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Et si on laissait les femmes vieillir?

Le point commun entre Jennifer Lopez, Julia Roberts et Naomi Campbell? Le temps semble les avoir oubliées. Et elles ne sont pas les seules. Aujourd’hui, on observe que les femmes, aussi célèbres soient-elles, cèdent à la pression de rester jeune grâce au bistouri. Mais la chirurgie esthétique n’est pas la seule coupable: patriarcat, capitalisme et girl hate ont aussi leur part de responsabilité. 
Instagram/©reesewitherspoon
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Sur les réseaux sociaux, les hashtags #10yearschallenge et #AgingBackwards donnent le mot d’ordre: paraître jeune, c’est cool. Surtout quand on est une femme. Et comment oserions-nous penser le contraire lorsque le monde entier s’accorde à nous le dire? Avec le terme “anti-âge” estampillé sur tous les produits de beauté, l’industrie cosmétique est parvenue à donner l’illusion qu’il est impératif de lutter contre les signes de vieillissement. Contre la nature, en somme.

En 2018, The Royal Society for Public Health, un organisme de santé publique britannique, appelait les marques de cosmétiques et les magazines de beauté à bannir le terme “anti-âge” jugé nocif. Selon l’étude menée par l’organisation, 49% des femmes ressentent une pression pour garder une apparence jeune, un chiffre qui tombe à 23% chez les hommes. Normal, les publicités pour l’anti-âge mettent quasi systématiquement en avant des figures jeunes et féminines. “Les marques ont compris qu’en créant des insatisfactions, elles parviendraient à capter les consommatrices, explique Nacima Ourahmoune, sociologue de la consommation et du genre, les marques font naître chez elles l’espoir d’atteindre des standards de beauté qui deviennent de plus en plus irréalistes”. Ainsi, le canon esthétique est non pas celui de la jeunesse retrouvée, mais plutôt celui où la femme fait l’effort de paraître encore jeune “pour son âge”. Et c’est cet effort qui est récompensé, vanté. “Statistiquement, l’effet de la beauté va jouer pour les deux sexes. Mais les femmes connaissent une pression qui n’existe pas chez les hommes: celle de la domination du modèle patriarcal, précise Jean-François Amadieu, auteur de La Société du paraître: les beaux, les jeunes… Et les autres, pour elles, les exigences vont au-delà même de la beauté pour donner lieu à une mise en scène de soi qui se joue avec le port de talons, de vêtements décolletés, de maquillage…” 

 

Quand la jeunesse devient un diktat imposé par le male gaze

Problème: le patriarcat, couplé aux médias qui alimentent nos insécurités à coup d’images de célébrités minces et éternellement jeunes, ont donné naissance à des attentes esthétiques qui pèsent sur les femmes et les invitent à entrer en compétition les unes contre les autres: c’est le “girl hate” (en français, la rivalité féminine). Non que la langue de vipère soit innée chez les femmes, mais plutôt qu’elles ont intériorisé des diktats réveillant une peur triste et dévorante de devenir obsolète, dans une société où leur corps est encore perçu comme un objet, comme le rappelle Nacima Ourahmoune: “Très tôt, les femmes sont socialisées en pensant que la beauté constitue leur capital. Une femme peut avoir bac + 15, on va quand même lui parler de son physique.” L’impuissance face à l’effet du temps sur notre apparence nous amène à lutter entre nous pour être celle qui souffrira le moins de ce phénomène aux conséquences discriminantes dans bien des domaines. Exemple: sur le marché du travail, l’âge est le premier facteur pénalisant lors d’une recherche d’emploi. “Dans les recherches scientifiques, on observe que la perception émotionnelle des rides est négative, souligne Sophie Cheval, psychologue et autrice de Belle, autrement! En finir avec la tyrannie de l’apparence (2013), on les décrypte comme des signes de tristesse. Au travail, les salarié·e·s de plus de 50 ans sont perçu·e·s comme lent·e·s, faibles et moins susceptibles de s’investir dans les missions demandées.” En mai 2018, l’association des actrices et acteurs de France (AAFA) dénonçait cette discrimination dans un texte intitulé Le tunnel de la comédienne de 50 ans: “Les comédiennes semblent disparaître après quarante ans pour réapparaître à soixante-cinq dans des rôles de grands-mères! À partir de 50 ans, les femmes développent un super pouvoir: elles deviennent invisibles. Surtout à l’écran!

 

 
 
 
 
 
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La ruée vers le rajeunissement

Avec cette menace d’obsolescence programmée qui plane sur la tête des femmes, les inquiétudes liées à l’âge arrivent de plus en plus tôt. Sophie Cheval indique que 50% des femmes de moins de 30 ans sont déjà préoccupées par leurs rides. De plus, les jeunes sont ceux/celles qui ont la pire perception de la vieillesse: 24% des 18-34 ans pensent qu’une fois vieux/vieilles, il est impossible d’être séduisant·e, selon le rapport du Royal Society for Public Health. De son côté, Nacima Ourahmoune constate que les jeunes femmes ont plus rapidement recours à la chirurgie esthétique, désirant se conformer à l’image des filtres des réseaux sociaux et ses influenceuses grâce aux techniques de mini lift et fillers. Depuis 2011, le nombre de femmes ayant subi une intervention esthétique entre 19 et 34 ans a augmenté de 41%, selon l’American Society for Aesthetic Plastic Surgery.

Si les traits néoténiques d’un visage sont toujours considérés plus attrayants que d’autres, un contre-mouvement commence à émerger. Désormais plus averti, le public a réussi à obtenir des marques la mention “photos retouchées” sur les publicités. Les campagnes publicitaires affichant une forme de réalisme sont davantage sollicitées. En 2019, Rihanna a été applaudie pour avoir choisi un mannequin de 68 ans, JoAni Johnson, pour représenter sa marque Fenty. Plus récemment, l’actrice Jane Fonda a fait part de sa volonté d’arrêter la chirurgie esthétique à 82 ans, après avoir fait sensation aux Oscars 2020 en arborant une couleur de cheveux argentée. Quelques semaines plus tard, elle a été suivie par sa consœur, Sharon Osbourne, 67 ans, qui a troqué sa légendaire coloration rouge pour un blanc glacé. Si ces prises de position sont encourageantes, tout un système reste à déconstruire avant de voir un réel changement opérer sur les mentalités, comme l’explique la psychologue Sophie Cheval: “Il faudrait envisager une révolution culturelle qui porte sur les rapports de genre. Tant que ce qui sera attendu d’une femme sera qu’elle brille par son apparence, dont l’homme dicte les critères et que les femmes cherchent à y répondre, on ne pourra pas sortir de ce système.

Ophélie Manya


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