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Elles n'ont jamais été en couple et voudraient que ce ne soit plus un tabou

Elles ont entre 23 et 35 ans et n’ont jamais vécu de relation de couple. Injonctions, impression de “retard”, remarques insupportables et avantages de la vie de célibataire, les “relationship virgins” témoignent.
"Valeria" © Netflix

"Valeria" © Netflix


“Dans ma vie, jusqu’ici, il y a eu des sentiments, du sexe et quelques histoires peu sérieuses qui finalement ne me convenaient pas.” Sylvie, 35 ans, n’a jamais été en couple. “Je ne m’interdis pas de rencontrer quelqu’un, mais si cela n’arrive pas, ce n’est pas grave. Ma vie est agréable, j’ai des amis, de la famille, je suis heureuse.” Si la trentenaire aborde le sujet en toute décontraction, d’autres “relationship virgins” -“vierges du couple” selon le terme utilisé Outre-Manche- en parlent avec plus de difficultés. “Quand la question de ma situation amoureuse arrive sur la table, j’ai honte alors que je ne devrais pas”, confie Margot, 23 ans. Yasmine* ressent pour sa part une “gêne surtout liée aux commentaires des personnes en couple” à évoquer son statut amoureux: célibataire depuis 25 ans.

Évoquer l’expérience des femmes qui n’ont jamais posé les mots “copain” ou “copine” sur un·e partenaire serait donc embarrassant? “Au-delà d’être un sujet tabou, je pense que c’est un sujet rare, répond Laetitia Azi, autrice de Célibataire heureuse, en librairies depuis le 28 mai. Peu de gens s’imaginent que des femmes n’aient jamais été en couple, et du coup, personne n’en parle. Pourtant les concernées ont besoin que le thème soit abordé.”

 

Cocher la case “couple”

J’ai l’impression que tout le monde a vécu des flirts d’ado, des bisous au collège… Je me sens en retard”, regrette Margot. Comme elle, entre ses 20 et 25 ans, Sylvie s’est sentie “en décalage” par rapport à ses proches avant de parvenir à rejeter l’idée de “norme amoureuse”. Si le début de la vingtaine n’a pas été simple à gérer pour les deux célibataires, c’est en général vers le passage du cap des 30 ans que “la pression aussi bien sociale que personnelle s’accentue” d’après Géraldine Vivier, ingénieure de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined). “La mise en couple est attendue par et pour les trentenaires, et la comparaison avec les pairs interroge parfois les intéressé·e·s sur leur aptitude à faire couple lorsqu’ils y aspirent”, analyse la co-autrice de l’article La vie hors couple, une vie hors norme ? De quoi faire naître des doutes formulés à coup de “suis-je capable de faire couple? ” et des “suspicions ou craintes” qui poussent à la recherche de “défauts” ou “vices cachés”.

“Beaucoup de femmes font des sacrifices énormes pour entrer dans la norme.”

Se mettre avec quelqu’un, c’est se rassurer sur sa normalité vis-à-vis des autres, mais également atteindre le “but ultime” dépeint par la société: la vie à deux. Géraldine Vivier rappelle que dans les représentations classiques, “la vie en couple est encouragée” et assimilée “au bonheur”. La vie de célibataire est pour sa part “associée à la solitude, voire entachée des stéréotypes de vieille fille ou de vieux garçon”. Résultat, certaines femmes, comme Sylvie à l’époque de ses 20 ans, ont des désirs de conjugalité dans l’objectif, finalement, de “faire pour avoir fait”. “Une relation amoureuse ne doit pas se baser sur une case à cocher. Beaucoup de femmes font des sacrifices énormes pour entrer dans la norme, déplore Laetitia Azi. Elles se privent de réaliser un rêve ou d’être elles-mêmes.”

 

Pression familiale et remarques déplacées

“Tu es super pourtant”, “N’importe qui serait chanceux d’être avec toi”, “Ça te tombera dessus quand tu t’y attendras le moins”. Des remarques comme celles-ci, les célibataires-depuis-toujours en citent à la pelle. Parties d’un bon sentiment, elles “sous-entendent que quelque chose cloche”, estime Pauline, 23 ans. Heureuse en non-couple, la jeune femme évoque un « entourage presque inquiet, qui se demande si [elle] cache un truc ou [est] trop exigeante”. Même constat pour Amandine*, 31 ans, dont la sœur, plus jeune, a accouché il y a quelques mois. “Je m’en suis pris plein la gueule sous prétexte que ce n’était pas l’ordre naturel des choses… Je parle trois langues, j’ai un bac + 5, j’ai acheté un appart seule, mais parce que je n’ai jamais eu de copain, beaucoup présument que je rate ma vie.”

On demande aux femmes pourquoi elles n’ont personne, comme si elles étaient incompétentes ou incapables, remarque la psychologue et sexologue Dominique Lefèvre. Cela entraîne une baisse d’estime de soi qui peut déboucher sur un cercle vicieux : avoir moins confiance, se précipiter sur le ou la premièr·e venu·e, et se retrouver dans des relations qui ne nous conviennent pas. Il faut prendre le temps de se connaître, de découvrir ses émotions, ses valeurs, ses besoins… Ça évite d’ aller voir un psy à 50 ans pour savoir qui on est.”

 

Les avantages du célibat

Le célibat permettrait-il de mieux se connaître? “J’ai pris conscience de ma valeur et je sais qu’elle n’est pas la dérivée de l’affection que quelqu’un me porte, affirme Yasmine. Quand on comprend la force qu’on a seules, on n’a plus forcément besoin de quelqu’un pour nous sauver.“ Pauline voit dans sa situation amoureuse une forme de liberté: “Aujourd’hui, je vivrais le couple comme une contrainte. Je voyage beaucoup et j’aime vivre mes émotions pleinement. Si je veux ne faire aucune rencontre pendant six mois ou un an, je peux. Mettre une relation en pause, c’est plus difficile.” Amandine estime de son côté qu’il est “plus simple d’être célibataire quand on n’a jamais été en couple”, car “on ne peut pas regretter quelque chose que l’on ne connaît pas”.

“Elles sont courageuses et n’ont besoin de personne pour vivre, comment peut-on les juger pour ça?”

Pour celles qui auraient du mal à s’affranchir du fantasme et des pressions qui entourent le couple, Laetitia Azi propose dans son livre la méthode “solo”. “L’idée est d’appliquer quatre règles pour se sentir libre et heureuse: sois toi-même, oublie le passé, lâche prise et ose être une célibataire heureuse. J’aimerais dire à ces femmes de ne jamais renoncer à qui elles sont et de se battre pour qu’on leur lâche la grappe. Elles sont courageuses et n’ont besoin de personne pour vivre, comment peut-on les juger pour ça? Moi, je leur dis bravo.”

Margot Cherrid

* Les prénoms ont été modifiés. 


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