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Emmanuelle Périé-Bardout est exploratrice et plongeuse dans les Pôles

Emmanuelle Périé-Bardout a co-fondé Under The Pole, une série d’expéditions sous-marines pour parvenir à une meilleure compréhension des océans. On a discuté du métier d’exploratrice, des défis de demain et d’humilité avec cette baroudeuse engagée. Interview.
© Franck Gazzola, Under The Pole, Zeppelin Network 1
© Franck Gazzola, Under The Pole, Zeppelin Network 1

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Il y a le côté sexy du terrain et celui qui fait moins rêver, quand on est à terre pour préparer les expéditions à venir.” C’est dans cette deuxième configuration que l’exploratrice Emmanuelle Périé-Bardout répond à nos questions, calmement assise dans son bureau à Concarneau, en Bretagne. Un cadre qui tranche avec celui dans lequel elle évolue en mer. À bord de son voilier de 19 mètres, le Why, sa “maison principale” dans laquelle elle se sent “complète”, la Parisienne de naissance revêt plusieurs casquettes. “Je suis skippeuse, je plonge pour les besoins scientifiques, je suis coordinatrice, je m’occupe de la communication et de mes deux enfants”, raconte-t-elle.

“Enfant, je regardais tous les documentaires Cousteau!

En 2007, poussée par un “rêve d’enfant” et inspirée par des modèles féminins comme l’aventurière Ella Maillart ou la navigatrice Ellen MacArthur, Emmanuelle Périé-Bardout co-fonde avec son mari Under The Pole. “Il s’agit d’une série d’expéditions à vocation scientifique, documentaire et de sensibilisation du grand public par l’exploration du milieu sous-marin.” Après être passée par le pôle Nord, le Groenland, l’Alaska, Hawaï ou encore la Polynésie Française, l’infatigable exploratrice, rentrée en France juste avant le confinement, compte remettre les voiles en novembre, si les conditions le permettent. Rencontre à distance à la mode de 2020.

En quoi consiste le métier d’exploratrice?

Être exploratrice, c’est chercher quelque chose qui est inconnu. En ce qui concerne notre équipe, nous utilisons nos compétences en plongée et notre connaissance de milieux spécifiques pour faire remonter des informations aux scientifiques. Notre travail consiste également à mettre au point de nouvelles techniques de plongée. Nous avons notamment construit un habitat qui permet de passer plusieurs jours sous l’eau: la capsule.

As-tu toujours voulu exercer cette profession?

Je n’étais pas du tout prédestinée à l’exploration: je suis née à Paris et j’ai grandi à Troyes, en Champagne… Mais d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été passionnée par les océans. Enfant, je regardais tous les documentaires Cousteau! À 13 ans, je suis partie sur un bateau-école plusieurs mois et ça a été un vrai déclic. Je me suis rendu compte que l’exploration n’était pas simplement quelque chose que je fantasmais: j’aimais vraiment vivre en mer, plonger et être dans l’eau.

Comment es-tu passée du rêve d’exploration au métier d’exploratrice?

Il m’a fallu quelques années pour parvenir à transformer ma passion en métier, ça n’a pas été un chemin tout tracé. Juste après mon bac, j’ai déménagé en Bretagne et je suis devenue monitrice puis cheffe de base au centre de voile des Glénans. J’y ai travaillé 5 ans. J’ai connu Jean-Louis Etienne (Ndlr: médecin et explorateur français) avec lequel j’ai participé à ma première expédition. Au retour de celle-ci, j’ai rencontré mon mari, Ghislain, en faisant de la plongée et nous avons monté Under The Pole.

© Franck Gazzola, Under The Pole, Zeppelin Network 1

Peut-on tou·te·s devenir explorateur·rices?

Oui. Dans les écoles dans lesquelles j’interviens parfois, les enfants ont en général une impression d’inaccessibilité quand je leur parle d’exploration. Je leur explique que dans notre équipe, il y a certes des plongeur·euse·s, mais aussi des mécanicien·ne·s, des cuisinier·e·s, des médecins, une nounou pour nos enfants, des cameramen·women, des photographes… C’est un travail d’équipe, qui rassemble un large panel de compétences, où rentrent également en compte les qualités humaines.

De quelles qualités humaines parles-tu?

Pendant nos expéditions, nous vivons à 12 ou 15 personnes à bord d’un voilier de 19 mètres. C’est très intense, il n’y a pas de vacances, peu de week-ends… Les membres d’un équipage doivent être capables de communiquer, de faire preuve de camaraderie et de respect de l’autre.

Après la vie à quinze sur un bateau, on imagine que le confinement n’a pas été trop difficile à gérer…

J’en plaisante souvent. (Rires). J’ai effectivement l’habitude de vivre avec ma famille dans un petit espace et mes enfants sont coutumiers de l’enseignement à distance.

Penses-tu que l’exploration du “monde d’après” se fera de façon différente?

La crise nous a appris un certain retour à la simplicité. Concernant Under The Pole, cette période nous a aussi fait réfléchir à nos futures expéditions. Il est assez naturel d’avoir envie de voir les choses en grand, mais nous avons choisi de nous concentrer sur l’efficacité et la sobriété. La crise Covid n’est pas la dernière que nous aurons à affronter. Je pense bien sûr au réchauffement climatique. Tou·te·s les scientifiques avec lesquel·le·s nous travaillons sont extrêmement soucieux·ses. Le dernier rapport du Giec montre par exemple que les coraux, soit 25% de la biodiversité sous-marine, pourraient disparaitre d’ici 2050. C’est demain! J’essaye de rester positive et optimiste, mais il y a une vraie urgence.

“Le réchauffement climatique, qui peut nous sembler très lointain, est une réalité brutale et immédiate pour ces populations.”

Au retour de votre deuxième expédition, en 2015, tu as témoigné à la Cop21. Sur quoi portait ton message?

Nous venions de rentrer de deux années passées au Groenland. Sur place, nous avons vécu à côté d’un petit village de chasseurs pêcheurs. Ça nous a fait l’effet d’un électrochoc. Les Groenlandais·e·s sont passé·e·s de six mois de banquise par an, sur laquelle ils se déplacent, pêchent et vivent, à deux mois. Le réchauffement climatique, qui peut nous sembler très lointain, est une réalité brutale et immédiate pour ces populations. C’est cette parole, celle des premier·e·s concerné·e·s que l’on écoute peu, que nous avons voulu porter à la Cop 21.

Cette expérience semble résonner en toi comme une leçon d’humilité…

Les expéditions longues offrent cette possibilité de remise en question. Parfois, on a tendance à faire des raccourcis et à se planter. Par exemple, je suis végétarienne et je me positionne fondamentalement contre la chasse industrielle aux phoques. Quand je suis arrivée au Groenland, j’ai découvert un peuple de chasseurs qui ne peut évidemment pas faire pousser de carottes ou de pommes de terre, et qui se nourrit du phoque. Importer de la nourriture industrielle aurait une empreinte environnementale très forte et détruirait leur santé, leurs organismes n’étant pas habitués à ce type de produits. On pourrait avoir tendance à condamner leur mode d’alimentation, mais dans ce cadre-là, c’est la solution la plus écolo.

Quelle est ta prochaine destination?

Nous sommes censés partir fin novembre pour l’Antarctique. Reste à savoir si les frontières seront ouvertes à ce moment-là. Nous croisons les doigts.

Propos recueillis par Margot Cherrid


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