société

En partenariat avec la région Île-de-France

Sept ans après la mort de sa fille, Nora Fraisse continue son combat contre le harcèlement scolaire

Pour la deuxième année, la Région Île-de-France a voulu célébrer ces Franciliennes qui s’engagent et font bouger les lignes. Les trophées ellesdeFrance les ont récompensées pour leur courage, ou pour leurs actions menées dans le domaine de l’innovation, de la création, de la solidarité. Nous avons rencontré ces femmes extraordinaires: cette semaine, on dresse le portrait de Nora Fraisse, prix du courage et du dépassement de soi, fondatrice de l’association de lutte contre le harcèlement scolaire Marion la main tendue. 
Nora Fraisse, DR
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Gare à celles et ceux qui tenteront d’enfermer Nora Fraisse dans une case. Cette hyperactive n’a jamais suivi “un parcours linéaire” et ce n’est pas à 47 ans qu’elle va commencer. Si aujourd’hui tout le monde connaît son nom, c’est qu’elle est devenue, par la force des choses, le symbole de la lutte contre le harcèlement scolaire. “Ce n’est pas moi qui ai décidé, c’est la vie qui l’a fait”, affirme-t-elle.

Le 13 février 2013, sa fille aînée, Marion, a mis fin à ses jours après avoir été victime d’humiliations, de violences psychologiques et de rumeurs à l’école. Si Nora Fraisse ne souhaite pas aujourd’hui revenir sur ce drame, elle en a fait ces dernières années un moteur pour faire bouger les choses en matière de harcèlement scolaire et tenter de sauver d’autres vies. Lorsqu’on lui demande comment lui est venue cette volonté et cette force de se battre, elle répond que c’est sans doute “lié à [s]on éducation, [s]on parcours de vie”. Née en région parisienne, à Massy dans l’Essonne, d’un père massicotier et d’une mère assistante maternelle, la cadette de cette fratrie de trois enfants a toujours “adoré” l’école. Elle a toujours cru dans le système scolaire et y voit même “la clé de la réussite”, persuadée que “l’école peut changer votre vie. C’est là que tout se joue”. Dès son plus jeune âge, cette curieuse insatiable se projette dans une multitude de carrières: “Je voulais être médecin mais j’avais peur du sang, après je voulais devenir journaliste, puis encore après je voulais voyager donc j’avais pris option russe…” Finalement, après son baccalauréat, Nora Fraisse intègre une fac de droit, y reste deux ans, avant de se tourner vers des études de gestion marketing. C’est chez Publicis qu’elle trouve son premier job avant de dévier, quelques années plus tard, vers le domaine des assurances et enfin de se reconvertir dans l’immobilier -un job qu’elle a actuellement mis en stand-by. 

 

“Je m’intéresse à ce qu’il reste à faire”

Celle qui se définit comme “une combattante” a “toujours détesté l’injustice, l’impunité” et c’est sans doute à la source de cette rage silencieuse qu’elle puise son énergie pour aller régulièrement d’école en école faire de la prévention contre le harcèlement auprès des élèves et des enseignant·e·s. Avant le suicide de sa fille, Nora Fraisse n’avait jamais entendu parler de harcèlement scolaire: “Je ne savais même pas que ça existait”, souffle-t-elle. Pour éviter à d’autres ce qu’elle a enduré, la quadra a fondé en 2014, avec son mari David, l’association Marion la main tendue: “À l’époque, je n’ai trouvé aucune structure pour m’aider, je me suis dit que ça m’avait manqué et c’est comme ça que l’idée est née. Si je peux aider ne serait-ce que deux ou trois personnes, c’est déjà ça. Si Marion avait eu accès à ce genre de choses, sa situation aurait pu être détectée”, assure Nora Fraisse. La même année, cette militante obtient la mise en service d’un numéro court d’aide aux victimes, le 3020, ainsi qu’une journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école suite à des pétitions lancées sur la plateforme Change.org: “Il faut qu’on ait des symboles dans ce pays et ça passe par ce genre de choses”, estime-t-elle.

Rien n’arrête Nora Fraisse. Pas même l’idée de s’attaquer à l’État. Avec son mari, elle a entamé un combat judiciaire pour faire reconnaître le harcèlement subi par sa fille Marion dans son collège et elle a obtenu gain de cause en 2017: le tribunal administratif de Versailles a reconnu la responsabilité de l’État et l’a condamné pour défaut d’organisation du service public de l’enseignement. Mais Nora Fraisse n’a aucunement l’intention de se reposer sur ses victoires: “Je ne regarde pas le chemin parcouru, je ne m’intéresse pas à ce qui a été fait, je m’intéresse à ce qu’il reste à faire.” C’est comme ça que cette personnalité bulldozer se concentre déjà sur un nouveau projet, la création d’une “maison de Marion” d’ici le premier semestre 2020 pour répondre aux demandes d’accompagnement des familles en matière de harcèlement scolaire. Avec 5 pôles (recherches, formation, famille, juridique et administratif), ce lieu aura pour mission de quantifier le phénomène, de proposer des ateliers d’estime de soi, de lutter contre les discriminations, mais aussi de s’occuper des enfants en décrochage et de former les équipes éducatives. “Je voudrais offrir tout ce que je n’ai pas eu”, lâche Nora Fraisse. Celle qui “n’a pas le temps” se souhaite pour l’avenir une école “avec moins de harcèlement” et croit dur comme fer en un sentiment, à savoir la solidarité: “On ne fait rien seul·e. Il faut être accompagné·e”.

Julia Tissier


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