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Témoignages

Elles sont féministes et ont fait de la chirurgie esthétique

Elles sont féministes, ont reçu des implants mammaires, demandé des injections de botox ou fait réduire leurs poitrines, et elles le vivent plutôt bien. Témoignages.
Instagram / @kimkardashian
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La chirurgie esthétique a mauvaise presse, surtout chez les féministes. On l’imagine réservée aux bimbos, à des femmes obsédées par le regard des hommes, à des personnes qui acceptent gentiment les normes sexistes de la beauté moderne. En réalité, les féministes y ont aussi recours. Rencontre avec trois d’entre elles.

 

Moi, c’est différent

À 36 ans, Anne a déjà fait deux fois du botox. Cette myope, qui a l’habitude de froncer les sourcils, a peur de finir avec une ride du lion aussi marquée que celle de son père. “À chaque fois que je voyais mon visage, je voyais une ride du lion. Je trouve ça moche, ça donne un air sévère”, déplore cette trentenaire habituée à faire le clown sur Instagram. Sa peur des rides d’expression virait à l’obsession, elle passait son temps à vérifier son visage, à se dire d’arrêter de froncer les sourcils. Depuis qu’on lui a injecté du botox, elle ne peut physiquement plus froncer les sourcils. “C’est génial, ça a changé ma vie, j’ai arrêté d’avoir ce tic”, explique-t-elle. Elle est très satisfaite du résultat esthétique. Cela se voit à peine, selon elle, mais elle a l’air plus jeune. “J’ai un problème avec le fait de vieillir”, ajoute-t-elle avec une honnêteté déconcertante. 

C’est hyper dur de résister aux injonctions.”

Le jeunisme, c’est-à-dire le culte de la jeunesse, surtout chez les femmes, ça la choque. “Ça me révolte toutes ces nanas refaites, ces jeunes qui sortent avec des vieux”, dit-elle. Mais, pour elle, son cas est différent. Elle ne se maquille pas, n’est pas habituellement portée sur les apparences, et surtout, elle ne sort pas avec des hommes plus vieux. “Je veux séduire des mecs frais, rigole-t-elle. Je suis toujours attirée par des mecs plus jeunes que moi, donc je veux avoir l’air plus jeune”. Elle assure que s’il n’y avait pas un antécédent familial, elle n’aurait pas fait de chirurgie esthétique. “J’aurais fait un travail psychologique sur moi-même, mais là, je considère que c’est une exception.” Pour elle, la chirurgie esthétique est anti-féministe puisqu’elle concerne majoritairement les femmes. “C’est hyper dur de résister aux injonctions”, estime-t-elle. Elle ne blâme ni les femmes ni la chirurgie esthétique, mais bien le patriarcat. “Si tout le monde en faisait, même les hommes, ça ne me poserait pas de problème, explique-t-elle. Mais on sait que ce ne sera que les femmes qui en feront.”

 

La solution de facilité

Hélène a passé son adolescence à cacher sa poitrine. Elle ne portait jamais aucun décolleté, mettait des hauts noirs, se tenait voûtée et redoutait les vacances à la plage. “J’étais tellement gênée par les mecs qui bloquaient sur mes seins”, se rappelle-t-elle. Sa mère avait beau lui dire d’enlever son paréo, d’assumer, qu’elle était très jolie comme ça, elle continuait de cacher son corps. “À 15 ans, ce n’était pas facile à gérer, explique-t-elle. T’as pas forcément envie d’être un objet de désir ou, tout du moins, tu veux choisir de l’être ou pas”. D’autre part, sa forte poitrine l’empêchait de pratiquer la danse et le sport comme elle l’aurait souhaité. Alors, elle s’est fait opérer. “Ça a changé ma personnalité, ça a été une révolution”, constate-t-elle. 

Le fait de devoir correspondre à des canons de beauté me gêne.”

Cette trentenaire voit son opération comme un acte féministe puisqu’elle a choisi de se séparer d’une partie d’elle pour s’extraire du patriarcat, du regard des hommes et de la société, mais aussi parce que cette réduction mammaire lui a permis d’avoir un corps qui correspondait à l’image et l’usage qu’elle voulait en faire. Mais elle a parfois l’impression d’avoir choisi la voie de la facilité, d’avoir supprimé le problème plutôt que de l’avoir résolu en acceptant son corps. Elle se dit que c’est anti-féministe, car elle a modifié de manière irréversible son corps à cause du regard de la société. “Le fait de devoir correspondre à des canons de beauté me gêne”, note-t-elle, mais elle souhaite que toutes les femmes puissent bénéficier des bienfaits que la chirurgie esthétique peut procurer. “Je pense qu’on peut faire de la chirurgie esthétique non pas pour se conformer à l’image du patriarcat mais à l’image qu’on se fait de nous”, estime-t-elle.

 

J’ai choisi mes combats  

Comme beaucoup de gens, Daisy, une militante féministe de longue date, avait intégré que se préoccuper de la taille de sa poitrine était “moralement mal”. Une croyance qu’elle impute à sa famille et à certains mouvements féministes historiques. “Vouloir une forte poitrine, c’était être dans la frivolité. Mieux valait consacrer son énergie à des choses plus nobles, se rappelle-t-elle. Et, comme par hasard, cela correspondait à des choses vues comme plus masculines.” Elle est obligée de repenser son rapport à la féminité lorsqu’elle entame sa transition de genre. Pour des raisons esthétiques et parce qu’elle a envie d’un corps plus visiblement féminin, elle se découvre une envie de “belle poitrine”. Cette expression n’est pas anodine. “Dans le langage courant, une belle poitrine, c’est synonyme d’une poitrine grosse, ajoute-t-elle tout de suite. On a intégré qu’une belle poitrine avait une certaine taille.” 

Reprocher aux femmes de se conformer à des normes misogynes, c’est aussi de la misogynie.” 

Elle est bien consciente que son désir d’implants mammaires résulte de son acceptation de normes sexistes. “Si on vivait dans une société parfaite, je ne ressentirais peut-être pas ce besoin d’avoir une poitrine pour me sentir femme, admet-elle. Mais on ne vit pas dans une société parfaite”. Dans notre société, l’omniprésence d’injonctions contradictoires fait que les femmes ne gagnent jamais, elles sont toujours trop ci ou pas assez cela. “Je veux bien croire qu’à un certain niveau, je suis victime de ces standards mais j’ai choisi mes combats. Je préfère être heureuse, tant pis si certaines me jugent”, explique-t-elle. Elle constate cela dit que les choses ont changé depuis sa jeunesse, que les féministes jugent moins les femmes qui s’habillent de façon féminine ou jouent des attributs féminins. Et de conclure: “reprocher aux femmes de se conformer à des normes misogynes, c’est aussi de la misogynie. C’est imposer aux femmes des normes, exactement comme le font les hommes”.

Aline Mayard


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