Les mesures barrière seront difficiles à respecter.

Sur le compte Instagram @corona_anxieux_united, la levée de la quarantaine figure désormais parmi les (nombreuses) sources d’anxiété présentes dans les témoignages. Lancé par deux journalistes, Florence Willaert et Olivier Joyard, ce “safe space” réunit plus de 3600 abonné·e·s qui se retrouvent autour d’angoisses partagées, entre hypocondrie, germophobie et obsessions pour le ménage. “Le virus est une menace invisible, potentiellement partout”, estime Florence Willaert. Elle qui s’est mise às’imaginer des scénarios catastrophe déjà avant le début du confinement, confie être du genre à “nettoyer [ses] interrupteurs et poignées de porte 800 fois par jour.

 

 
 
 
 
 
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Les joies de la parentalité #11mai

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Sortir d’une bulle protectrice

Finalement, le confinement crée une situation où l’on se sent en contrôle, où il est possible de tout décontaminer, analyse-t-elle. Le déconfinement est d’autant plus anxiogène qu’il génère selon elle “deux besoins fondamentaux qui se télescopent: rester en sécurité et reprendre une activité. Chez les anxieux·ses, cela peut provoquer des crises de panique. Et le flou qui règne autour du plan de déconfinement n’est pas pour aider. Marquée par une phrase prononcée par le Premier ministre Édouard Philippe à l’occasion d’une conférence de presse le 19 avril –Nous devons faire des choix fondés sur les incertitudes”-, la journaliste commente: “Ça, pour un·e anxieux·se, c’est intolérable. Ce n’est pas le déconfinement en soi qui est problématique, mais le fait qu’il ne soit pas sous contrôle du côté du gouvernement.” 

Au-delà de la crainte de la maladie en elle-même, le confinement représente aussi pour certain·e·s une bulle confortable dont ils appréhendent la sortie, notamment pour les personnes plutôt introverties, voire anxieuses sociales, explique Amélia Lobbé, psychologue et autrice de Ma Bible pour soulager l’anxiété. Elles étaient plutôt mieux préparées que les autres à cette situation de confinement et de distance sociale. Elles imaginent depuis longtemps les pires scénarios et les anticipent mentalement. Donc la situation que nous vivons est la réalisation de quelques-unes de leurs pires craintes”. Le déconfinement est également redouté par celles et ceux qui “n’appréciaient pas spécialement leur job d’avant et sont content·e·s de pouvoir télétravailler, qui travaillaient loin de leur domicile et qui peuvent s’épargner une logistique fatigante, remarque-t-elle.

 

“Nous sommes la génération Xanax”

L’incertitude du “monde d’après”, en proie à la récession, jette encore davantage le trouble au sein d’une génération qui était déjà anxieuse de l’avenir. Près d’un tiers des 18-30 ans subissent d’ailleurs déjà une baisse de revenus à cause de la crise. “J’ai conscience que ma boîte peut couler dans six mois et que je pourrais me retrouver en galère financièrement”, explique Melody, qui travaille dans le milieu de la communication à côté de ses études. Mais son inquiétude est plus large: Cette crise montre que ce système -capitaliste et libéral- ne fonctionne pas, entre les conséquences dramatiques de la casse du service public et le creusement des inégalités sociales, comme en Seine-Saint-Denis. Je crois que ce qui m’angoisse le plus est de le voir reprendre de plus belle au détriment de la planète et des plus démuni·e·s. J’ai l’impression d’être dans une dystopie. C’est très frustrant, d’être enfermé·e chez soi et ne pas pouvoir agir.Plus encore que l’éco-anxiété -cette angoisse liée aux bouleversements climatiques- l’anxiété est selon Florence Willaert “un sentiment collectif et générationnel, parce que nous vivons dans une société de l’incertitude et que les projections faites de notre futur sont effrayantes. Nous sommes la génération Xanax.

Sophie Kloetzli


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“Alerte contagion”, © Bob Mahoney/The CW - Cheek Magazine
“Alerte contagion”, © Bob Mahoney/The CW

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“Alerte contagion”, © Bob Mahoney/The CW - Cheek Magazine
“Alerte contagion”, © Bob Mahoney/The CW

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“Alerte contagion”, © Bob Mahoney/The CW - Cheek Magazine
“Alerte contagion”, © Bob Mahoney/The CW